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Matthieu 22, 1-14
AELF · Bible liturgique

1 Et Jésus se remit à leur parler en paraboles :
2 " Il en va du Royaume des Cieux comme d'un roi qui fit un festin de noces pour son fils.
3 Il envoya ses serviteurs convier les invités aux noces, mais eux ne voulaient pas venir.
4 De nouveau il envoya d'autres serviteurs avec ces mots : " Dites aux invités : "Voici, j'ai apprêté mon banquet, mes taureaux et mes bêtes grasses ont été égorgés, tout est prêt, venez aux noces. "
5 Mais eux, n'en ayant cure, s'en allèrent, qui à son champ, qui à son commerce ;
6 et les autres, s'emparant des serviteurs, les maltraitèrent et les tuèrent.
7 Le roi fut pris de colère et envoya ses troupes qui firent périr ces meurtriers et incendièrent leur ville.
8 Alors il dit à ses serviteurs : "La noce est prête, mais les invités n'en étaient pas dignes.
9 Allez donc aux départs des chemins, et conviez aux noces tous ceux que vous pourrez trouver. "
10 Ces serviteurs s'en allèrent par les chemins, ramassèrent tous ceux qu'ils trouvèrent, les mauvais comme les bons, et la salle de noces fut remplie de convives.
11 " Le roi entra alors pour examiner les convives, et il aperçut là un homme qui ne portait pas la tenue de noces.
12 "Mon ami, lui dit-il, comment es-tu entré ici sans avoir une tenue de noces ?" L'autre resta muet.
13 Alors le roi dit aux valets : "Jetez-le, pieds et poings liés, dehors, dans les ténèbres : là seront les pleurs et les grincements de dents. "
14 Car beaucoup sont appelés, mais peu sont élus. "

Matthieu 22, 1-14
Commentaire

DE L'EVANGILE DE MATTHIEU

Commentaire

1. Situation

Cet Evangile, qui reprend beaucoup de passages de l'Evangile de Marc (qui avait été écrit vers 65), mais en y ajoutant des éléments qu'il partage en grande partie avec Luc, a été très probablement rédigé entre les années 85 et 90.

A parcourir tout ce Livre, on peut se demander s'il a été composé pour des chrétiens d'origine Juive (Judéochrétiens), ou pour des chrétiens d'origine païenne, ou encore pour les deux. Néanmoins, même s'il a été d'abord écrit pour confirmer une communauté Judéochrétienne dans sa découverte de la Bonne Nouvelle de Jésus, cet Evangile est ouvert également à la mission universelle auprès des païens, et il se termine par un envoi en mission par le Christ ressuscité, avec ces paroles : "allez, de toutes les nations, faites des disciples" (28, 18).

On peut diviser cet Evangile en 11 parties, qui se répondent en sens inverse (la 1ère correspondant à la dernière, la 2ème, à l'avant-dernière, etc...), concentrées autour de la 6ème partie, le "Discours en paraboles", qui sert en quelque sorte de "pivot". Nous obtenons ainsi le découpage suivant :

  • Naissance de Jésus et commencement de sa mission (1 - 4)
  • Bénédictions et Discours sur la montagne (5 - 7)
  • Manifestations de l'autorité de Jésus et de ses appels (8 - 9)
  • Discours sur la mission (10)
  • Jésus rejeté par "cette génération" (11 - 12 )
  • Discours en paraboles (13)
  • Jésus reconnu par ses disciples (14 - 17)
  • Discours sur la manière de vivre en communauté de croyants (18)
  • De nouveau, Jésus manifeste son autorité et ses appels (19 - 22)
  • Proclamation de situations malheureuses et Discours sur la venue définitive du Royaume (23 - 24)
  • Passion, mort et résurrection (26 - 28)

Cette présentation fait ressortir que cet Evangile est bien rythmé par 5 grands discours de Jésus, dans lesquels l'auteur a concentré la majeure partie de son enseignement. Les 5 discours ont souvent fait penser aux 5 livres de Moïse de l'Ancien Testament. On dit volontiers que, pour Matthieu, Jésus est le "Nouveau Moïse".


Les événements se précipitent dans cette dernière série d'actions et de paroles de Jésus que nous rapporte Matthieu entre les 4ème et 5ème discours de .Jésus (19, 1 - 22, 46). Série très riche en interventions qui soulignent l'impact puissant de Jésus et son autorité.

Après son enseignement sur le divorce, la priorité des enfants et de ce qu'ils représentent pour le Royaume, son invitation sans succès au jeune homme riche de le suivre, et sa parabole sur les ouvriers envoyés à la vigne, où il souligne la gratuité du don de Dieu offert à tous de façon identique, nous retrouvons Jésus dans Jérusalem où il est maintenant entré, où il a purifié le Temple. Tout un ensemble de passages ont été sautés dans la lecture continue que nous faisons de cet Evangile de Matthieu dans notre liturgie catholique (de 20, 17 à 21, 46).

Jésus, entre les interventions des scribes et des Pharisiens qui contestent sa purification du Temple, où il s'est installé en quelque sorte, pour enseigner le peuple, et qui cherchent à le piéger par des questions insidieuses en vue de le faire condamner, Jésus donc, s'est remis à parler en paraboles qui visent plus ou moins directement ses adversaires : la parabole des deux fils (21, 28 - 32), celle des vignerons homicides (21, 33 - 46), et nous lisons aujourd'hui la dernière de ses paraboles (si l'on ne tient pas compte de celles qui feront partie de son dernier discours eschatologique, qu'il va bientôt prononcer) : la parabole des invités au festin du Royaume.

