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Actes des Apôtres 25, 13-21
AELF · Bible liturgique

13 Quelques jours plus tard, le roi Agrippa et Bérénice arrivèrent à Césarée et vinrent saluer Festus.
14 Comme leur séjour se prolongeait, Festus exposa au roi l'affaire de Paul : " Il y a ici, dit-il, un homme que Félix a laissé en captivité.
15 Pendant que j'étais à Jérusalem, les grands prêtres et les anciens des Juifs ont porté plainte à son sujet, demandant sa condamnation.
16 Je leur ai répondu que les Romains n'ont pas l'habitude de céder un homme avant que, ayant été accusé, il ait eu ses accusateurs en face de lui et qu'on lui ait donné la possibilité de se défendre contre l'inculpation.
17 Ils sont donc venus ici avec moi, et, sans y apporter aucun délai, dès le lendemain, j'ai siégé à mon tribunal et fait amener l'homme.
18 Mis en sa présence, les accusateurs n'ont soulevé aucun grief concernant des forfaits que, pour ma part, j'aurais soupçonnés.
19 Ils avaient seulement avec lui je ne sais quelles contestations touchant leur religion à eux et touchant un certain Jésus, qui est mort, et que Paul affirme être en vie.
20 Pour moi, embarrassé devant un débat de ce genre, je lui ai demandé s'il voulait aller à Jérusalem pour y être jugé là-dessus.
21 Mais Paul ayant interjeté appel pour que son cas fût réservé au jugement de l'auguste empereur, j'ai ordonné de le garder jusqu'à ce que je l'envoie à César. "

Actes des Apôtres 25, 13-21
Commentaire

DES ACTES DES APÔTRES

Commentaire

1. Situation

Le Livre des Actes des Apôtres, écrit au cours des années 80 et après l'Evangile de Luc, dont il constitue la suite et un 2ème tome, nous offre le récit, unique dans tout le Nouveau Testament, du passage du message chrétien de la Palestine rurale au monde méditerrranéen gréco-latin fort urbanisé. Il a donc pour auteur celui qui a écrit l'Evangile dit de Luc, et il est dédicacé au même "Théophile".

Les spécialistes demeurent néanmoins fortement divisés sur l'attribution ou non de ce livre à Luc, le companion Antiochien de Paul (Colossiens, 4, 14 et Philémon, 23), qui, depuis une antiquité très ancienne, est considéré comme l'auteur de ce Livre des Actes, en raison particulièrement d'un certain nombre de passages de ce Livre où il raconte les événements en cours en employant le pluriel "Nous" (Actes, 15, 36 - 18, 28).

Il existe, en effet, de grandes différences entre le portrait de Paul, dans les Actes des Apôtres, et celui que l'on déduit d'une lecture attentive des lettres authentiques de Paul, et cela au point que l'on se demande comment Luc, s'il a été vraiment un companion de Paul et a écrit les Actes, ait pu brosser un tableau de l'apôtre Paul si différent de celui que nous découvrons par ailleurs. Même si l'attribution à Luc de ce Livre, et de l'Evangile qui le précède, semble demeurer la moins mauvaise hypothèse, on ne parvient pas à rendre compte d'une telle différence dans la présentation de la personnalité et des idées de l'apôtre Paul.

Ce Livre des Actes commence avec une introduction sur les tout premiers débuts de la communauté écclésiale (1, 1 - 26), puis il nous décrit la mission à Jérusalem (2, 1 - 5, 42). Une deuxième grande partie nous relate la mission au-delà de Jérusalem et de la Palestine même (réalisée, après le martyre d'Etienne, par les Héllénistes Juifs devenus chrétiens), puis, après la conversion de Saül de Tarse, devenu Paul, une mission de Pierre (au cours de laquelle il convertit le premier païen), suivie, en terre païenne, avec la fondation de la grande Eglise d'Antioche, par le premier voyage de Paul et les problèmes liés à l'entrée de païens en grand nombre dans l'Eglise, dont a dû traiter l'Assemblée de Jérusalem : 6, 1 - 15, 35). La dernière partie du Livre nous fait vivre le rapprochement progressif de Paul vers Rome, où se termine le récit des Actes, après ses voyages missionnaires successifs en Europe et à Ephèse, et son retour à Jérusalem où il est arrêté dans le Temple (15, 36 - 28, 31).


