Frères,
8 nous lisons dans l'Ecriture :
« La Parole est près de toi,
elle est dans ta bouche et dans ton coeur. »
Cette Parole, c'est le message de la foi que nous proclamons.
9 Donc, si tu affirmes de ta bouche que Jésus est Seigneur,
si tu crois dans ton coeur que Dieu l'a ressuscité d'entre les morts,
alors tu seras sauvé.
10 Celui qui croit du fond de son coeur
devient juste ;
celui qui, de sa bouche, affirme sa foi
parvient au salut.
11 En effet, l'Ecriture dit :
« Lors du jugement, aucun de ceux qui croient en lui
n'aura à le regretter. »
12 Ainsi, entre les Juifs et les païens,
il n'y a pas de différence :
tous ont le même Seigneur,
généreux envers tous ceux qui l'invoquent.
13 Il est écrit en effet :
« Tous ceux qui invoqueront le nom du Seigneur
seront sauvés. »
Romains
Un Seul Seigneur, Une Seule Foi, Un Seul Baptême
Tout le raisonnement de Paul aboutit à la conclusion : « Entre les Juifs et les païens, il n’y a pas de différence ». Précisons tout de suite que ces Juifs et ces païens dont parle Paul sont tous des chrétiens : soit d’origine juive, soit d’origine païenne. Et c’est bien cela le fond de son discours : que vous soyez des Juifs convertis au christianisme, ou que vous soyez d’anciens païens convertis au christianisme, vous êtes « avant tout » des chrétiens. « Ainsi, entre les Juifs et les païens, il n’y a pas de différence : tous ont le même Seigneur, généreux envers tous ceux qui l’invoquent. »
Si Paul insiste, c’est que le problème était bien là. Probablement parce que, à Rome comme dans toutes les communautés chrétiennes du premier siècle, la même question s’est posée. Était-il bien normal de traiter de la même manière des Juifs et des païens ? Que des Juifs deviennent chrétiens, c’était évidemment conforme au plan de Dieu. Puisque Dieu avait préparé son peuple pendant de longs siècles à recevoir le Messie, une fois celui-ci venu et reconnu, tous les Juifs auraient pu devenir chrétiens. C’était évidemment le souhait de Paul. Mais les choses se sont passées autrement. C’est une minorité seulement du peuple juif qui a adhéré à Jésus-Christ ; en revanche, ce sont des païens qui ont constitué le noyau le plus important des communautés chrétiennes. Entre ces chrétiens d’origines si diverses (soit juive, soit païenne), la cohabitation posait inévitablement des problèmes : sur le plan des habitudes quotidiennes, tout les séparait et les sujets de discussion ne manquaient pas : la loi, la circoncision, les coutumes alimentaires.
Plus profondément, pour certains Juifs devenus chrétiens, c’était une affaire de principe : ils acceptaient de mauvais gré l’entrée dans l’Église des anciens païens, ceux qu’ils appelaient les « incirconcis ». Car Israël était le peuple élu ; c’est en son sein que devait naître le Messie ; logiquement, les Juifs devaient être les fondements de l’Église ; alors une question revenait souvent : accepter des non-Juifs dans l’Église, n’était-ce pas une infidélité à l’Alliance, à l’élection du peuple juif ?
Cette question-là, lorsque Paul écrit aux Romains, il y a longtemps qu’il l’a résolue. Car si on fermait l’entrée de l’Église aux païens, si on leur refusait le baptême, cela reviendrait à dire que Jésus ne peut sauver que des Juifs. Cette position-là est évidemment intenable. Alors, comme toujours, Paul est allé chercher la solution du problème dans l’Écriture, c’est-à-dire dans ce que nous appelons aujourd’hui l’Ancien Testament. Et il a trouvé la réponse chez le prophète Joël : « Tous ceux qui invoqueront le nom du SEIGNEUR seront sauvés. » Joël, parlait, justement, du temps de la venue du Messie : « Je répandrai mon Esprit sur tout être de chair ; vos fils et vos filles prophétiseront, vos anciens seront instruits par des songes, et vos jeunes gens par des visions. Même sur les serviteurs et sur les servantes, je répandrai mon Esprit en ces jours-là... Alors quiconque invoquera le Nom du SEIGNEUR sera sauvé » (Jl 3,1…5).
Quiconque Invoquera Le Nom Du Seigneur Sera Sauvé
Argument imparable, puisque c’était dans l’Écriture ; mais bien surprenant quand même pour les contemporains de Paul : suffit-il réellement d’invoquer le Nom de Jésus pour être sauvé ? Jusqu’ici, il fallait être circoncis et pratiquer la Loi scrupuleusement ; les choses auraient-elles changé ? Oui, répond Paul ; car Jésus-Christ, lui aussi, mérite le Nom de Seigneur !
Désormais, tout homme qui invoque le Seigneur Jésus-Christ peut être sauvé. N’est-ce pas ce que Jésus lui-même a déclaré à Nicodème ? « Dieu a tellement aimé le monde qu’il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne se perde pas mais obtienne la vie éternelle. » Jésus a bien dit « quiconque » (c’est-à-dire « tout homme »). Et il a ajouté : « Car Dieu a envoyé son Fils dans le monde, non pas pour juger le monde, mais pour que, par lui, le monde soit sauvé » (Jn 3,16-17). Le monde, ici, veut bien dire « toute l’humanité ».
Mais ce message reste dur à admettre pour certains. Alors Paul n’hésite pas à se répéter : « Si de ta bouche, tu affirmes que Jésus est Seigneur, si, dans ton cœur, tu crois que Dieu l'a ressuscité d'entre les morts, alors tu seras sauvé. Car c’est avec le cœur que l’on croit pour devenir juste, c’est avec la bouche que l’on affirme sa foi pour parvenir au salut. »
Première remarque de vocabulaire : dans le langage de Paul, héritier de l’Ancien Testament, « devenir juste » ou être sauvé », c’est exactement la même chose. On a ici un bel exemple du parallélisme si habituel dans les textes bibliques. Deuxième remarque de vocabulaire : entendons-nous sur le sens du mot « croire » ici : le parallèle entre « bouche » et « cœur », sur lequel Paul insiste, dit bien que la foi n’est pas affaire d’opinion ; en employant le mot cœur, selon le sens que ce mot avait à l’époque, il vise la profondeur de l’engagement de toute la personne. Ainsi, aux yeux de Paul, une autre phrase de l’Écriture est désormais accomplie ; le livre du Deutéronome affirmait : « La Parole est près de toi, elle est dans ta bouche et dans ton cœur. » Au temps du Deutéronome, il s’agissait de la Loi qu’il fallait pratiquer, maintenant dit Paul, cette parole, c’est tout simplement le message de la foi en Jésus-Christ.
La voilà, la Bonne Nouvelle que Paul adresse à ceux qui ont reçu le Baptême : sans mérites de notre part, le salut nous est donné gratuitement par Dieu ; il nous faut simplement l’accueillir librement dans la foi : « Si de ta bouche, tu affirmes que Jésus est Seigneur, si, dans ton cœur, tu crois que Dieu l'a ressuscité d'entre les morts, alors tu seras sauvé. Car c’est avec le cœur que l’on croit pour devenir juste, c’est avec la bouche que l’on affirme sa foi pour parvenir au salut. »