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Livre de · 40 chapitres

Exode

Exode 34, 4 ... 9
AELF · Bible liturgique

4 Moïse se leva de bon matin, et il gravit la montagne du Sinaï

comme le Seigneur le lui avait ordonné.

5 Le Seigneur descendit dans la nuée

et vint se placer auprès de Moïse.

Il proclama lui-même son nom ;

6 Il passa devant Moïse et proclama :

« Le SEIGNEUR, LE SEIGNEUR,

Dieu tendre et miséricordieux,

lent à la colère, plein d'amour et de fidélité. »

8 Aussitôt Moïse se prosterna jusqu'à terre,

9 et il dit :

« S'il est vrai, Seigneur, que j'ai trouvé grâce devant toi,

daigne marcher au milieu de nous.

Oui, c'est un peuple à la tête dure ;

mais tu pardonneras nos fautes et nos péchés,

et tu feras de nous un peuple qui t'appartienne. »

Exode 34, 4 ... 9
Commentaire

« Le Seigneur, Le Seigneur,

Dieu tendre et miséricordieux,

lent à la colère, plein d’amour et de vérité. »

8   Aussitôt Moïse s’inclina jusqu’à terre et se prosterna.

9   Il dit :

« S’il est vrai, mon Seigneur, que j’ai trouvé grâce à tes yeux,

daigne marcher au milieu de nous.

Oui, c’est un peuple à la nuque raide ;

mais tu pardonneras nos fautes et nos péchés,

et tu feras de nous ton héritage. »

La Grande Révélation De Dieu Par Lui-Même

Le texte que nous venons d’entendre est l’un des plus précieux de toute notre histoire ! Dieu lui-même parle de lui-même ! « Il proclama son nom », dit le texte. Et la réaction spontanée de Moïse qui se prosterne jusqu’à terre prouve qu’il a entendu là des paroles extraordinaires.

Et que dit Dieu ? Il s’appelle « Le SEIGNEUR, Dieu tendre et miséricordieux, lent à la colère, plein d'amour et de vérité. » Ce nom « SEIGNEUR », c’est le fameux mot hébreu, en quatre lettres, YHVH, que nous ne savons pas prononcer, parce que, depuis des siècles, bien avant la naissance de Jésus, le peuple d’Israël s’interdisait de le dire, par respect. Ce nom-là, Dieu l’avait déjà proclamé devant Moïse dans le buisson ardent (Ex 3). En même temps qu’il lui révélait ce qui fut pour toujours, je crois, le socle de la foi d’Israël : « J’ai vu, disait Dieu, oui, j’ai vu la misère de mon peuple qui est en Égypte, et j’ai entendu ses cris sous les coups des surveillants. Oui, je connais ses souffrances. Je suis descendu pour le délivrer de la main des Égyptiens… le cri des fils d’Israël est parvenu jusqu’à moi, et j’ai vu l’oppression que leur font subir les Égyptiens. Maintenant donc, va ! Je t’envoie. » (Ex 3,7-10).

C’était déjà une découverte inouïe : Dieu voit, Dieu entend, Dieu connaît la souffrance des hommes. Il intervient en suscitant des énergies capables de combattre toutes les formes de malheur. Cela veut dire que nous ne sommes pas seuls dans les épreuves de nos vies, Dieu est à nos côtés, il nous aide à les affronter, à survivre. Dans la mémoire du peuple juif, ce fameux nom « SEIGNEUR » rappelle tout cela, cette douce pitié de Dieu, si j’ose dire.

Et ce n’étaient pas seulement des paroles en l’air, puisque, effectivement, Dieu était intervenu, il avait suscité en Moïse l’énergie nécessaire pour libérer son peuple. Chaque année, aujourd’hui encore, lors de la fête de la Pâque, le peuple juif se souvient que Dieu est « passé » au milieu de lui pour le libérer.

Avec le texte d’aujourd’hui, nous franchissons une nouvelle étape : Dieu éprouve pour nous non seulement de la pitié devant nos malheurs, mais de l’amour ! Il est « tendre et miséricordieux, lent à la colère, plein d'amour et de vérité. » Une chose est d’éprouver de la pitié pour quelqu’un au point de l’aider à se relever, autre chose est de l’aimer vraiment.

