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Luc 16, 1-8
AELF · Bible liturgique

1 Il disait encore à ses disciples : " Il était un homme riche qui avait un intendant, et celui-ci lui fut dénoncé comme dilapidant ses biens.
2 Il le fit appeler et lui dit : "Qu'est-ce que j'entends dire de toi ? Rends compte de ta gestion, car tu ne peux plus gérer mes biens désormais. "
3 L'intendant se dit en lui-même : "Que vais-je faire, puisque mon maître me retire la gérance ? Piocher ? je n'en ai pas la force ; mendier ? j'aurais honte...
4 Ah ! je sais ce que je vais faire, pour qu'une fois relevé de ma gérance, il y en ait qui m'accueillent chez eux. "
5 " Et, faisant venir un à un les débiteurs de son maître, il dit au premier : "Combien dois-tu à mon maître ?" -
6 "Cent barils d'huile", lui dit-il. Il lui dit : "Prends ton billet, assieds-toi et écris vite cinquante. "
7 Puis il dit à un autre : "Et toi, combien dois-tu ?" - "Cent mesures de blé", dit-il. Il lui dit : "Prends ton billet, et écris quatre-vingts. "
8 " Et le maître loua cet intendant malhonnête d'avoir agi de façon avisée. Car les fils de ce monde-ci sont plus avisés envers leurs propres congénères que les fils de la lumière.

Luc 16, 1-8
Commentaire

DE L'EVANGILE DE LUC

Commentaire

1. Situation

Luc est l'auteur d'une oeuvre en deux volumes qui se suivent, et sont écrits pour être lus en suivant : l'Evangile, et les Actes des Apôtres. Luc nous est régulièrement présenté comme disciple et accompagnateur de Paul, bien que nous ne trouvions rien dans son oeuvre des grands thèmes théologiques développés dans les Epîtres de Paul.

Luc a écrit ses 2 Livres entre les années 80 et 90 de notre ère, soit plus de 50 ans après la mort de Jésus, 30 ans après les lettres authentiques de Paul, et quelque 20 ans après l'Evangile de Marc. Ce qui ne veut pas dire que les traditions qu'il reprend ne sont pas aussi anciennes que celles de ceux qui ont écrit avant lui. Cela indique toutefois qu'il s'adresse à des communautés chrétiennes déjà différentes, pour leur annoncer la Bonne Nouvelle de Jésus.

Son Evangile se déroule en huit étapes :

  • un Prologue (Luc, 1, 1 - 4) au destinataire de cet Evangile, un certain Théophile, dont nous ne savons rien par ailleurs, Prologue auquel fait écho le Prologue des Actes des Apôtres (Actes, 1, 1 - 5).
  • un résumé de toute la Bonne Nouvelle de Jésus, en qui toutes les promesses de Dieu sont accomplies, autour du thème de son Enfance (Luc, 1, 5 - 2, 52).
  • la préparation de son ministère public (Luc, 3, 1 - 4, 13).
  • le ministère de Jésus en Galilée (Luc, 4, 14 - 9, 50).
  • le voyage de Jésus vers Jérusalem (Luc, 9, 51 - 19, 27).
  • le rejet de Jésus par Jérusalem (Luc, 19, 28 - 21, 38).
  • le dernier repas de Jésus et sa mise au rang des pécheurs dans sa condamnation et son éxécution (Luc, 22, 1 - 23, 56a).
  • la victoire décisive de Jésus, sa promesse de l'Esprit et son ascension (Luc, 23, 56b - 24, 53).

Jésus a terminé sa mission en Galilée, et, depuis Luc, 9, 51, il a pris avec ses dsiciples le chemin de Jérusalem. Cette montée vers la ville sainte, où il sera rapidement, après quelque temps, arrêté et condamné à la croix, constitue une partie très importante de l'Evangile, qui s'étale sur 10 chapitres, et durant laquelle Luc nous montre Jésus en train de former ses disciples, à mesure qu'il réagit à toutes les situations qu'il rencontre.

2. Message

Dans cette parabole, à première vue surprenante, Jésus nous invite à nous montrer aussi habiles et astucieux pour atteindre le but du Royaume de Dieu, qu'il nous propose, que le fait ce gérant malhonnête et avisé, qui s'attend à être licencié, pour assurer son avenir.

Un gérant de ce genre se payait à l'époque en prenant sa part sur ce que versaient les débiteurs de son patron, en augmentant d'autant la facture initiale. La remise qu'il accorde aux débiteurs de son maître dans la parabole peut donc s'interpréter comme une renonciation à ce supplément qui lui revenait, et, de ce fait, il ne vole personne et fait même apparaître son patron comme particulièrement généreux.

