1 Les Pharisiens et quelques scribes venus de Jérusalem se rassemblent auprès de lui,
2 et voyant quelques-uns de ses disciples prendre leur repas avec des mains impures, c'est-à-dire non lavées --
3 les Pharisiens, en effet, et tous les Juifs ne mangent pas sans s'être lavé les bras jusqu'au coude, conformément à la tradition des anciens,
4 et ils ne mangent pas au retour de la place publique avant de s'être aspergés d'eau, et il y a beaucoup d'autres pratiques qu'ils observent par tradition: lavages de coupes, de cruches et de plats d'airain -- ,
5 donc les Pharisiens et les scribes l'interrogent: "Pourquoi tes disciples ne se comportent-ils pas suivant la tradition des anciens, mais prennent-ils leur repas avec des mains impures?"
6 Il leur dit: "Isaïe a bien prophétisé de vous, hypocrites, ainsi qu'il est écrit: Ce peuple m'honore des lèvres; mais leur coeur est loin de moi.
7 Vain est le culte qu'ils me rendent, les doctrines qu'ils enseignent ne sont que préceptes humains.
8 Vous mettez de côté le commandement de Dieu pour vous attacher à la tradition des hommes."
9 Et il leur disait: "Vous annulez bel et bien le commandement de Dieu pour observer votre tradition.
10 En effet, Moïse a dit: Rends tes devoirs à ton père et à ta mère, et: Que celui qui maudit son père ou sa mère, soit puni de mort.
11 Mais vous, vous dites: Si un homme dit à son père ou à sa mère: Je déclare korbân (c'est-à-dire offrande sacrée) les biens dont j'aurais pu t'assister,
12 vous ne le laissez plus rien faire pour son père ou pour sa mère
13 et vous annulez ainsi la parole de Dieu par la tradition que vous vous êtes transmise. Et vous faites bien d'autres choses du même genre."
Marc
DE L'EVANGILE DE MARC
Commentaire
1. Situation
L'Evangile de Marc est le plus ancien de nos 4 Evangiles. Un témoignage, datant du début du 2ème siècle, nous apprend que Marc aurait écrit son Evangile en qualité d'interprète de Pierre, avec qui il travaillait (voir 1 Pierre, 5, 13). Même si beaucoup pensent que Pierre n'a pas été l'unique source d'information de Marc, concernant les paroles et gestes de Jésus, l'on s'accorde aujourd'hui que cet Evangile a été écrit depuis Rome, par Marc, vers la fin des années 60, sans doute après la mort de Pierre (située vers 66 - 67).
Cet Evangile, centré sur le Règne de Dieu qui nous vient à travers la mission de Jésus, et que nous avons à accueillir en disciples de Jésus, se déroule en 6 grands épisodes, qui suivent le Prologue (1, 1 - 15). Ce Prologue nous présente la mission de Jean Baptiste, ainsi que le baptême, la tentation de Jésus, et son entrée dans son ministère, pour se conclure avec un résumé très synthétique du message de Jésus : "Les temps sont accomplis, le Règne de Dieu s'est approché. Convertissez-vous, et croyez à la Bonne Nouvelle". Ainsi se suivent ensuite les 6 grands épisodes :
- Jésus se révèle avec autorité en Galilée (1, 16 - 3, 6),
- Jésus est rejeté en Galilée (3, 7 - 6, 6a),
- Les malentendus entre Jésus et ses disciples, en Galilée et ailleurs (6, 6b - 8, 21),
- Jésus instruit ses disciples, alors qu'il monte vers Jérusalem (8, 22 - 10, 52),
- Les premiers jours de la semaine, unique et finale, de Jésus à Jérusalem (11, 1 - 13, 37),
- Fin de la semaine de Jésus à Jérusalem avec sa passion, sa mort et la découverte du tombeau vide (14, 1 - 16, 20).
Dans le 3ème grand épisode du ministère public de Jésus, qui nous le montre affronté à des malentendus, y compris avec ses disciples (6, 6b - 8, 21), après la mission accomplie par les Douze apôtres (6, 6b -34), Jésus vient de réaliser quelques actions puissantes : une multiplication des pains pour 5000 hommes, la marche sur les eaux du Lac de Galilée à la rencontre de ses disciples, et de nombreuses guérisons (6, 35 - 56).
Suite à quoi, nous le retrouvons affronté à la contestation de scribes et de Pharisiens arrivés de Jérusalem, qui entrent en controverse avec lui pour des questions de pureté rituelle (7, 1 - 23, dont notre texte).
