CapBibliqueCapBiblique
Actes des Apôtres 7, 1-60
AELF · Bible liturgique

51 " Nuques raides, oreilles et cœurs incirconcis, toujours vous résistez à l'Esprit Saint ! Tels furent vos pères, tels vous êtes !
52 Lequel des prophètes vos pères n'ont-ils point persécuté ? Ils ont tué ceux qui prédisaient la venue du Juste, celui-là même que maintenant vous venez de trahir et d'assassiner,
53 vous qui avez reçu la Loi par le ministère des anges et ne l'avez pas observée. "
54 A ces mots, leurs cœurs frémissaient de rage, et ils grinçaient des dents contre Étienne.
55 Tout rempli de l'Esprit Saint, il fixa son regard vers le ciel ; il vit alors la gloire de Dieu et Jésus debout à la droite de Dieu.
56 " Ah ! dit-il, je vois les cieux ouverts et le Fils de l'homme debout à la droite de Dieu. "
57 Jetant alors de grands cris, ils se bouchèrent les oreilles et, comme un seul homme, se précipitèrent sur lui,
58 le poussèrent hors de la ville et se mirent à le lapider. Les témoins avaient déposé leurs vêtements aux pieds d'un jeune homme appelé Saul.
59 Et tandis qu'on le lapidait, Étienne faisait cette invocation : " Seigneur Jésus, reçois mon esprit. "
60 Puis il fléchit les genoux et dit, dans un grand cri : " Seigneur, ne leur impute pas ce péché. " Et en disant cela, il s'endormit.
1 Saul, lui, approuvait ce meurtre.

Actes des Apôtres 7, 1-60
Commentaire

DES ACTES DES APÔTRES

Commentaire

1. Situation

Le Livre des Actes des Apôtres, écrit au cours des années 80 et après l'Evangile de Luc, dont il constitue la suite et un 2ème tome, nous offre le récit, unique dans tout le Nouveau Testament, du passage du message chrétien de la Palestine rurale au monde méditerrranéen gréco-latin fort urbanisé. Il a donc pour auteur celui qui a écrit l'Evangile dit de Luc, et il est dédicacé au même "Théophile".

Les spécialistes demeurent néanmoins fortement divisés sur l'attribution ou non de ce livre à Luc, le companion Antiochien de Paul (Colossiens, 4, 14 et Philémon, 23), qui, depuis une antiquité très ancienne, est considéré comme l'auteur de ce Livre des Actes, en raison particulièrement d'un certain nombre de passages de ce Livre où il raconte les événements en cours en employant le pluriel "Nous" (Actes, 15, 36 - 18, 28).

Il existe, en effet, de grandes différences entre le portrait de Paul, dans les Actes des Apôtres, et celui que l'on déduit d'une lecture attentive des lettres authentiques de Paul, et cela au point que l'on se demande comment Luc, s'il a été vraiment un companion de Paul et a écrit les Actes, ait pu brosser un tableau de l'apôtre Paul si différent de celui que nous découvrons par ailleurs. Même si l'attribution à Luc de ce Livre, et de l'Evangile qui le précède, semble demeurer la moins mauvaise hypothèse, on ne parvient pas à rendre compte d'une telle différence dans la présentation de la personnalité et des idées de l'apôtre Paul.

Ce Livre des Actes commence avec une introduction sur les tout premiers débuts de la communauté écclésiale (1, 1 - 26), puis il nous décrit la mission à Jérusalem (2, 1 - 5, 42), suivie de la mission au-delà de Jérusalem et de la Palestine même (réalisée pas les Héllénistes Juifs devenus chrétiens, puis suite à la conversion de Saül de Tarse, devenu Paul, une mission de Pierre auprès de païens et en terre païenne, le premier voyage de Paul et les problèmes liés à l'entrée de païens en grand nombre dans l'Eglise, dont a dû traiter l'Assemblée de Jérusalem : 6, 1 - 15, 33), enfin le rapprochement progressif de Paul vers Rome, où se termine le récit des Actes, après sa mission en Europe et à Ephèse, et son retour à Jérusalem où il est arrêté dans le Temple (15, 36 - 28. 31).

