1 Quant à Jésus, il alla au mont des Oliviers.
2 Mais, dès l'aurore, de nouveau il fut là dans le Temple, et tout le peuple venait à lui, et s'étant assis il les enseignait.
3 Or les scribes et les Pharisiens amènent une femme surprise en adultère et, la plaçant au milieu,
4 ils disent à Jésus : " Maître, cette femme a été surprise en flagrant délit d'adultère.
5 Or, dans la Loi, Moïse nous a prescrit de lapider ces femmes-là. Toi donc, que dis-tu ? "
6 Ils disaient cela pour le mettre à l'épreuve, afin d'avoir matière à l'accuser. Mais Jésus, se baissant, se mit à écrire avec son doigt sur le sol.
7 Comme ils persistaient à l'interroger, il se redressa et leur dit : " Que celui d'entre vous qui est sans péché lui jette le premier une pierre !"
8 Et se baissant de nouveau, il écrivait sur le sol.
9 Mais eux, entendant cela, s'en allèrent un à un, à commencer par les plus vieux ; et il fut laissé seul, avec la femme toujours là au milieu.
10 Alors, se redressant, Jésus lui dit : " Femme, où sont-ils ? Personne ne t'a condamnée ? "
11 Elle dit : " Personne, Seigneur. " Alors Jésus dit : " Moi non plus, je ne te condamne pas. Va, désormais ne pèche plus. "
Jean
L'évangile johannique se distingue par son style méditatif, ses grands « Je suis » et son rythme de signes. Lis-le verset à verset, avec les commentaires en regard.
DE L'EVANGILE DE JEAN
Commentaire
1. Situation
L'Evangile de Jean est un Evangile dont la structure nous paraît bien différente de la construction adoptée dans les trois autres Evangiles.
En effet, l'Evangile de Jean, entre un court Prologue (Jean, 1, 1 - 18), qui est la reprise d'une hymne primitive bien adaptée pour servir d'ouverture à la mission terrestre en Jésus du Verbe fait chair (la Parole de Dieu) , et un Epilogue (Jean, 21, 1 - 25), qui est un compte rendu d'apparition(s) du Christ ressuscité en Galilée, ajouté, semble-t-il, lors de la rédaction finale de l'Evangile, se divise en deux grandes parties :
LE LIVRE DES SIGNES, dans lequel , tout au long du ministère public de Jésus, nous assistons à la révélation qu'il nous donne de Dieu son Père par ses signes et ses paroles (Jean, 1, 19 - 12, 50),
LE LIVRE DE LA GLOIRE, long de huit chapitres (!), où Jésus, à ceux qui le reçoivent et l'accueillent, montre sa gloire en retournant au Père, à son "Heure", passage qui se réalise dans sa mort, sa résurrection, son ascension, et le don de son Esprit ( Jean, 13, 1 - 20, 31).
Le Livre des signes, dans lequel se situe notre passage, est d'abord ainsi nommé parce qu'il se trouve ponctué par SEPT signes, tous IMPORTANTS de par leur sens, accomplis par Jésus du début à la fin de son ministère :
- le changement de l'eau en vin à Cana (2, 1 - 11),
- la guérison du fils d'un intendant royal à Cana (4, 46 - 54),
- la guérison d'un infirme à la piscine de Bethesda (5, 1 - 11),
- la multiplication des pains en Galilée (6, 1 - 15),
- la marche sur la Mer de Galilée (6, 16 - 21),
- la guérison d'un aveugle-né à Jérusalem (9),
- la réanimation de Lazare, mort et mis au tombeau à Béthanie (11).
Cependant, dans la mesure où ces SEPT "signes" sont souvent plus ou moins longuement expliqués par des paroles ou des discours de Jésus, une autre répartition, plus précise, de ce Livre des signes, nous aide à mieux situer et donc mieux comprendre notre passage :
- 1°) Les débuts de la Révélation de Jésus : de Jean-Baptiste à Jésus (1, 19 - 51), aboutissant au changement de l'eau en vin à Cana (2, 1 - 11), qui sert de transition avec la partie suivante,
- 2°) Du premier signe de Cana (eau changée en vin) au deuxième signe de Cana (guérison du fils d'un intendant royal) (2 - 4), ce deuxième signe servant également de transition avec la 3ème partie (4, 46 - 54),
- 3°) Jésus et les principales fêtes juives (5 - 10),
- 4°) Jésus vit l'approche de son "Heure", Heure de sa mort et de sa gloire (11, 1 - 12, 36),
- 5°) Conclusion du Livre des signes sur le ministère de Jésus et résumé de sa prédication (12, 37 - 50).
Notre page se trouve au milieu de tout un ensemble, qui est un élément important de la 3ème partie de cet Evangile de Jean, et qui va de 7, 1 à 8, 59. Ces 2 chapitres nous relatent les comportements de Jésus à la fête des tentes à Jérusalem, où il va rencontrer une opposition très violente à son message. C'est une véritable mise en procès public de Jésus qui se déroule ici.
On pense toutefois généralement que cet épisode de la femme adultère (7, 53 - 8, 11) a probablement une autre origine, et a dû se situer dans un tout autre contexte. En effet, ce passage paraît "boucher un trou" entre la fin du chapitre 7 et la reprise du discours de Jésus qui va ensuite de 8, 12 à 8, 59. Ce récit, qui ne fait pas partie de l'Evangile de Jean dans la plupart des plus anciens grands manuscrits, semble bien avoir été placé à cet endroit par un copiste, peut-être comme illustration du verset 8, 15, un peu plus loin, où Jésus déclare ne porter de jugement sur personne, ou du verset 8, 46, où Jésus proclame qu'on ne peut le convaincre de péché.
