1 Quand il fut descendu de la montagne, des foules nombreuses se mirent à le suivre.
2 Or voici qu'un lépreux s'approcha et se prosterna devant lui en disant : " Seigneur, si tu le veux, tu peux me purifier."
3 Il étendit la main et le toucha, en disant : " Je le veux, sois purifié. " Et aussitôt sa lèpre fut purifiée.
4 Et Jésus lui dit : " Garde-toi d'en parler à personne, mais va te montrer au prêtre et offre le don qu'a prescrit Moïse : ce leur sera une attestation. "
Matthieu
DE L'EVANGILE DE MATTHIEU
Commentaire
1. Situation
Cet Evangile, qui porte le nom de Matthieu, trouve peut-être sa première source dans une collection de paroles de Jésus, écrites en Araméen et attribuées à l'apôtre Matthieu, par un Père de l'Eglise, Papias d'Alexandrie, vers 125.
Cet Evangile, qui reprend beaucoup de passages de l'Evangile de Marc (qui avait été écrit vers 65), mais en y ajoutant des éléments qu'il partage en grande partie avec Luc, a été très probablement rédigé entre les années 85 et 90.
A parcourir tout ce Livre, on peut se demander s'il a été composé pour des chrétiens d'origine Juive (Judéochrétiens), ou pour des chrétiens d'origine païenne, ou encore pour les deux. La position communément admise de nos jours est qu'il a été écrit pour une communauté Judéochrétienne qui s'est trouvée exclue du Judaïsme, suite à une décision par des rabbins Juifs non chrétiens de ne plus tolérer la double appartenance, à la fois Juive et chrétienne, de ces Judéochrétiens, qui avait été possible jusqu'à cette date. Rupture qui explique la dureté des propos mis dans la bouche de Jésus contre les Scribes et Pharisiens de son temps (Matth. chapitre 23).
Néanmoins, même s'il a été d'abord écrit pour confirmer une communauté Judéochrétienne dans sa découverte de la Bonne Nouvelle de Jésus, cet Evangile est ouvert également à la mission universelle auprès des païens, et il se termine par un envoi en mission par le Christ ressuscité, avec ces paroles : "allez, de toutes les nations, faites des disciples" (28, 18).
On peut diviser cet Evangile en 11 parties, qui se répondent en sens inverse (la 1ère correspondant à la dernière, la 2ème, à l'avant-dernière, etc...), concentrées autour de la 6ème partie, le "Discours en paraboles", qui sert en quelque sorte de "pivot". Nous obtenons ainsi le découpage suivant :
- Naissance de Jésus et commencement de sa mission (1 - 4)
- Bénédictions et Discours sur la montagne (5 - 7)
- Manifestations de l'autorité de Jésus et de ses appels (8 - 9)
- Discours sur la mission (10)
- Jésus rejeté par "cette génération" (11 - 12 )
- Discours en paraboles (13)
- Jésus reconnu par ses disciples (14 - 17)
- Discours sur la manière de vivre en communauté de croyants (18)
- De nouveau, Jésus manifeste son autorité et ses appels (19 - 22)
- Proclamation de situations malheureuses et Discours sur la venue définitive du Royaume (23 - 24)
- Passion, mort et résurrection (26 - 28)
Cette présentation fait ressortir que cet Evangile est bien rythmé par 5 grands discours de Jésus, dans lesquels l'auteur a concentré la majeure partie de son enseignement. Les 5 discours ont souvent fait penser aux 5 livres de Moïse de l'Ancien Testament. On dit volontiers que, pour Matthieu, Jésus est le "Nouveau Moïse".
Avec notre page commence une 3ème partie de cet Evangile, nous montrant l'autorité de Jésus en acte dans ses oeuvres de miséricorde. Une série de récits intermédiaires nous relatant le ministère de Jésus va nous conduire à la lecture de son 2ème grand discours, le discours sur la mission, qui formera la partie suivante de l'Evangile.
2. Message
Jésus descend donc de la montagne, au sommet de laquelle il vient de prononcer son 1er grand discours sur la charte du Royaume.
Et voici qu'immédiatement un lépreux l'aborde et l'interpelle pour lui demander de le guérir s'il le veut. En le touchant, Jésus enfreint la Loi qui interdisait tout contact proche avec de tels malades, considérés comme impurs, tout en la dépassant au nom du service de l'homme, dans la miséricorde.
Cependant, en envoyant l'homme qu'il vient ainsi de guérir se montrer au prêtre, Jésus observe en même temps cette Loi de Moïse (Lévitique, 13, 49).