Tout cela signifie que dans ces Actes des Apôtres, "l'affaire Jésus continue". Ce qui a été accompli par Jésus, en sa vie, son engagement, sa parole, sa mort, sa résurrection, et son ascension liée à la promesse de l'Esprit Saint, entre dans une nouvelle phase d'extension à toute l'humanité, depuis Jérusalem, la Samarie, et jusqu'aux extrémités de la terre, selon l'ordre de Jésus lui-même (Actes, 1, 8). Les communautés de disciples sont désormais le "lieu" de la présence et de l'action de Jésus.


Avec notre passage nous continuons de parcourir les débuts de la 3ème partie des Actes, qui traite de la mission hors de Jérusalem (6, 1 - 15, 35), et où il est, pour le moment, question des responsabilités et du témoignage des chrétiens d'origine Juive et de langue grecque (6, 1 - 8, 40).

L'épisode que couvrent les Actes du chapitre 6, verset 8 au chapitre 8, verset 1, traite de l'activité, de l'arrestation, du discours d'Etienne devant le grand conseil d'Israël, et de la mort d'Etienne. Il forme donc un tout indissociable, même si le verset 15 du chapitre 6 appelle, comme suite immédiate normale, le verset 55 du chapitre 7, où l'extase rayonnante d'Etienne se continue en vision du Christ ressuscité, par delà tout ce qui précède dans ce chapitre 7, à savoir le discours d'Etienne. Ce discours est, en fait, le plus long que nous trouvions dans les Actes : Etienne y rappelle l'histoire d'Israël d'Abraham à l'inauguration du Temple de Salomon, avant de conclure son exposé par ce que nous trouvons, à partir du verset 51, dans notre texte de ce jour.

2. Message

En conclusion de son discours, Etienne s'en prend violemment à l'endurcissement permanent d'Israël depuis au moins le temps de Moïse. Cet endurcissement s'est manifesté, en particulier, dans la perécution constante des prophètes, y compris de ceux qui annonçaient ou anticipaient la venue de Jésus, et il a atteint son comble dans la passion et la mort de Jésus. Et Etienne de reprocher au grand conseil devant lequel on le fait comparaître, de n'avoir pas su, à son tour, obéir à la Parole exigeante de Dieu.

A partir du verset 55, Etienne partage ce qu'il "voit" dans son extase et sa vision : Jésus, le Fils de l'homme ressuscité, est debout, à la droite de Dieu, et du même coup, reconnu comme "Seigneur".

Cette affirmation enflamme à ce point l'Assemblée, qu'elle entraîne le lynchage immédiat et spontané d'Etienne, sans procès, sans recours au Procurateur Romain, lynchage par une lapidation, dont Luc semble toutefois souligner la dimension légale de mise à mort selon le droit, puisqu'il fait allusion à la présence de "témoins".

Etienne meurt à la façon dont est mort Jésus au chapitre 23 de l'Evangile de Luc, en poussant u grand cri, en demandant le pardon pour ses assassins, et en remettant son esprit. Mais tout cela est exprimé avec le "décalage" spécifique aux temps qui suivent la résurrection de Jésus : là où Jésus s'adressait au Père, Etienne s'adresse au Christ ressuscité, qu'il appelle "Seigneur". Jésus ressuscité est désormais, à la fois, présence de Dieu et chemin vers Dieu : c'est donc à lui que nous nous adressons, "Dieu-avec-nous", "l'Emmanuel".

A noter qu'à deux reprises Saül (Paul) est mentionné dans cette page, comme étant totalement opposé aux disciples de Jésus.

3. Decouvertes

La vision par Etienne de la gloire de Dieu le met en continuité avec Abraham (Actes, 7, 2) et Moïse (Exode, 33, 18 - 23), dont il venait de parler longuement dans son discours.

Que Jésus soit déclaré être à la droite de Dieu implique la plus grande place d'honneur dans le Royaume et le monde de Dieu. La vision, dont il rend compte, confirme ainsi le témoignage précédent d'Etienne : Jésus, qui a été rejeté par les responsables d'Israël est bien le "Juste", le seul véritable Juste devant Dieu.