Mais il se peut également que, dans la remise qu'il accorde, le gérant diminue la facture initiale de son maître, aggravant, dans ce cas, sa propre malhonnêteté. Quoi qu'il en soit exactement, l'accent de la parabole est bien très fortement placé sur l'ingéniosité de ce gérant qui fait tout ce qu'il peut pour se tirer d'une situation catastrophique.

3. Decouvertes

Ce chapitre 16, moins unifié que l'était le chapitre 15, à propos du thème de l'accueil des publicains et des pécheurs, avec beaucoup de miséricorde par Jésus, traite pour une grande partie du problème des richesses, mais de manière plus fragmentaire.

Tous les commentateurs n'arrêtent pas le récit de la parabole au verset 8, même si la plupart estiment que les versets 9 - 13 représentent des éléments détachés pour aider à relire la parabole comme une leçon sur les différents aspects de l'argent.

Si, pour Jésus, l'argent est toujours considéré comme malhonnête, cela ne veut pas dire qu'il faut s'en servir de façon malhonnête, bien au contraire (16, 9 - 13), et il est bien clair que Jésus ne défend pas le caractère malhonnête des comportements du gérant de la parabole, lorsqu'il nous suggère d'être aussi malins que cet homme dans notre manière d'être ses disciples.

Au verset 8, certains ont vu, dans le "maître" dont il est question, Jésus lui-même commentant la parabole. Mais cela atténuerait le "choc" du message de la parabole. Il vaut donc mieux inclure le verset 8a dans la parabole elle-même, et lire que c'est le maître du gérant qui fait l'éloge de son employé avisé et malhonnête. En revanche, au verset 8b, c'est bien Jésus qui constate l'habileté des "fils de ce monde".

Jésus, qui raconte cette parabole à ses disciples, inclut peut-être parmi eux les puiblicains et les pécheurs (qu'on lui reprochait de fréquenter au chapitre précédent), et qu'il inviterait ainsi à faire un usage "honnête" de l'argent malhonnête.

4. Prolongement

Luc est l'Evangéliste qui nous rapporte les propos les plus sévères de Jésus concernant l'argent, et insiste le plus, par contraste, sur la valeur de la pauvreté réelle. Sa présentation des béatitudes s'accompagne, en effet, d'une contrepartie contre les richesses :

20 Et lui, levant les yeux sur ses disciples, disait : " Heureux, vous les pauvres, car le Royaume de Dieu est à vous.

21 Heureux, vous qui avez faim maintenant, car vous serez rassasiés. Heureux, vous qui pleurez maintenant, car vous rirez.

22 Heureux êtes-vous, quand les hommes vous haïront, quand ils vous frapperont d'exclusion et qu'ils insulteront et proscriront votre nom comme infâme, à cause du Fils de l'homme.

23 Réjouissez-vous ce jour-là et tressaillez d'allégresse, car voici que votre récompense sera grande dans le ciel. C'est de cette manière, en effet, que leurs pères traitaient les prophètes. "

24 " Mais malheur à vous, les riches ! car vous avez votre consolation.

25 Malheur à vous, qui êtes repus maintenant ! car vous aurez faim. Malheur, vous qui riez maintenant! car vous connaîtrez le deuil et les larmes.

26 Malheur, lorsque tous les hommes diront du bien de vous ! C'est de cette manière, en effet, que leurs pères traitaient les faux prophètes. "

Paul , de son côté, insiste sur l'attitude de recul nécessaire à avoir pour toutes les valeurs de ce monde face aux biens du Royaume que Jésus nous apporte :

29 Je vous le dis, frères : le temps se fait court. Que désormais ceux qui ont femme vivent comme s'ils n'en avaient pas ;

30 ceux qui pleurent, comme s'ils ne pleuraient pas ; ceux qui sont dans la joie, comme s'ils n'étaient pas dans la joie ; ceux qui achètent, comme s'ils ne possédaient pas ;

31 ceux qui usent de ce monde, comme s'ils n'en usaient pas vraiment. Car elle passe, la figure de ce monde.

Prière

*Seigneur Jésus, même si, sans toi, présent en nous par ton Esprit Saint, et la force qu'il nous donne, nous ne pouvons rien faire, tu attends néanmoins de nous que nous te suivions, activement, volontairement, en mettant toutes nos capacités humaines, y compris notre habileté et notre ingéniosité, à t'imiter en toutes circonstances, et à témoigner de la nouveauté définitive du Royaume des cieux : insère en moi ce dynamisme qui me pousse toujours à faire de mon mieux pour répondre à ton appel, sous toutes ses formes, et pour manifester ainsi, visiblement, par mon ouverture à ton Royaume, le reflet de ton "OUI", à travers tous mes comportements vécus en référence à ta Parole, et selon la foi qui respire dans la prière, et agit par la charité. AMEN.

08.11.2002.*