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Matthieu 23, 1-12
AELF · Bible liturgique

1 Alors Jésus s'adressa aux foules et à ses disciples en disant :
2 " Sur la chaire de Moïse se sont assis les scribes et les Pharisiens :
3 faites donc et observez tout ce qu'ils pourront vous dire, mais ne vous réglez pas sur leurs actes : car ils disent et ne font pas.
4 Ils lient de pesants fardeaux et les imposent aux épaules des gens, mais eux-mêmes se refusent à les remuer du doigt.
5 En tout ils agissent pour se faire remarquer des hommes. C'est ainsi qu'ils font bien larges leurs phylactères et bien longues leurs franges.
6 Ils aiment à occuper le premier divan dans les festins et les premiers sièges dans les synagogues,
7 à recevoir les salutations sur les places publiques et à s'entendre appeler "Rabbi" par les gens.
8 " Pour vous, ne vous faites pas appeler "Rabbi" : car vous n'avez qu'un Maître, et tous vous êtes des frères.
9 N'appelez personne votre "Père" sur la terre : car vous n'en avez qu'un, le Père céleste.
10 Ne vous faites pas non plus appeler "Directeurs" : car vous n'avez qu'un Directeur, le Christ.
11 Le plus grand parmi vous sera votre serviteur.
12 Quiconque s'élèvera sera abaissé, et quiconque s'abaissera sera élevé.

Matthieu 23, 1-12
Commentaire

DE L'EVANGILE DE MATTHIEU

Commentaire

1. Situation

Cet Evangile, qui reprend beaucoup de passages de l'Evangile de Marc (qui avait été écrit vers 65), mais en y ajoutant des éléments qu'il partage en grande partie avec Luc, a été très probablement rédigé entre les années 85 et 90.

A parcourir tout ce Livre, on peut se demander s'il a été composé pour des chrétiens d'origine Juive (Judéochrétiens), ou pour des chrétiens d'origine païenne, ou encore pour les deux. Néanmoins, même s'il a été d'abord écrit pour confirmer une communauté Judéochrétienne dans sa découverte de la Bonne Nouvelle de Jésus, cet Evangile est ouvert également à la mission universelle auprès des païens, et il se termine par un envoi en mission par le Christ ressuscité, avec ces paroles : "allez, de toutes les nations, faites des disciples" (28, 18).

On peut diviser cet Evangile en 11 parties, qui se répondent en sens inverse (la 1ère correspondant à la dernière, la 2ème, à l'avant-dernière, etc...), concentrées autour de la 6ème partie, le "Discours en paraboles", qui sert en quelque sorte de "pivot". Nous obtenons ainsi le découpage suivant :

  • Naissance de Jésus et commencement de sa mission (1 - 4)
  • Bénédictions et Discours sur la montagne (5 - 7)
  • Manifestations de l'autorité de Jésus et de ses appels (8 - 9)
  • Discours sur la mission (10)
  • Jésus rejeté par "cette génération" (11 - 12 )
  • Discours en paraboles (13)
  • Jésus reconnu par ses disciples (14 - 17)
  • Discours sur la manière de vivre en communauté de croyants (18)
  • De nouveau, Jésus manifeste son autorité et ses appels (19 - 22)
  • Proclamation de situations malheureuses et Discours sur la venue définitive du Royaume (23 - 24)
  • Passion, mort et résurrection (26 - 28)

Cette présentation fait ressortir que cet Evangile est bien rythmé par 5 grands discours de Jésus, dans lesquels l'auteur a concentré la majeure partie de son enseignement. Les 5 discours ont souvent fait penser aux 5 livres de Moïse de l'Ancien Testament. On dit volontiers que, pour Matthieu, Jésus est le "Nouveau Moïse".


Avec notre page, nous abordons un ensemble de paroles très dures que Jésus prononce contre les scribes et les Pharisiens, en introduction à son 5ème et dernier Grand Discours sur la venue définitive du Royaume de Dieu.