Une autre manière d'analyser le contenu des Actes des apôtres est d'en suivre le déroulement à la façon d'un drame en 4 actes : - ACTE 1 : L'Eglise à Jérusalem (2, 1 - 7, 60), - ACTE 2 : L'Eglise dispersée, en Samarie et à Antioche (8, 1 - 12, 25), - ACTE 3 : Paul le missionnaire (13, 1 - 21, 16), - ACTE 4 (Paul le prisonnier (21, 17 - 28, 31).

Selon cette présentation, nous en sommes maintenant dans l'ACTE 4, qui se déploie en 4 scènes : Paul en procès à Jérusalem (21, 17 - 23, 30), Paul en procès à Césarée (23, 31 - 26, 42), interlude : tempête et naufrage en Méditerranée (27, 1 - 28, 10), Paul à Rome (28, 11 - 31).

Mais, si nous suivons la première répartition indiquée plus haut, avec notre passage, nous continuons de progresser dans la dernière longue partie des Actes des Apôtres, comportant 12 chapitres consacrés uniquement aux missions de Paul, depuis son retour de l'Assemblée de Jérusalem jusqu'à son arrivée à Rome (15, 36 - 28, 31). Si bien que tout cet ensemble constitue ce qu'on appelle les Actes de Paul.

Suite à sa seconde grande mission qui l'avait mené jusqu'en Europe (Macédoine et Grèce), Paul a effectué et terminé un 3ème grand voyage missionnaire, qui l'a conduit principalement à Ephèse, où il a séjourné plus de 2 ans, avant de le faire revenir par la Grèce et les villes de la côte d'Asie Mineure, pour enfin arriver à Jéursalem, où il avait choisi de se rendre, sans se faire d'illusions sur les difficultés qu'il y rencontrerait, mais qu'il avait acceptées d'avance comme faisant partie de sa mission. De fait, il ne s'était pas trompé, et malgré les précautions qu'il a prises pour aller dans le Templs selon les prescriptions de la Loi Juive, il s'y est fait rapidement arrêter au cours d'une émeute fomentée par des Juifs qui l'y ont reconnu, et le voici prisonnier, statut qui sera désormais le sien.

Les choses dès lors se sont précipitées : après avoir tenté d'expliquer sa foi en Jésus en racontant à la foule sa conversion, et avoir revendiqué ses droits de citoyen romain pour échapper à un interrogatoire sous la torture, Paul a comparu devant le Sanhédrin qu'il a divisé en se présentant comme Pharisien et croyant en la résurrection des morts (donnant ainsi également son témoignazge sur le donné central de notre foi au Christ Ressuscité) (21, 27 - 23, 1). Transféré ensuite à Césarée pour sa sécurité, il y a été traduit devant le gouverneur, Felix, qui a laissé traîner son cas deux ans jusqu'à son propre départ, et une reprise de l'affaire par son successeur, Festus. Ce dernier a organisé une nouvelle confrontation entre Paul et ses accusateurs, suite à laquelle Paul a fait appel au tribunal de César, c'est-à-dire de l'empereur, à Rome (23, 12 - 25, 12), où il devra donc être transféré.

A ce point précis du récit, Luc, l'auteur des Actes, introduit une scène en deux épisodes : le gouverneur Festus reçoit la visite du roi Juif Agrippa (vassal de Rome), et lui expose le cas de Paul (notre texte d'aujourd'hui : Actes, 25, 13 - 22), puis il va faire comparaître Paul devant Agrippa, Bénénice, soeur d'Agrippa, et lui-même, ce qui donnera l'occasion à Paul de témoigner de sa foi en Jésus devant les grands de ce monde, et de raconter une deuxième fois le récit de sa conversion (26, 1 - 32), comme il l'avait déjà fait à Jérusalem après son arrestation (Actes, 22, 1 - 21).

2. Message

Le but de cet exposé du gouverneur romain païen Festus devant son collègue Juif Agrippa, semble d'abord être, pour Festus, d'obtenir avis et conseil d'Agrippa en vue d'établir le dossier de Paul à soumettre à la juridiction de l'empereur (Actes, 25, 26). En effet, Festus avoue ne pas voir quelle suite à donner à cette affaire (verset 20). Car, pour lui, du point de vue de la Loi romaine, Paul est innocent, et la condamnation de l'apôtre, que ses accusateurs Juifs essayent d'obtenir de lui, n'est pas de son ressort, car elle est du domaine religieux, qui ne le concerne pas. Et cette innocence de Paul sera confirmée par le roi Juif Agrippa, à la fin de leur rencontre avec Paul, en Actes, 26, 31 - 32.