2. Message
Voici donc que ces scribes et Pharisiens constatent que les disciples de Jésus prennent leur repas sans avoir pratiqué les purifications rituelles prévues en cette occasion (7, 1 - 8).
Dans sa réponse à ces accusations, Jésus critique vertement ses opposants, en leur reprochant de substituer leurs traditions humaines aux commandements de Dieu.
Et il leur rappelle et détaille, à ce propos, leur pratique du "korban", selon laquelle il est permis de se dispenser d'aider ses parents dans le besoin, et cela contrairement au commandement du Seigneur "d'honorer son père et sa mère" (7, 9 - 13).
A partir de ce fait, Jésus va se lancer, ensuite, dans une déclaration publique, dans laquelle il proclame l'invalidité de ces coutumes Juives concernant la nourriture, car, pour lui, rien de ce qui pénètre dans l'homme ne peut souiller l'homme, mais seulement les expressions ou manifestations du mal qui peuvent sortir de son coeur. Déclaration publique que Jésus explique, ensuite, en privé, à ses disciples (7, 14 - 23).
Le fond du problème est en fait la relation de Jésus à la Loi Juive, qui lui vient de l'Ancien Testament. Jésus refuse donc toute substitution de principes humains aux commandements de Dieu, résumés principalement dans les 10 Paroles de Dieu à Moïse au Sinaî.
De même, Jésus condamne toute utilisation de la Loi qui justifierait que l'homme puisse manquer aux obligations qu lui viennent du Seigneur. De plus, et c'est là, semble-t-il, quelque chose de très clair et de définitif pour lui, Jésus considère comme abolis tous les préceptes de la Loi ou de l'Ancien Testament, concernant la nourriture.
La revendication fondamentale de Jésus en tout cela est finalement qu'il a la capacité unique d'interpréter l'Ancien Testament, c'est-à-dire toute l'histoire d'Israël et toute la révélation de Dieu, qui s'y est manifesté comme faisant alliance avec le peuple de la descendance d'Abraham.
3. Decouvertes
Aux versets 2 - 4, les précisions concernant les pratiques rituelles sont citées par Marc, avec tous ces détails, parce que son Evangile s'adresse à des communautés non - Juives.
A noter que les Pharisiens cherchaient à étendre à tous les Israélites des lois de pureté rituelle, qui, à l'origine, ne s'appliquaient qu'aux prêtres. Sans doute, à partir de cet idéal, estimaient-ils que tout le peuple était sacerdotal.
Au verset 6, Jésus cite Isaïe, 29, 13, d'après la traduction grecque des Septante.
Notons l'étonnante fermeté de Jésus, telle que nous la lisons au verset 13 : "vous annulez la Parole de Dieu par la tradition que vous transmettez".
4. Prolongement
Les rites sont considérés comme des signes de reconnaissance face à Dieu et face aux membres de notre humanité. Jésus refuse que les rites fonctionnent automatiquement, et à part de leur signification pour la vie et l'engagement des hommes et des femmes.
Les quelques gestes très simples que lui-même nous a laissés pour faire "mémoire" de lui, de tout son parcours terrestre et de sa mission, sont des gestes de partage communautaire (la "fraction du pain", et la "communication de la coupe" dans l'Eucharistie) ou encore, entre autres, des gestes naturellement porteurs de bien-être et de miséricorde (l'huile qui adoucit et fortifie, comme signe de guérison).
Nous sommes donc invités à refaire les gestes du Seigneur ressuscité, selon ce qu'il nous a demandé de chercher à travers eux, c'est-à-dire "faire mémoire de lui", et ainsi nous replonger dans la richesse unique de ce qu'il a accompli "une fois pour toutes", le mystère de la communication de Dieu, en qui se réalise notre salut.
De la même façon, nos rites culturels d'échange entre frères et soeurs en humanité, particulièrement nos expressions d'échange et de convivialité, doivent toujours correspondre à l'attitude profonde de notre coeur (lorsque, par exemple, nous prenons un "pot", offrons un "cadeau", ou des "fleurs", ou envoyons une "carte", etc.).
Ils doivent donc traduire ce qui sort de notre coeur, et qui est le meilleur de nous-mêmes.
Prière
*Seigneur Jésus, que mes paroles ainsi que tous mes gestes et démarches, traduisent toujours, et le plus clairement possible, ce qui monte de mon coeur en direction de Dieu, par toi, dans l'Esprit Saint, comme en direction de mes frères et soeurs, que je dois aimer comme tu nous as aimés, révélant en transparence ma vérité intérieure, qui doit être celle de la foi qui se remet à toi dans la confiance, et agit par l'amour. AMEN.
10.02.2004.*