2. Message

Dans ces propos, Jésus résume ainsi la mentalité de tous ceux qui, depuis le début de son ministère, l'ont critiqué et sont devenus de plus en plus ses adversaires, suite à sa fréquentation des publicains et des pécheurs, suite à ses gestes de miséricorde sans limites, suite à ses remarques mettant le service de l'homme au-dessus de l'observation du sabbat.

Dans l'Evangile de Matthieu, Jésus précise bien qu'il n'abolit pas, mais accomplit la Loi en la dépassant (Matthieu, 5, 17 - 20). Il reconnaît donc aux scribes et aux Pharisiens leur rôle d'autorité dans l'interprétation de la Loi, ce qu'il appelle "occuper la chaire de Moïse", tout en insistant qu'il ne faut pas les prendre pour des modèles à imiter, "car ils disent et ne font pas"..

En effet, Jésus refuse leur façon d'exercer leur autorité comme un pouvoir et une oppression, et non pas comme un service, et donc toutes leurs revendications en matière de places, de titres, ou de salutations qui leur seraient dûs. Jésus renverse ainsi les valeurs : ce qui compte, c'est le service. Le plus grand se trouve être désormais le serviteur de tous, celui qui se met à la dernière place et qui s'abaisse. Et tout cela à cause de l'attitude de Dieu, qui nous est révélée par Jésus comme pure et totale gratuité, miséricorde, don et pardon sans limites.

3. Decouvertes

Dans ce discours très agressif, Matthieu, compte tenu de la communauté à laquelle il s'adresse, et dont font partie de nombreux Juifs devenus chrétiens, mais exclus de la synagogue, semble régler ses comptes avec les Pharisiens qui viennent de se regrouper après la destruction de Jérusalem et du Temple. Il rassemble ainsi un certain nombre de paroles de Jésus à l'encontre des scribes et des Pharisiens, et qui se trouvent dispersées dans les autres Evangiles, où l'on voit Jésus saisir des occasions de rencontres ou de repas avec eux, pour les mettre ainsi en question.

4. Prolongement

Alors que les Pharisiens disent et ne font pas, il nous appartient d'agir le plus totalement possible en serviteurs, à l'exemple du "Fils de l'homme venu non pas pour être servi, mais pour servir" et donner sa vie pour nous racheter (Matthieu, 20, 28), d'avoir cette attitude prophétique à la façon de Dieu et de Jésus, attitude qui pose question, et dont nous avons ensuite à rendre compte par notre témoignage sur Jésus, source de notre espérance (1 Pierre, 3, 13 - 15).

Ni Rabbins, ni Pères, ni Maîtres : Dieu seul peut vraiment porter le nom de "Père" (Ephésiens, 3, 14 - 17), et Jésus le nom de "Maître", puisqu'il est le Fils bien-aimé et l'image parfaite du Dieu invisible (Colossiens, 1, 15), au point que le voir, c'est voir le Père (Jean, 14, 9 - 10). Mais Jésus a vécu cela en se mettant plus bas qu'un esclave à notre service, en faisant le geste de laver les pieds de ses disciples (Jean, 13, 1 - 16), nous donnant ainsi le sens de sa mission de révélateur de l'amour de Dieu, et de la suprême richesse de la Pauvreté de Dieu (2 Corinthiens, 8, 9), c'est-à-dire sa disponibilité absolule. Voilà bien le seul modèle à imiter, et à rendre visible aujourd'hui.

Prière

*Seigneur Jésus, tu nous appelles à te ressembler en tous points, à aimer comme tu nous as aimés, et comme le Père t'aime, à demeurer en toi comme tu demeures dans le Père, à devenir serviteurs de tous, et véritablement pauvres comme toi, à garder ta Parole et la mettre en pratique de la même façon que tu n'as cherché à agir et à parler que selon la volonté du Père : aide-moi à toujours me référer à toi comme mon unique modèle de vie, puisqu'en ta venue et ta mission au milieu de nous, Dieu s'est mis à notre niveau de langage et d'expression, et donne-moi de continuer ta mission, me sachant toujours envoyé vers mes frères et soeurs, comme toi-même as été uniquement l'envoyé de ton Père, notre Dieu. AMEN.

18.03.2003.*