Et ce n’est certainement pas un hasard si le texte d’aujourd’hui emploie le mot « passer » : Dieu « passe » devant Moïse pour révéler son nom de tendresse comme il est « passé » au milieu de son peuple dans la nuit de la Mer Rouge (Ex 12,13) : c’est le même mot ; quand Dieu passe, c’est toujours pour libérer son peuple. Et ce deuxième « passage » de Dieu, cette deuxième libération, est encore plus important que le premier. Le pire de nos esclavages est bien celui de nos fausses idées sur Dieu.

Or, vous avez entendu cette phrase du texte : « Il proclama son nom » ; cette phrase est notre garantie. Le Dieu d’amour auquel nous croyons, nous ne l’avons pas inventé, nous n’avons pas pris nos désirs pour des réalités. Vous connaissez la phrase de Voltaire « Dieu a fait l’homme à son image et l’homme le lui a bien rendu ». Eh bien non ! Nous n’avons pas inventé Dieu, c’est lui qui s’est révélé à nous et cela depuis Moïse ! Et à l’instant où elle a retenti dans l’humanité, cette révélation était vraiment l’inattendu. On ne s’y attendait tellement pas qu’il fallait bien que Dieu nous le dise lui-même.

Le Dieu De Miséricorde N’Abandonnera Jamais Son Peuple

La réponse de Moïse prouve qu’il a parfaitement compris ce que signifie l’expression « lent à la colère » et il en déduit : « Tu pardonneras nos fautes et nos péchés ». Et il sait que, sur ce point, Dieu aura fort à faire ! Car Moïse a essuyé plus d’une fois les mécontentements de son peuple. Au point qu’un jour, il leur a dit : « Depuis le jour où vous êtes sortis d’Égypte jusqu’à ce que vous arriviez en ce lieu, vous avez été́ rebelles au SEIGNEUR. » (Dt 9,7). Ici, il dit : « Oui, c'est un peuple à la nuque raide* ;* mais tu pardonneras nos fautes et nos péchés, et tu feras de nous ton héritage. » Traduisez : nous sommes un peuple à la nuque raide, mais puisque tu es le Dieu tendre et miséricordieux, tu nous pardonneras toujours et nous, malgré tout, nous ferons notre petit possible pour répondre à ton amour.

Je reviens sur cette expression « nuque raide » : dans une civilisation essentiellement agricole, ce qui était le cas en Israël au temps bibliques, le spectacle de deux animaux attelés par un joug était habituel : nous savons ce qu'est le joug : c'est une pièce de bois, très lourde, très solide, qui attache deux animaux pour labourer. Le joug pèse sur leurs nuques et les deux animaux en viennent inévitablement à marcher du même pas.

Les auteurs bibliques ont le sens des images : ils ont appliqué cette image du joug à l'Alliance entre Dieu et Israël. Prendre le joug était donc synonyme de s'attacher à Dieu pour marcher à son pas. Mais voilà, le peuple d'Israël se raidit sans cesse sous ce joug de l'Alliance conclue avec Dieu au Sinaï. Au lieu de le considérer comme une faveur, il y voit un fardeau. Il se plaint des difficultés de la vie au désert, et finit même par trouver bien fade la manne quotidienne. Au point que Moïse a connu des jours de découragement. Au lieu de se laisser entraîner par la force de Dieu, l'attelage de l'Alliance, en effet, est perpétuellement freiné par les réticences de ce peuple à la nuque raide.

Dernière remarque : cette phrase « Le SEIGNEUR, Dieu tendre et miséricordieux, lent à la colère, plein d'amour et de vérité » est encore valable, évidemment. Et le mot « vérité » résonne dans toute l’histoire d’Israël comme le pilier le plus sûr de son espérance. C’est l’un des grands thèmes du Deutéronome, par exemple : « Le SEIGNEUR ton Dieu est un Dieu miséricordieux : il ne t’abandonnera pas, il ne te détruira pas, il n’oubliera pas l’Alliance jurée à tes pères. » (Dt 4,31).

J’en déduis une chose que, nous chrétiens, ne devons jamais oublier : Israël est encore et toujours le peuple élu ; comme dit saint Paul : « Les dons gratuits de Dieu et son appel sont sans repentance. » (Ro 11,29)... » Si nous manquons de foi, lui reste fidèle à sa parole, car il ne peut se rejeter lui-même.* » *(2 Tim 2,13).