Ni le style, ni la théologie de ce passage ne semblent correspondre au reste de l'Evangile de Jean. Ce récit, en revanche, implique que Jésus est à Jérusalem à enseigner chaque jour dans le Temple, comme c'est le cas en Luc, 20, 1; 21, 1. 37; 22, 53. De plus, les adversaires de Jésus lui tendent un piège, comme en l'Evangile de Marc, 12, 13 - 17.
Certains manuscrits situent ce texte dans l'Evangile de Luc, après Luc, 21, 38, d'autant plus qu'en 8, 1, ici, dans notre page, Jésus va au mont des Oliviers, comme en Luc, 21, 37. D'autre part, le pardon accordé par Jésus à une femme pécheresse rappelle bien les scènes de Luc, 7, 36 - 50 et 8, 2 - 3. C'est pourquoi beaucoup estiment que nous sommes en présence d'un passage lié à la tradition de Luc, mais actuellement égaré dans l'Evangile de Jean.
2. Message
Face à cette femme prise en flagrant délit d'adultère, qu'on lui ammène, Jésus ne rentre pas le jeu des accusateurs de cette pécheresse et se situe tout autrement. Plutôt que de répondre à leur question, il se taît, les surprend en écrivant sur le sol, et finit par les décourager, en les invitant à s'interroger sur leur propre péché.
Lorsqu'il se trouve enfin, laissé seul avec cette femme, Jésus fait preuve à son égard de miséricorde, en ne la condamnant pas, et de vérité, en lui demandant de ne plus pécher ainsi.
3. Decouvertes
Si, selon Jean, 18, 31, les Romains ont retiré aux Juifs l'autorisation de mettre quelqu'un à mort, alors que dans le cas d'une femme adultère (Lévitique, 20, 10; Deutéronome, 22, 21 - 24, et les traditions Juives d'interprétation) la Loi Juive le requiert, le piège tendu ici à Jésus ressemble à celui posé en Marc, 12, 13 - 17, à propos de l'impôt à payer ou non à César. Les accusateurs de la femme adultère mettent ainsi Jésus dans l'obligation de se prononcer, soit pour le rejet de la Loi de Moïse, soit pour la désobéissance à l'autorité Romaine. Et donc, quelle que soit sa réponse, on pourrait ainsi le dénoncer et le faire condamner.
Le silence de Jésus donne de la tension à cette scène, ainsi que sa manière "mystérieuse" d'écrire sur le sol. Se réfère-t-il ainsi à la phrase de Jérémie, 17, 13 : "Ceux qui se détournent de moi seront écrits sur le sol" ?
La seule réponse que Jésus donne aux accusateurs de la pécheresse, invitant celui qui est sans péché à jeter la première pierre, est conforme à tout son enseignement : "Ne jugez pas, et vous ne serez pas jugés" (Luc, 6, 37). Cela veut dire que ces accusateurs auront à affronter le jugement de Dieu sur leur propre péché. Selon Deutéronome, 13, 9, ce sont les témoins qui devaient être les premiers à jeter la pierre dans une mise à mort par lapidation.
Avec beaucop de finesse et d'habileté, l'auteur renvoie l'essentiel à la fin de l'épisode, c'est-à-dire au dialogue entre Jésus et la femme accusée. Lorsque Jésus lui dit : "Je ne te condamne pas, va et ne pèche plus", cette phrase suppose que, d'une part, cette femme regrette son péché, et que, d'autre part, comme cela est affirmé en Luc, 7, 46 et Jean, 5, 14, que Jésus lui a pardonné son péché, comme il en a la capacité.
4. Prolongement
Qui sommes-nous pour juger qui que ce soit ? Jésus nous l'a toujours interdit. Paul lui-même va jusqu'au refus de se juger lui-même : il se contente de suivre sa conscience, puis il s'en remet au Seigneur avec confiance :
3 Pour moi, il m'importe fort peu d'être jugé par vous ou par un tribunal humain. Bien plus, je ne me juge pas moi-même.
4 Ma conscience, il est vrai, ne me reproche rien, mais je n'en suis pas justifié pour autant ; mon juge, c'est le Seigneur.
Nous sommes souvent très aveugles sur nous-mêmes, comme Jésus nous l'a fait remarquer par une puissante image :
1 " Ne jugez pas, afin de n'être pas jugés ;
2 car, du jugement dont vous jugez on vous jugera, et de la mesure dont vous mesurez on mesurera pour vous.
3 Qu'as-tu à regarder la paille qui est dans l'œil de ton frère ? Et la poutre qui est dans ton œil à toi, tu ne la remarques pas !
4 Ou bien comment vas-tu dire à ton frère : "Laisse-moi ôter la paille de ton œil", et voilà que la poutre est dans ton œil !
5 Hypocrite, ôte d'abord la poutre de ton œil, et alors tu verras clair pour ôter la paille de l'œil de ton frère.
Prière
*Seigneur Jésus, ta rencontre nous renvoie toujours à la nécessité de nous retourner vers Dieu dans la conversion de notre coeur, et d'accueillir en nous ta Bonne Nouvelle du salut et du Règne de Dieu : aide-moi à cesser de rechercher les pailles qui sont dans les yeux de mes frères et soeurs, et donne-moi la lucidité de découvrir et d'extraire la poutre de ma suffisance et de mon repli sur moi, qui obscurcit ma vision, et, finalement, m'éloigne de toi. AMEN.
18.03.2002.*