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Romains 9, 1-5
AELF · Bible liturgique

1 Je dis la vérité dans le Christ, je ne mens point - ma conscience m'en rend témoignage dans l'Esprit Saint -,
2 j'éprouve une grande tristesse et une douleur incessante en mon cœur.
3 Car je souhaiterais d'être moi-même anathème, séparé du Christ, pour mes frères, ceux de ma race selon la chair,
4 eux qui sont Israélites, à qui appartiennent l'adoption filiale, la gloire, les alliances, la législation, le culte, les promesses
5 et aussi les patriarches, et de qui le Christ est issu selon la chair, lequel est au-dessus de tout, Dieu béni éternellement ! Amen.

Romains 9, 1-5
Commentaire

DE LA LETTRE AUX ROMAINS

Commentaire

1. Situation

La Lettre aux Romains est la plus longue, la plus importante et la mieux structurée des lettres de Paul.

Son interprétation a été décisive dans les grands moments de crise de l'Eglise, surtout au 5ème siècle (face à l'hérésie du moine Pélage : l'homme gagne son salut par son effort personnel), et au 16ème siècle (Luther et Calvin se séparent de Rome).

C'est à partir de leur relecture de la Lettre aux Romains que les Réformés et les Luthériens du 16ème siècle ont formulé leurs thèses sur le salut de Dieu par la grâce acceptée dans la foi.

Cette lettre a été écrite par Paul lui-même (en la dictant à un secrétaire-écrivain) au printemps de 57 ou de 58, et probablement depuis Corinthe. On n'a jamais mis en doute son authenticité.

Paul estime avoir terminé son oeuvre apostolique en Orient. Il forme donc le projet de passer par Rome pour aller en Espagne (15, 19 - 31).Il envoie donc d'avance aux chrétiens de Rome ce qui représente le coeur de sa prédication et de son Evangile.

En effet, cette Lettre aborde en profondeur les points les plus centraux du message chrétien : la puissance du salut de Dieu, présenté comme une grâce à recevoir dans la foi, pour en être transformé. C'est une vie avec le Christ ressuscité, mais marquée par l'événement suprême du dessein de salut de Dieu que constituent enemble la prédication, le témoignage, la mort et la résurrection de Jésus. L'Esprit Saint que nous avons reçu insère en nous toute la richesse de vie et de nouveauté, qui est le fruit de cet événement unique.

Cet enseignement à la fois général, et sans doute adapté à des circonstances particulières de l'Eglise de Rome, se réalise en deux parties : - l'une doctrinale (1 - 11), - l'autre exhortative, pour encourager à une manière de vivre avec et selon le Christ, et qui traite de différents aspects de notre existence humaine (12 - 16).

La partie proprement doctrinale de la Lettre de Paul aux Romains (1, 16 - 11, 36), qui commence dès la fin des présentations (1, 1 - 15), est toute entière consacrée à la Bonne Nouvelle ou l'Evangile de Dieu qui nous vient de notre Seigneur Jésus le Christ, et elle se développe en trois thèmes : - La justice de Dieu nous est révélée par l'Evangile comme force de justice pour qui l'accueille avec foi (1, 16 - 4, 25), - L'amour de Dieu assure le salut à ceux qui sont justifiés par la foi (5, 1 - 8, 39), - Cette réalisation du salut de Dieu n'est pas en contradiction avec la promesse de Dieu faite jadis à Israël (9, 1 - 11, 36)

A côté de cette répartition de cette Lettre en deux parties, comme il vient d'être indiqué, on peut tout aussi bien n'y voir, d'un bout à l'autre que le développement, en trois temps successifs, d'une seule idée force très prégnante : - la justice miséricordieuse de Dieu se manifeste dans la manière selon laquelle Dieu traite les Juifs et les paiens (1 - 8), - la justice miséricordieuse de Dieu se manifeste dans la manière dont Dieu traite le peuple d'Israël (9 - 11), - la justice miséricordieuse de Dieu se manifeste dans la vie de ceux qui croient au Christ. (12 - 15).


Selon le premier découpage de cette Lettre, que nous continuons de suivre, Paul développe ensuite une 3ème série d'arguments autour d'un 3ème thème : L'amour de Dieu assure le salut à ceux qui sont justifiés par la foi (9, 1 - 11, 36).

Ce thème est développé successivement en quatre points :

  • Paul nous partage d'abord sa lamentation sur ses frères, les Juifs, dont il s'est séparé en suivant Jésus (9, 1 - 5),
  • Ce que vit maintenant Israël n'est pas en contradiction avec le Projet de salut de Dieu depuis Abraham, à travers l'histoire des hommes, (9, 6 - 29),
  • L'échec d'Israël vient de son propre refus du salut de Dieu en Jésus Christ (9, 30 - 10, 21).
  • Cet échec d'Israël n'est, en définitive, que partiel et temporaire (11, 1 - 36).

Notre page de ce jour traite du 1er de ces quatre points.

2. Message

Paul commence cette partie de sa Lettre aux Romains en nous faisant part de l'angoisse qu'il ressent devant le sort de ses frères Juifs, qui n'ont pas reconnu Jésus comme le Messie de Dieu.

