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Évangile selon · 21 chapitres

Jean

L'évangile johannique se distingue par son style méditatif, ses grands « Je suis » et son rythme de signes. Lis-le verset à verset, avec les commentaires en regard.

Jean 6, 1-15
AELF · Bible liturgique

1 Après cela, Jésus s'en alla de l'autre côté de la mer de Galilée ou de Tibériade.
2 Une grande foule le suivait, à la vue des signes qu'il opérait sur les malades.
3 Jésus gravit la montagne et là, il s'assit avec ses disciples.
4 Or la Pâque, la fête des Juifs, était proche.
5 Levant alors les yeux et voyant qu'une grande foule venait à lui, Jésus dit à Philippe : " Où achèterons-nous des pains pour que mangent ces gens ? "
6 Il disait cela pour le mettre à l'épreuve, car lui-même savait ce qu'il allait faire.
7 Philippe lui répondit : " Deux cents deniers de pain ne suffisent pas pour que chacun en reçoive un petit morceau. "
8 Un de ses disciples, André, le frère de Simon-Pierre, lui dit :
9 " Il y a ici un enfant, qui a cinq pains d'orge et deux poissons ; mais qu'est-ce que cela pour tant de monde ? "
10 Jésus leur dit : " Faites s'étendre les gens. " Il y avait beaucoup d'herbe en ce lieu. Ils s'étendirent donc, au nombre d'environ cinq mille hommes.
11 Alors Jésus prit les pains et, ayant rendu grâces, il les distribua aux convives, de même aussi pour les poissons, autant qu'ils en voulaient
12 Quand ils furent repus, il dit à ses disciples : " Rassemblez les morceaux en surplus, afin que rien ne soit perdu. "
13 Ils les rassemblèrent donc et remplirent douze couffins avec les morceaux des cinq pains d'orge restés en surplus à ceux qui avaient mangé.
14 A la vue du signe qu'il venait de faire, les gens disaient : " C'est vraiment lui le prophète qui doit venir dans le monde. "
15 Alors Jésus, se rendant compte qu'ils allaient venir s'emparer de lui pour le faire roi, s'enfuit à nouveau dans la montagne, tout seul.

Jean 6, 1-15
Commentaire

DE L'EVANGILE DE JEAN

Commentaire

1. Situation

L'Evangile de Jean est un Evangile dont la structure nous paraît bien différente de la construction adoptée dans les trois autres Evangiles.

En effet, l'Evangile de Jean, entre un court Prologue (Jean, 1, 1 - 18), qui est la reprise d'une hymne primitive bien adaptée pour servir d'ouverture à la mission terrestre en Jésus du Verbe fait chair (la Parole de Dieu) , et un Epilogue (Jean, 21, 1 - 25), qui est un compte rendu d'apparition(s) du Christ ressuscité en Galilée, ajouté, semble-t-il, lors de la rédaction finale de l'Evangile, se divise en deux grandes parties :

  • LE LIVRE DES SIGNES, dans lequel , tout au long du ministère public de Jésus, nous assistons à la révélation qu'il nous donne de Dieu son Père par ses signes et ses paroles (Jean, 1, 19 - 12, 50),

  • LE LIVRE DE LA GLOIRE, long de huit chapitres (!), où Jésus, à ceux qui le reçoivent et l'accueillent, montre sa gloire en retournant au Père, à son "Heure", passage qui se réalise dans sa mort, sa résurrection, son ascension, et le don de son Esprit ( Jean, 13, 1 - 20, 31).

Le Livre des signes, dans lequel se situe notre passage, est d'abord ainsi nommé parce qu'il se trouve ponctué par SEPT signes, tous IMPORTANTS de par leur sens, accomplis par Jésus du début à la fin de son ministère :

  • le changement de l'eau en vin à Cana (2, 1 - 11),
  • la guérison du fils d'un intendant royal à Cana (4, 46 - 54),
  • la guérison d'un infirme à la piscine de Bethesda (5, 1 - 11),
  • la multiplication des pains en Galilée (6, 1 - 15),
  • la marche sur la Mer de Galilée (6, 16 - 21),
  • la guérison d'un aveugle-né à Jérusalem (9),
  • la réanimation de Lazare, mort et mis au tombeau à Béthanie (11).

Cependant, dans la mesure où ces SEPT "signes" sont souvent plus ou moins longuement expliqués par des paroles ou des discours de Jésus, une autre répartition, plus précise, de ce Livre des signes, nous aide à mieux situer et donc mieux comprendre notre passage :

  • 1°) Les débuts de la Révélation de Jésus : de Jean-Baptiste à Jésus (1, 19 - 51), aboutissant au changement de l'eau en vin à Cana (2, 1 - 11), qui sert de transition avec la partie suivante,
  • 2°) Du premier signe de Cana (eau changée en vin) au deuxième signe de Cana (guérison du fils d'un intendant royal) (2 - 4), ce deuxième signe servant également de transition avec la 3ème partie (4, 46 - 54),
  • 3°) Jésus et les principales fêtes juives (5 - 10),
  • 4°) Jésus vit l'approche de son "Heure", Heure de sa mort et de sa gloire (11, 1 - 12, 36),
  • 5°) Conclusion du Livre des signes sur le ministère de Jésus et résumé de sa prédication (12, 37 - 50).

