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ISAÏE 63, 16b - 17.19b
AELF · Bible liturgique

63, 16b C’est toi, SEIGNEUR, notre Père ;

« Notre-Rédempteur-depuis-toujours », tel est ton nom.

17    Pourquoi, SEIGNEUR, nous laisses-tu errer hors de tes chemins ?

Pourquoi laisser nos cœurs s’endurcir et ne plus te craindre ?

Reviens, à cause de tes serviteurs,

des tribus de ton héritage.

19b Ah ! Si tu déchirais les cieux, si tu descendais,

les montagnes seraient ébranlées devant ta face.

64, 2b Voici que tu es descendu :

les montagnes furent ébranlées devant ta face.

3     Jamais on n'a entendu,

jamais on n’a ouï dire,

nul œil n'a jamais vu un autre dieu que toi

agir ainsi pour celui qui l’attend.

4     Tu viens rencontrer celui qui pratique avec joie la justice,

qui se souvient de toi en suivant tes chemins.

Tu étais irrité, mais nous avons encore péché,

et nous nous sommes égarés.

5     Tous, nous étions comme des gens impurs,

et tous nos actes justes n’étaient que linges souillés.

Tous, nous étions desséchés comme des feuilles,

et nos fautes, comme le vent, nous emportaient.

6     Personne n'invoque plus ton nom,

nul ne se réveille pour prendre appui sur toi.

Car tu nous as caché ton visage,

tu nous as livrés au pouvoir de nos fautes.

7     Mais maintenant, SEIGNEUR, c’est toi notre Père.

Nous sommes l'argile, c’est toi qui nous façonnes :

nous sommes tous l'ouvrage de ta main.

ISAÏE 63, 16b - 17.19b
Commentaire

Quand Israël Appelait Dieu  « Notre Père »

Vous voyez que le catéchisme du petit enfant Juif et celui du petit chrétien ont au moins un point commun : les deux affirment que Dieu est Père ! Ce texte d’Isaïe date probablement de cinq cents ans avant le Christ, ce qui veut dire qu’il est vieux de plus de deux mille cinq cents ans ; or il est très clair sur ce point. Il le dit même deux fois : dans le texte tel qu’il nous est proposé par la liturgie, cela forme ce qu’on appelle une « inclusion » ; la première et la dernière ligne sont deux affirmations identiques et elles encadrent tout le texte ; première ligne « C’est toi, SEIGNEUR, notre Père »... dernière ligne « SEIGNEUR, c’est toi notre Père. » Suit l’image du potier : « Nous sommes l’argile, c’est toi qui nous façonnes : nous sommes tous l’ouvrage de ta main ».

Image très intéressante, celle du potier, qui dit bien dans quel sens Dieu est Père : il ne s’agit pas d’une paternité charnelle semblable à la paternité humaine ; le potier n’est pas le papa biologique de l’objet qu’il crée ; il en est le créateur, c’est tout autre chose !

Et là, une fois de plus, Israël se démarque des peuples voisins ; car je disais tout-à-l’heure qu’on n’a pas attendu le Nouveau Testament pour appeler Dieu « Père », mais pour être tout-à-fait honnête, on n’a pas attendu non plus l’Ancien Testament ni le peuple hébreu ; les autres peuples aussi invoquaient leur dieu comme leur père ; par exemple, au quatorzième siècle avant notre ère, à Ugarit (en Syrie, au Nord de la Palestine), le dieu suprême s’appelle « El, roi-père » .

Mais le titre de père, chez les autres peuples, a deux significations : premièrement un sens d’autorité ; deuxièmement un sens de paternité charnelle ; la Bible a gardé le premier sens de l’autorité, mais a toujours refusé de considérer Dieu comme un père biologique à la manière humaine. Dieu est le Tout-Autre, sur ce plan-là aussi.

C’est pour cette raison, d’ailleurs, qu’on trouve assez rarement, et seulement tardivement, dans l’Ancien Testament des affirmations péremptoires du genre « Dieu est votre Père » ; pendant trop longtemps, on aurait risqué de se méprendre et de l’imaginer père à la manière humaine, comme les peuples voisins.1

En revanche, on trouve plus tôt et plus souvent le titre de fils appliqué au peuple d’Israël tout entier ; c’est évidemment moins ambigu : on ne risque pas de penser cette filiation d’un peuple entier en termes de sexualité. Par exemple, dès le livre de l’Exode, dans un texte probablement très ancien, on peut lire « Ainsi parle le SEIGNEUR : Mon fils premier-né, c’est Israël » (Ex 4,22 ; premier-né signifiant ici « bien-aimé », « fils de prédilection »). Ce qui fait évidemment penser à l’élection d’Israël.

Deuxième étape, depuis David, le roi est appelé « fils de Dieu » ; vous connaissez la formule du Psaume 2, prononcée le jour du sacre d’un nouveau roi « Tu es mon fils, aujourd’hui, je t’ai engendré ».

Puis, peu à peu, on comprendra que chacun de nous peut se considérer comme fils de Dieu, c’est-à-dire objet de sa tendresse... Vous voyez que notre prière du Notre Père remonte très loin ; tellement loin qu’on trouve pratiquement toutes les phrases du Notre Père dans des prières juives qui étaient récitées dans les synagogues bien avant la naissance de Jésus.

Quand Israël Appelait Dieu  « Notre Libérateur »

L’autre titre donné à Dieu par Isaïe, c’est celui de « Rédempteur », ce qui veut dire « libérateur » ; chaque fois que nous rencontrons les mots « Rédempteur », « Rédemption », il faut penser « Libérateur », « Libération » ; Le Dieu de l’Ancien Testament est celui qui veut l’homme libre : libre de tout esclavage humain et aussi de toute idolâtrie, car c’est la pire des servitudes.

Pour le dire, Isaïe emploie ici un mot bien précis, le Go’el ; c’est un terme juridique que nous traduisons par « Rédempteur », « Libérateur ». Il s’applique à un parent proche qui vient délivrer une victime.

À plusieurs reprises dans l’Ancien Testament, Dieu est appelé le « Rédempteur », le « racheteur » de son peuple.  Par exemple, on connaît la fameuse profession de foi de Job : « Je sais, moi, que mon Rédempteur (mon libérateur) est vivant. » Bien sûr, quand on applique ce terme de rachat à Dieu, on n’envisage pas une transaction commerciale ; mais on affirme deux choses : premièrement, Dieu est le plus proche parent de son peuple ; deuxièmement Dieu veut l’homme libre.

Quand saint Paul, dans ses lettres, insiste tellement sur la liberté des enfants de Dieu, il est le lointain fils spirituel d’Isaïe.