Sa tristesse et sa souffrance sont d'autant plus poignantes qu'il est particulièrement conscient des prérogatives d'Israël, en sa qualité de peuple choisi par Dieu, peuple de la promesse, peuple de l'Alliance.

En exprimant ainsi son angoisse, il fait brièvement état des problèmes qu'il rencontre dans sa propre prédication de l'Evangile.

3. Decouvertes

Paul déclare, au verset 1, s'exprimer dans le Christ, c'est-à-dire en toute sincérité en tant que chrétien, sans ressentiment à l'égard des Juifs qui ont pu lui causer des difficultés ou l'accuser de manquer de loyauté vis-à-vis de son peuple d'origine (voir 2 Corinthiens, 2, 17; 11, 31; 12, 19).

Au verset 3, en souhaitant d'être kui(même "anathème", soit "maudit", il se déclare prêt à subir le pire destin (être séparé, coupé du Christ lui-même), si cela pouvait servir à améliorer la cause de ses coreligionnaires Juifs. En cela,,il fait écho à la prière de Moïse, disposé à se sacrifier pour son peuple indifèle à Dieu (Exode, 32, 32).

Notons que Paul mentionne ici sept prérogatives accordées par Dieu à Israël, qu'il nous décrit succinctement avec beaucoup de force et d'émotion..

Vietn ensuite une 8ème bénédiction ou faveur, celle d'être le peuple d'où est sorti le Messie authentique, le descendant par excellence de ce peuple élu de Dieu.

Le dernier membre de phrase du verset 5 donne lieu à 4 interprétations sur la relation du Christ à Dieu :

  • " de qui le Christ est issu selon la chair, lequel est au-dessus de tout, Dieu béni éternellement ! Amen."
  • " de qui le Christ est issu selon la chair. Que Dieu, qui est au-dessus de tout, soit béni éternellement ! Amen."
  • "de qui le Christ est issu selon la chair, lequel est au-dessus de tout. Que Dieu soit béni éternellement ! Amen."
  • "de qui le Christ est issu selon la chair, et à qui appartient Dieu, lequel est au-dessus de tout. Amen."

Beaucoup demeurent convaincus que la première traduction demeure la meilleure. C'est celle de la Bible de Jérisalem et de la TOB (TOB, Romais, 9, 5 , note "m"). Il est vrai, par ailleurs, que le texte grec de Paul ne comportant pas de ponctuation, il est possible de le lire de différentes façons, même si la 1ère interprétation se situe nettemnet mieux dans le contexte de ces 5 versets de 9, 1 - 5.

4. Prolongement

Certains pensent que les trois chapitres de Romains, 9 - 11 constituent le sommet de toute cette Lettre : considérée ainsi, la Lettre aurait moins pour objet de nous expliquer la justification par la foi au Christ en elle-même, que de nous expliquer que cette attitude de Dieu, qui nous rend justes par la foi, démontre la justice miséricordieuse du Seigneur, tout particulièrement à l'égard de l'Israël non chrétien.

En conséquence, sans ces trois chapitres, la Lettre aux Romains souffrirait d'un grand déficit. Car, s'il ne nous était pas donné de lire la surprenante conclusion des derniers versets de la section 11, 25 - 36, on pourrait se demander en vérité si l'état actuel de l'Israël qui ne croit pas au Christ, ne constituerait pas un démenti grave de cette jsutice miséricorduieuse de Dieu.

D'autre part, suite à l'hymne grandiose de conclusion du chapitre 8, 31 - 39, si rien ne peut "nous" séparer de l'amour de Dieu manifesté en Jésus Christ, pourquoi pareille tristesse de Paul ? Parce qu'Israël ne fait pas partie de ce "nous", cet Israël qui s'est mis à l'écart de cet amour de Dieu.

Paul va donc, en se référant à l'histoire Juive, faire valoir deux arguments de base : d'une part, maintenant, comme dans le passé, seule une portion d'Israël vit dans la fidélité à Dieu, et, en conséquence, la situation présente, vue du point de vue de Dieu, comme de celui d'Israël, n'est pas exceptionnelle; d'autre part, cette situation ne trouvera une solution qu'au-delà du présent de l'histoire : lors du "retour" du Christ, tout Israël, y compris sa portion désobéissante et incroyante, sera sauvé (11, 25 - 36). Puisque Dieu est Dieu, il doit sauver son peuple Israël.

Prière

*Seigneur Jésus, toi qui as pardonné à tes bourreaux, après nous avoir déclaré : "aimez vos ennemis, priez pour ceux qui vous persécutent", tu nous traduis bien, par ta Parole et toute ton attitude, que tu es venu afin que tous les hommes soient sauvés, et, du haut de ta croix, tu rassembles dans l'unité tous les enfants de Dieu dispersés : accorde-moi de laisser pénétrer jusqu'au plus prodond de moi-même cet engagement ultime que tu as pris pris en ton Heure de passage au Père, donne-moi d'en être le révélateur, par mes paroles et mes actes, auprès de tous les hommes et toutes les femmes de ce temps, qu'il m'est donné de rencontrer, et sans que je fasse la moindre discrimination de race, de culture, ou de religion à leur égard. AMEN.

31.10.2003.*