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Évangile selon · 21 chapitres

Jean

L'évangile johannique se distingue par son style méditatif, ses grands « Je suis » et son rythme de signes. Lis-le verset à verset, avec les commentaires en regard.

Jean 15, 1-8
AELF · Bible liturgique

1 " Je suis la vigne véritable et mon Père est le vigneron.
2 Tout sarment en moi qui ne porte pas de fruit, il l'enlève, et tout sarment qui porte du fruit, il l'émonde, pour qu'il porte encore plus de fruit.
3 Déjà vous êtes purs grâce à la parole que je vous ai fait entendre.
4 Demeurez en moi, comme moi en vous. De même que le sarment ne peut de lui-même porter du fruit s'il ne demeure pas sur la vigne, ainsi vous non plus, si vous ne demeurez pas en moi.
5 Je suis la vigne ; vous, les sarments. Celui qui demeure en moi, et moi en lui, celui-là porte beaucoup de fruit ; car hors de moi vous ne pouvez rien faire.
6 Si quelqu'un ne demeure pas en moi, il est jeté dehors comme le sarment et il se dessèche ; on les ramasse et on les jette au feu et ils brûlent.
7 Si vous demeurez en moi et que mes paroles demeurent en vous, demandez ce que vous voudrez, et vous l'aurez.
8 C'est la gloire de mon Père que vous portiez beaucoup de fruit et deveniez mes disciples.

Jean 15, 1-8
Commentaire

DE L'EVANGILE DE JEAN

Commentaire

1. Situation

L'Evangile de Jean est un Evangile dont la structure nous paraît bien différente de la construction adoptée dans les trois autres Evangiles.

En effet, l'Evangile de Jean, entre un court Prologue (Jean, 1, 1 - 18), qui est la reprise d'une hymne primitive bien adaptée pour servir d'ouverture à la mission terrestre en Jésus du Verbe fait chair (la Parole de Dieu) , et un Epilogue (Jean, 21, 1 - 25), qui est un compte rendu d'apparition(s) du Christ ressuscité en Galilée, ajouté, semble-t-il, lors de la rédaction finale de l'Evangile, se divise en deux grandes parties :

  • LE LIVRE DES SIGNES, dans lequel , tout au long du ministère public de Jésus, nous assistons à la révélation qu'il nous donne de Dieu son Père par ses signes et ses paroles (Jean, 1, 19 - 12, 50),

  • LE LIVRE DE LA GLOIRE, long de huit chapitres (!), où Jésus, à ceux qui le reçoivent et l'accueillent, montre sa gloire en retournant au Père, à son "Heure", passage qui se réalise dans sa mort, sa résurrection, son ascension, et le don de son Esprit ( Jean, 13, 1 - 20, 31).

Le Livre de la Gloire, qui va des chapitres 13 à 20 de cet Evangile, nous relate d'abord la dernière soirée des Jésus avec ses disciples, épisode qui couvre 5 chapitres, avec le lavement des pieds des disciples par Jésus, l'annonce de la trahison de Judas, les 3 discours d'adieux de Jésus et sa grande prière finale adressée à Dieu, son Père (13 - 17). Les 2 chapitres suivants sont consacrés à la passion et la mort de Jésus, et sont suivis du chapitre 20, qui traite entièrement de la résurrection et nous fournit la conclusion de l'Evangile, même si le chapitre 21, que l'on appelle "Epilogue", nous donne un rebond de la résurrection avec le récit d'une apparition supplémentaire de Jésus ressuscité, autour d'une pêche miraculeurse et d'un long dialogue avec Pierre, avant de nous proposer une 2ème conclusion de l'Evangile, dans laquelle l'auteur se présente comme étant le "disciple que Jésus aimait", que l'on continue d'identifier, non sans difficultés, avec l'Apôtre Jean, fils de Zébédée, et frère de Jacques.

Le Livre de la Gloire ne nous rend compte que de "l'Heure" de Jésus, c'est-à-dire tout ce qui concerne son "passage" au Père (passion-mort-résurrection de Jésus-don de l'Esprit par le Ressuscité).