Nous constatons donc que Jésus illustre bien, par son comportement, l'enseignement de base qu'il vient de proclamer dans son discours sur la Montagne : il n'est pas venu abolir les enseignements des Livres de la Loi, ni ceux des Livres des Prophètes, mais les accomplir, tout en les dépassant radicalement (5, 17 - 48).
3. Decouvertes
Après le défi qu'il a lancé en paroles tout au long de son premier discours, nous découvrons le défi semblable que Jésus lance maintenant par ses actions de miséricorde, accomplies surtout en faveur de personnes défavorisées, ou marginalisées par la société. Ces gestes, souvent spectaculaires, se trouvent regroupés en 3 triades de 3 miracles chacune, qui se déploient tout au long de cette partie de l'Evangile (8, 1 - 9, 34). En plus de la première triade, dans laquelle se trouve notre page (8, 1 - 17), les deux autres se lisent en 8, 23 - 9, 8 et 9, 18 - 34.
Cette purification d'un lépreux, à laquelle nous assistons, constitue la première guérison de cette première triade, qui nous raconte ensuite la guérison du fils du centurion de Capharnaüm, ainsi que celle de la belle-mère de Pierre.
L'autorité de Jésus, constatée dans sa manière de parler, et reconnue à la fin de son premier discours (7,28 - 29), se manifeste tout autant dans la manière selon laquelle Jésus se comporte et parle au lépreux : "Je le veux, sois guéri".
La "lèpre" dont il est ici question ne correspond probablement pas à la maladie que nous mettons sous ce nom aujourd'hui. Il faut y voir une maladie de la peau, semblable à celle constatée dans le Livre des Nombres (Nombres, 12), lorsque Moïse guérit Myriam, ainsi que dans le 2ème Livres des Rois (5, 1 - 14), lorsqu'Elisée guérit le général Syrien Naaman.
Notons cependant la dimension eschatologique de ce genre de guérison. En 11, 5, Jésus répond à la question des envoyés de Jean-Baptiste avec des signes de la fin des temps, liés à l'apparitin du Messie, dont la purification des lépreux, et, dans ses consignes de mission aux Douze, au cours de son 2ème grand discours missionnaire, Jésus leur demande spécifiquement de guérir les lépreux, et donc de l'imiter sur ce point également (10, 8).
4. Prolongement
Ce que les deux disciples , qui s'en retournent à Emmaüs, le soir de Pâques, racontent à son sujet au Christ ressuscité qui les rejoint sur la route, correspond bien à l'image forte que Jésus avait imprégnée chez tous ceux qui l'avaient rencontré tout au long de son ministère :
19 " Quoi donc ? " leur dit-il. Ils lui dirent : " Ce qui concerne Jésus le Nazarénien, qui s'est montré un prophète puissant en œuvres et en paroles devant Dieu et devant tout le peuple,
Même si les Actes des Apôtres nous racontent des miracles de guérison du même genre que ceux de Jésus, accomplis par Pierre et Paul, et qui montraient la continuité de leur mission par rapport à celle de Jésus, manifestant ainsi que "l'affaire Jésus" continuait bien après sa mort, en la puissance de son Nom et dans la force de son Esprit, et même si Jésus, dans son dernier discours avant sa mort, a promis à ceux qui croient en lui qu'ils feraient les mêmes oeuvres que lui, et même des oeuvres plus grandes que les siennes, parce qu'il allait vers le Père (Jean, 14, 12), ce n'est pas par des signes prodigieux et spectaculaires que nous avons aujourd'hui à le rendre visible, mais par notre témoignage, personnel et communautaire, en paroles et en actes, témoignage animé par son Esprit qui habite en nous, et nous fait reproduire les comportements de Jésus.
Comme l'écrit Paul au Corinthiens, nous avons tous, les uns face aux autres, à nous édifier dans l'imitation de Jésus le Christ :
1 Montrez-vous mes imitateurs, comme je le suis moi-même du Christ.
Prière
*Seigneur Jésus, après avoir rendu le beau témoignage de ta propre mission, tu attends de nous qu'à notre tour nous soyons tes témoins, par notre parole et par notre manière de t'imiter en toutes nos démarches, vécues avec toi, dans la force de ton Esprit : apprends-moi à rendre compte de l'espérance qui est en nous tous qui croyons en toi, et à faire connaître ton Nom, chaque fois qu'on m'interroge sur mes comportements ou mes attitudes, qui doivent être autant d'occasions de montrer que toi seul es celui qui donne sens à ma vie, en m'orientant sans cesse vers le Père. AMEN.
28.06.2002.*