Il n'en reste pas moins que, selon la première page de cet ensemble, que nous lisons aujourd'hui, Festus rend compte avec exactitude du cas de Paul, dont il a bien saisi les enjeux, et qu'il tient à juger selon la rectitude de la justice romaine qui prévoit le droit de l'accusé à se défendre.

Festus a très bien perçu, et cela est de la plus grande importance dans cette page, que tout le débat concerne "un certain Jésus qui est mort, mais que Paul déclare toujours vivant".

3. Decouvertes

La réaction de Festus (versets 18 - 19) rappelle celle de Gallion à Corinthe en Actes 18, 14 - 15. Ce n'est pas le rôle de l'autorité civile d'intervenir en arbitre dans des querelles d'ordre religieux.

Les grands de ce monde devant qui Paul va témoigner, en accomplissement de la Parole de Jésus lors de la conversion de Paul (Actes, 9, 15) sont ici : Agrippa, roi de Chalcis au Liban et de quelques villes de Galilée, Bérénice, soeur d'Agrippa, et de Drusille, l'épouse de Felix, le prédecesseur de Festus comme Procurateur.

Festus déclare que les Juifs exigent une condamnation de Paul sans véritable procès, comme ce fut le cas pour Jésus devant Pilate. Toutefois, à la différence de Pilate, Festus veut un procès légal, avec les procédures requises, et donc il ne cède pas à la pression des Juifs.

Luc semble bien ici approuver positivement les pratiques juridiques de la Rome impériale (verset 16).

4. Prolongement

Paul a réussi à être perçu par le gouverneur païen pour l'essentiel de sa foi, à savoir la résurrection de Jésus, et tout ce qu'elle signifie.

Paul vit lui-même ce qu'il prêche avec beaucoup de force : voir ce qu'il écrit sans sa Lettre aux Romains : "Si de ta bouche tu confesses que Jésus est Seigneur, et si, dans ton coeur, tu crois que Dieu l'a ressuscité des morts, tu seras sauvé" (Romains, 10, 9), et, dans sa 1ère Lettre aux Corinthiens : "Si Christ n'est pas ressuscité, votre foi est illusoire, vous êtes encore dans vos péchés, ... nous sommes les plus malheureux de tous les hommes" (1 Corinthiens, 15, 17 - 21).

Sommes-nous d'abord perçus par nos frères incroyants, et par le grand public de nos sociétés, comme témoins, en paroles et en actes, que Jésus est ressuscité des morts, et qu'en lui tout le salut de Dieu est accompli et offert à tous les hommes de tous les temps ? Ou sommes-nous perçus seulement comme les adhérents d'une religion aux multiples pratiques et souvent mal comprise ? Notre foi agissante est-elle bien centrée d'abord sur l'essentiel et le coeur du message, tout le reste ne devant servir qu'à l'exprimer ou l'illustrer, ou en souligner tel ou tel aspect particulier ?

Prière

*Seigneur Jésus, de même que, lors de ta mission, tu pouvais résumer ton message et ton attitude en quelques formules, nous précisant que Dieu était notre Père, que tu annonçais et réalisais son Règne en ta mission, et que tu ne cherchais qu'une seule chose, à savoir faire la volonté du Père et accomplir son oeuvre, nous devons centrer toutes nos paroles et attitudes sur la proclamation que tu es ressuscité des morts, qu'en toi Dieu s'est totalement et définitivement révélé et manifesté une fois pour toutes, qu'en toi tout le projet de salut de Dieu sur l'humanité est accompli, et que tu étends ta Parole et tes gestes de miséricorde, vécus jadis en Palestine, à tous les hommes et toutes les femmes de tous les temps et de tous les espaces, en te rendant présent et agissant autrement dans la force de ton Esprit répandu : apprends-moi à me recentrer sans cesse sur cet essentiel de notre foi accueillant ta Parole et toute ton action, de façon à te rendre visiblement présent et agisssant à travers mes gestes et mes paroles devenus lieux de ta manifestation pour nos contemporains. AMEN.

06.06.2003.*