A noter l'importance que le 4ème Evangile accorde aux tout derniers moments de la vie de Jésus, soit 9 chapitres, y compris l'Epilogue, là où les autres Evangiles ne consacrent que 2 chapitres.


Avec ce passage, nous lisons une partie du Dernier Discours de Jésus. Ce dernier discours, placé par l'Evangéliste au cours du dernier repas de Jésus avec ses disciples la veille de sa mort, peut se diviser en trois sections : - Section 1 (13, 31 - 14, 31), - Section 2 (15, 1 - 16, 33), - Section 3 (17, 1 - 26). Chacune de ces sections se partage ensuite en sous-sections, certaines de ces sous-sections pouvant, à leur tour, être subdivisées.

Notre texte se situe ainsi dans la Section 2 de ce Dernier Discours de Jésus, et dans la sous-section 1 de cette Section (15, 1 - 17), où Jésus se déclare être le cep de vigne dont nous sommes les sarments, dans une étonnante image nous décrivant notre unité avec lui.

En effet, comme il est toujours question de "porter du fruit" au verset 16, tout le monde s'accorde à considérer que les versets 1 à 17 de ce chapitre 15 forment un tout. Mais alors, où situer les versets retenus dans notre passage liturgique de ce jour? On est d'abord tenté, comme beaucoup, de distinguer deux parties dans cet ensemble : d'une part, les versets 1 - 8, traitant de la vigne et des sarments (notre texte), et d'autre part, les versets 9 - 17, insistant sur l'amour des disciples.

Une autre répartition semble toutefois plus intéressante à certains : limiter aux versets 1 - 6 la présentation de l'image ou de l'allégorie de la vigne et des sarments, pour étendre aux versets 7 - 17 l'explication par Jésus de cette image dans le contexte des thèmes principaux de l'ensemble du Dernier discours de Jésus. Ce qui veut dire qu'en commentant les versets 1 - 8 de notre passage, nous ne pouvons pas le séparer vraiment du message de la 2ème partie de cet ensemble, qui, dans cette deuxième manière de le répartir, commence au verset 7.

2. Message

Le message de base de ce passage est clair : tout comme Jésus est la source d'eau vive et le pain de vie qui descend du ciel, il est également le cep de vigne tout entier qui procure la vie à tous les sarments ou rameaux qui le composent, et sont donc inséparables de lui. Mais alors que boire à la source d'eau vive et manger le pain de la vie signifient "croire" en Jésus (avec, en plus, une allusion directe à l'Eucharistie dans l'image du "pain vivant"), demeurer sur le cep de vigne, c'est "être aimé et aimer" à la façon de Jésus et de son Père.

En effet, cette image-allégorie du cep de vigne et des sarments souligne la nécessité absolue pour nous de "demeurer" avec et "en" Jésus, et d'être reliés totalement à lui pour porter du fruit à partir de la vie qu'il nous transmet, telle une sève vivante que le cep de vigne communique à ses branches.

Il nous faut donc absolument "demeurer en" Jésus, être attachés à lui, comme le sarment sur le cep. Cette union est telle que Jésus, qui est le cep tout entier dont nous faisons partie, doit "demeurer en" nous autant que nous "demeurons en" lui. C'est à cette seule condition que nous serons ses disciples, et que nous porterons du fruit.

3. Decouvertes

Jésus est la "vraie" vigne. En 4, 23 et 6, 32, à propos de l'adoration du Père en esprit et en vérité, d'une part, et du pain de vie, d'autre part, Jésus emploie le mot "vrai" car il parle d'un symbole ou d'une réalité le concernant, et qui doit remplacer et accomplir une réalité de l'Ancien Testament. Les images de la vigne sont fréquentes dans l'Ancien Testament, où nous pouvons consulter : Isaïe, 5, 1 - 7 et 27, 2 - 6; Jérémie, 2, 21 et 5, 10; Ezéchiel, 15, 1 - 6; 17, 5. 10 et 19, 10 - 14, ainsi que le Psaume 80, 8 - 15.