2. Message

Cette parabole se déroule en 3 actes : - versets 2 à 7 : 2 appels à venir au festin à ceux qui y ont été invités, appels qui se heurtent au refus des invités, - versets 8 à 10 : suite à ce refus, l'invitation est étendue à tous les hommes rencontrés, en particulier à tous les rejetés de la société et les pécheurs, - versets 11 à 14 : vérification de la tenue des invités dans la salle de noces et parole d'interprétation finale.

Le Royaume des cieux est explicitement présenté ici sous son image de banquet messianique de la fin des temps, dont l'origine se trouve au livre d'Isaïe, 25, 6 - 10. Les invités d'office sont le peuple de l' Alliance et de la Promesse, objet, depuis l'appel fait par Dieu à Abraham, de la tendresse et de l'initiative gratuite du Seigneur qui les appelle. Les serviteurs envoyés chercher les invités désignent les prophètes. Tout est désormais prêt : nous sommes dans l'urgence absolue de la fin des temps, à laquelle il faut se conformer immédiatement, et cela est redit avec insistance (2 fois au verset 4, puis 1 fois au verset 8). Mais les invités estiment qu'il n'y a pas d'urgence pour eux, car les affaires de Dieu sont passées pour eux au second plan.

Dans cette parabole, Matthieu pose une distinction entre l'appel initial au salut et l'entrée définitive et réelle dans le Royaume, pour ceux qui ont persévéré dans l'écoute et l'attente impliquées par cet appel. Car cette entrée dans le Royaume n'est pas de soi automatique, elle suppose que l'on soit prêt et disposé à saisir immédiatement l'occasion quand elle se présente. Les croyants ne doivent pas se laisser aller à traiter d'abord de leurs affaires en les mettant à la première place de leurs préoccupations. Si l'appel de Dieu ne demeure pas prioritaire dans leur existence, ils manqueront le Royaume. Le verset 14 résume bien cette logique de la présence et de la persévérance.

L'habit de noces exigé et présenté ici comme nécessaire, est l'expression d'un coeur qui accepte de se tourner vers le Royaume où Dieu l'appelle, et d'exprimer cette acceptation, ou cette conversion, par une vie de justice selon laquelle l'on essaye de produire les oeuvres que Dieu attend de nous. Ce qui veut dire que si les pécheurs sont bien parmi les invités, ils doivent se reconnaître pour ce qu'ils sont et s'ouvrir à la conversion.

3. Decouvertes

Les versets 6 et 7 (sur l'expédition militaire contre les rebelles) rompent la logique de l'histoire que raconte la parabole. Ils constituent une intrusion qui fait allusion à la capture et à la destruction de Jérusalem par les Romains en 70 de notre ère.

Tous ceux qui sont sur les chemins et que les serviteurs convoquent au banquet sont les exclus et les rejetés d'Israël, ceux qui sont "loin " : les publicains, les pécheurs, les bergers, et tous ceux qu'on ne peut approcher sans se souiller. Mais les pécheurs sont invités.

Les versets 11 à 13 soulignent l'importance de l'ouverture du coeur au salut que Dieu propose, ainsi que le caractère absolu du Royaume : on en fait partie ou en n'en fait pas partie.

Cependant l'image d'exclusion "pieds et poings liés", pour être dans la logique du Royaume et de son exigence de vérité, est tout de même un peu trop forte dans la logique du récit de cette parabole du festin. Ce qui veut dire que le récit que nous rapporte Matthieu de cette parabole, est marqué déjà par toute une interprétation.

4. Prolongement

Que l'appel soit adressé d'abord aux Juifs, ensuite aux païens, il est le même pour tous (Ephésiens, 3, 1 - 12), et pour tous les temps.

Cet appel, tout de gratuité et de grâce, demande cepndant à être reçu dans l'ouverture d'un coeur qui l'accueille avec confiance, en se remettant entre les mains de Dieu, par Jésus, dans l'Esprit. Il nous faut toujours demeurer en présence de cette initiative de Dieu, qui nous rejoint et doit être considérée comme l'événement le plus important de notre histoire. Nous ne devons pas nous en laisser distraire.

Notre devise perpétuelle : "Le Royaume, d'abord et toujours, Jésus Christ d'abord et toujours, le don que Dieu nous fait d'abord et toujours". Méfions-nous de toute "banalisation" de Dieu ou du Christ.

Notre espérance, qui ne voit pas ce qu'elle espère, mais l'attend dans la confiance et la patience, demeure toujours associée à la persévérance (Romains, 8, 24 - 25).

Prière

*Seigneur Jésus, non seulement tu accueilles tous ceux qui vont vers toi, comme le Père attend son fils prodigue, mais tu viens sans cesse nous chercher, nous transformer, et nous envoyer, porteurs de ta Parole et de ta manière de vivre, à la rencontre, à temps et à contretemps, des frères et des soeurs que tu as placès sur nos chemins de vie : donne-moi de toujours répondre à ton appel et d'en bien saisir l'urgence, ainsi que d'en mesurer l'exigence de conversion et d'accueil de ta grâce avec un coeur nouveau. AMEN.

21.08.2003.*