Dans la 3ème partie du Livre des Signes, nous entrons dans l'épisode où nous rencontrons Jésus au temps de la Fête de la Pâque Juive, avec le "signe" de la multiplication des pains (6, 1 - 15), le "signe" de sa marche sur les eaux (6, 16 -21), la foule qui le rejoint une 2ème fois (6, 22 - 24), sa préface au discours qu'il va donner sur le thème du "pain de vie" (6, 25 - 34), son discours sur le "pain de vie" (6, 35 - 50), une suite de ce discours, avec une approche différente du même thème (6, 51 - 59), suivie, pour conclure et jusqu'à la fin du chapitre, des réactions de la foule et des disciples.

2. Message

Comme dans les autres récits de la multiplication des pains (dont nous avons 6 relations dans l'ensemble des 4 Evangiles), Jésus multiplie 5 pains et 2 poissons, permettant ainsi à une foule de 5000 hommes de manger à satiété, de l'une et de l'autre de ces deux nourritures. Avant de distribuer ces pains, Jésus effectue sur eux les gestes de bénédiction des repas Juifs festifs : il prend, il rend grâces et distribue. Ces 3 gestes, avec, en plus, celui de la fraction du pain non mentionné ici, seront repris à son dernier repas, selon les 3 autres Evangiles et la 1ère Lettre aux Corinthiens, au chapitre 11, et deviendront ceux de notre Eucharistie chréitenne. Jésus donne ensuite l'ordre de ramasser les restes des morceaux de pain, dont on remplit 12 corbeilles.

Cet événement se passe quelques jours avant la Pâque Juive, et sans que Jésus ait été amené à poser ce "signe" à la fin d'une journée de prédication à la foule. En effet, dès qu'il voit ces gens, il prend de lui-même l'initiative de les nourrir : acte voulu par lui, dans toute sa dimension.

De ce fait, Jésus est reconnu comme le "grand prophète" annoncé par Moïse au Livre du Deutéronome (18, 15 - 18), mais il ne veut pas du tout être récupéré comme "roi", comme il pressent que ces gens en ont l'intention. Il se retire donc, tout seul, dans la montagne, sa royauté à lui étant d'un tout autre ordre, comme il en témoignera en son "Heure" de passage au Père (Jean, 18, 33 - 34).

3. Decouvertes

On ne peut séparer ce "signe" de tout ce qui le suit dans le chapitre 6 de Jean : après la marche sur les eaux, la multiplication des pains va être relue et expliquée, par Jésus lui-même, dans un long discours où il va donner un sens nouveau à la Pâque Juive, qui trouve ainsi son achèvement en sa personne, inséparable de sa mission.

Dans la mesure où cette multiplication va, dans la discussion et le discours qui suivent, être mise en relation avec la "manne" donnée par Dieu dans le désert du Sinaî au temps de Moïse, la marche sur les eaux, que Jésus effectue immédiatement après la scène rapportée par notre page, peut rappeler la traversée de la Mer des roseaux par le peuple aux jours de sa sortie d'Egypte, ces deux événements ayant coïncidé avec la première Pâque célébrée en Israël (Exode, 12 - 16).

Cette mention de la Pâque anticipe le dernier repas de Jésus, dans lequel il remplacera ses paroles et ses gestes de bénédiction sur le pain et sur la coupe de vin (rapportés par les autres Evangiles) par le lavement des pieds de ses disciples (Jean, 13, 1 - 17).

Dans notre récit, Jésus interroge Philippe seul, à propos de la nourriture à trouver pour cette foule, et c'est André qui signale la présence d'un jeune garçon avec les 5 pains et les 2 poissons.

Il ne nous est pas précisé que Jésus ait rendu grâces sur les 2 poissons avant de les distribuer, ni que les restes de ces poissons aient été ramassés.

4. Prolongement

Même si l'on peut voir dans ce "signe" de la multiplication des pains l'annonce du banquet de la fin des temps où Jésus nous fera partager la table du Père et son abondance inépuisable, c'est bien le discours-discussion de Jésus avec les Juifs, après la marche sur la mer de Galilée (6, 25 - 59), qui constitue le véritable prolongement de la multiplication des pains dans cet Evangile de Jean.

Jésus va opposer la nourriture qui périt à celle qui donne la vie éternelle, ce pain de vie qu'il est par sa Parole. Lui seul donc est ce vrai pain qui vient de Dieu et procure la vie, à la différence de la manne distribuée par Moïse au désert de l'Exode aux "Pères" d'Israël, qui pourtant sont morts (6, 35 - 50).

Jésus va préciser, ensuite, dans la seconde partie de son discours, qu'il est également, en toute son humanité engagée à faire la volonté du Père, le "pain vivant descendu ciel", dont le pain et la coupe Eucharistiques partagés transmettent aux croyants que nous sommes la réalité de sa "chair" donnée et de sa "vie (son sang)" répandue pour la vie du monde. Dans cette perspective, il déclarera que sa "chair" et son "sang" sont véritables nourriture et boisson donnant la vie éternelle et ouvrant à la résurrection (6, 51 -59).

Prière

*Seigneur Jésus, c'est toi qui, de différentes manières, nous offres la vie, et la vie en abondance, cette vie que tu "es" en plénitude, puisque le "Verbe de vie", qui nous vient de Dieu, se communique à nous à travers ton humanité : aide-moi à te redécouvrir comme la source de vie qui me fait renaître, comme la Parole de vie qui alimente toute mon existence, renouvelée par ta mort-résurrection, comme le pain de vie, qui me fait participer à ton engagement total d'obéissance au Père, don de toi-même, et révélation que Dieu est amour. AMEN.

12.04.2002.*