N'oublions pas que le symbole du "berger" (Jean, 10, 28 - 29); comme le symbole du "pain vivant", qui donne vie éternelle à qui le mange selon la tradition Eucharistique (6, 51 - 58), nous parlent également de la nécessité de "demeurer en" Jésus.

Il y a des données allégoriques précises dans cette image de la vigne et des sarments dans la mesure où des identifications sont affirmées pour le cep de vigne (Jésus), le vigneron (le Père), et les sarments (nous). De plus ce processus d'identification continue de façon diffuse un peu partout : ainsi, au verset 3, qui fait allusion à la pureté des disciples, nous avons une conséquence de l'action du jardinier-vigneron qui nettoie les sarments qui portent du fruit.

Même si Jésus s'identifie ici à un pied de vigne et non pas à un champ de vigne, forme sous laquelle l'image est souvent reprise dans l'Ancien Testament, il faut savoir qu'Israël y est également comparé parfois à une plante ou un arbre (Psaume, 80, 8 -13). D'autre part, quel que soit le sens (champ ou cep) selon lequel l'image de la vigne est utilisée, les textes de l'Ancien Testament insistent fréquemment sur l'absence de fruits ou la nécessité de couper les mauvaises branches.

Ainsi présentée dans le cadre du dernier repas de Jésus, l'image de la vigne et des sarments ne peut pas ne pas avoir une tonalité Eucharistique : être uni à Jésus en son mystère pascal par l'Eucharistie, c'est "demeurer en" lui de façon durable et porter du fruit.

"Porter du fruit" ne veut pas d'abord signifier ici "mener une vie vertueuse". Dans l'Evangile de Jean, "aimer" et "garder les commandements" sont des dimensions de la vie qui vient de la foi. La vie n'y est considére que comme une vie reçue de Dieu, et qui est "vie engagée". Sinon, ce n'est plus la vie, c'est être devenu une branche morte : c'est tout ou rien, une situation de vie ou une situation de mort, car il n'y a pas de possibilité de situation intermédiaire.

4. Prolongement

La "vraie" vie que Jésus nous propose en son passage pascal, c'est lui-même, auquel nous devons toujours être totalement attachés comme un sarment sur le cep, c'est donc ne faire qu'un avec lui pour recevoir la plénitude de vie qu'il nous transmet, et porter du fruit à partir de tout ce qu'il nous donne.

Les formules interprétant cette image du cep de vigne sont extrêmement fortes : hors de Jésus, rien ne nous est possible, nous ne pouvons strictement rien faire. Ce mystère d'une extraordinaire unité et intimité entre Jésus et nous, nous en lui et lui en nous, est, en même temps une nécessité absolue pour nous.

Mais, pour que la plénitude de vie de Jésus passe en nous, nous devons y être ouverts par une foi qui est confiance totale en Jésus, et devient cette forte conviction qu'il faut nous "décrocher" le plus possible de nous-mêmes, de nos projets, fussent-ils les plus spirituels, pour "demeurer en" lui et lui permettre de "demeurer en" nous dans un merveilleux échange d'existence.

A la façon de Paul, disant de sa relation au Christ : "Je vis, mais ce n'est plus moi, c'est Christ qui vit en moi. Car ma vie présente dans la chair, je la vis dans la foi au Fils de Dieu qui m'a aimé et s'est livré pour moi" (Galates, 2, 20).

Prière

*Seigneur Jésus, cette participation la plus unifiée et la plus intime qui soit que tu nous offres au mystère de ta propre vie qui est totalement vécue en parfaite unité avec Dieu ton Père, tel est le don suprême que tu nous es venu communiquer à tous ceux qui s'ouvrent avec foi et confiance à ta présence et ton action transformante et transfigurante au coeur de leur existence "retournée" par toi dans la direction première de Dieu, qui nous invite à partager la richesse de ce qu'il est en plénitude : dénoue en moi tous les liens qui peuvent encore gêner cette ouverture totale à toi, et fais que je ne cherche plus rien d'autre que de "demeurer en" toi, à la façon dont tu "demeures en" moi dans ton Esprit Saint, et que de traduire cela en toutes mes paroles et actions de chaque jour. AMEN.

21.05.2003.*