La présence de Saül (Paul), annonce déjà les persécutions contre les disciples de Jésus, dont il va être l'auteur et l'instigateur.

Quoi qu'en dise le texte, il semble difficile, vu le mouvement brusque et spontané des membres du grand conseil, qui se sont jetés sur Etienne en poussant des cris, que des témoins officiels de la lapidation d'Etienne aient pu être désignés.

4. Prolongement

Témoigner de Jésus, c'est toujours le situer dans la continuité de l'histoire d'Israël, et du plan de Dieu dans l'histoire, qu'il achève, à la fois en accomplissant et en dépassant de façon radicale tout ce qui l'a précédé, mais sans lequel on ne pourrait arriver à le comprendre vraiment.

Témoigner de Jésus, c'est accepter de "faire mémoire" de sa condition de prophète rejeté et de revivre son expérience, en particulier d'annoncer la Vérité jusqu'au bout, en prenant comme lui tous les risques, au Nom de Dieu, comme cela apparaît très fortement tout au long des chapitres 5 à 12 de l'Evangile de Jean, dans lesquels il nous est dit, à plusieurs reprises, que Jésus a failli lui-même être lynché et lapidé :

24 Les Juifs firent cercle autour de lui et lui dirent : " Jusqu'à quand vas-tu nous tenir en haleine ? Si tu es le Christ, dis-le-nous ouvertement. "

25 Jésus leur répondit : " Je vous l'ai dit, et vous ne croyez pas. Les œuvres que je fais au nom de mon Père témoignent de moi ;

26 mais vous ne croyez pas, parce que vous n'êtes pas de mes brebis.

27 Mes brebis écoutent ma voix, je les connais et elles me suivent ;

28 je leur donne la vie éternelle ; elle ne périront jamais et nul ne les arrachera de ma main.

29 Mon Père, quant à ce qu'il m'a donné, est plus grand que tous. Nul ne peut rien arracher de la main du Père.

30 Moi et le Père nous sommes un. "

31 Les Juifs apportèrent de nouveau des pierres pour le lapider.

32 Jésus leur dit alors : " Je vous ai montré quantité de bonnes œuvres, venant du Père ; pour laquelle de ces œuvres me lapidez-vous ? "

33 Les Juifs lui répondirent : " Ce n'est pas pour une bonne œuvre que nous te lapidons, mais pour un blasphème et parce que toi, n'étant qu'un homme, tu te fais Dieu. "

Témoigner de Jésus, c'est essayer, comme lui, de vivre en permanence selon la "volonté" du Père (Jean, 4, 34 et 6, 38).

Témoigner de Jésus, c'est reproduire son visage, vivre et mourir comme lui, ce qui suppose que nous fassions tout "pour lui", et qu'en toute démarche, nous lui appartenions :

6 Celui qui tient compte des jours le fait pour le Seigneur ; et celui qui mange le fait pour le Seigneur, puisqu'il rend grâce à Dieu. Et celui qui s'abstient le fait pour le Seigneur, et il rend grâce à Dieu.

7 En effet, nul d'entre nous ne vit pour soi-même, comme nul ne meurt pour soi-même ;

8 si nous vivons, nous vivons pour le Seigneur, et si nous mourons, nous mourons pour le Seigneur. Donc, dans la vie comme dans la mort, nous appartenons au Seigneur.

Prière

*Seigneur Jésus, tu es notre seul modèle à imiter, notre seule Parole à accueillir, notre seule vraie vie à recevoir, notre seul chemin à parcourir, notre seul lieu où demeurer : apprends-moi à te ressembler en toutes mes démarches, ouvre mon coeur à ta Parole, comme une bonne terre où elle portera son fruit, creuse en moi la disponibilité de la foi pour que ta vie me saisisse, accompagne-moi tout au long de mon chemin, crée en moi la demeure où tu séjournes avec le Père, en me rendant capable d'obéir, comme tu l'as fait, à la volonté de Dieu. AMEN.

16.04.2002.*