1 Et puisque nous sommes ses coopérateurs, nous vous exhortons encore à ne pas recevoir en vain la grâce de Dieu.
2 Il dit en effet : Au moment favorable, je t'ai exaucé ; au jour du salut, je t'ai secouru. Le voici maintenant le moment favorable, le voici maintenant le jour du salut.
3 Nous ne donnons à personne aucun sujet de scandale, pour que le ministère ne soit pas décrié.
4 Au contraire, nous nous recommandons en tout comme des ministres de Dieu : par une grande constance dans les tribulations, dans les détresses, dans les angoisses,
5 sous les coups, dans les prisons, dans les désordres, dans les fatigues, dans les veilles, dans les jeûnes ;
6 par la pureté, par la science, par la patience, par la bonté, par un esprit saint, par une charité sans feinte,
7 par la parole de vérité, par la puissance de Dieu ; par les armes offensives et défensives de la justice ;
8 dans l'honneur et l'ignominie, dans la mauvaise et la bonne réputation ; tenus pour imposteurs, et pourtant véridiques ;
9 pour gens obscurs, nous pourtant si connus ; pour gens qui vont mourir, et nous voilà vivants ; pour gens qu'on châtie, mais sans les mettre à mort ;
10 pour tristes, nous qui sommes toujours joyeux ; pour pauvres, nous qui faisons tant de riches ; pour gens qui n'ont rien, nous qui possédons tout.
DE LA 2ème LETTRE AUX CORINTHIENS
Commentaire
1. Situation
La 2ème Lettre de Paul aux Corinthiens comprend, à vrai dire, 2 lettres, la 1ère, appelée Lettre A, regroupant les chapitres 1 - 9, la 2nde, appelée Lettre B, les chapitres 10 - 13. Cette division est admise par la plupart des spécialistes, même si certains sont allés jusqu'à y découvrir un ensemble de 5 lettres de Paul.
Personne, en revanche, ne met en doute que cette lettre, en son état actuel, soit un texte authentique de Paul, sauf peut-être pour les versets 6, 14 - 7, 1, qu'un certain nombre considèrent comme postérieurs à Paul.
La Lettre A a dû être écrite au printemps de l'année 55, soit environ un année après la 1ère Lettre de Paul aux Corinthiens, tandis que la Lettre B aurait été écrite quelques mois seulement plus tard que la Lettre A, au cours de l'été 55.
Dans ces 2 Lettres, A et B, Paul se trouve sur la défensive face aux chrétiens de Corinthe.
Relisant cette Lettre dans son unité d'ensemble actuelle, nous y distinguons, entre l'adresse et la prière de bénédiction de l'introduction (1, 1 - 11) et les salutations et la bénédiction finale de la conclusion (13, 11 - 13), deux grandes parties qu'on pourrait intituler : - Paul le conciliateur (1, 12 - 9, 15), - Paul se met en situation d'attaquant pour mieux se défendre (10, 1 - 13, 10).
Dans la Lettre A, après une introduction (1, 1 - 11), Paul commence par expliquer pour quelles raisons il a dû annuler un voyage qu'il avait prévu à Corinthe (1, 12 - 2, 13), puis il définit les critères d'un apostolat authentique au service de la cause de Jésus ( 2, 14 - 6, 10). Il reparle ensuite de ses relations avec l'Eglise de Corinthe dans une 3ème partie (6, 11 - 7, 16) avant de conclure sur un appel à participer généreusement à la collecte qu'il a organisée pour les pauvres de l'Eglise de Jérusalem (8, 1 - 9, 15).
Dans la Lettre B (ou 2ème partie de notre actuelle 2ème Lettre aux Corinthiens), Paul se livre d'abord à une défense préliminaire (10, 1 - 18), avant de se lancer, selon une attitude qu'il qualifiera de "folie", dans un discours plein d'emportement (11, 1 - 12, 13), et de conclure sa défense (12, 14 - 13, 10).
Notre passage se situe au terme du 2ème argument de la 1ère grande partie de cette Lettre (ou de la Lettre A).
2. Message
Paul a d'abord défini le ministère apostolique pour sa valeur, puis l'a situé face au ministère de l'Ancien Testament, ainsi qu'au mystère de l'action de Dieu et de la signification de la mort de Jésus, qu'il est chargé de révéler et communiquer. Il nous le précise, en conclusion, comme étant particulièrement un ministère de réconciliation (5, 18 - 6, 10), relié comme tel au don que Dieu nous fait d'une nouvelle création, dont les versets précédents ont commencé par nous suggérer l'ampleur (5, 11 - 17).
Il nous est donc difficile de bien comprendre cette page sans la rattacher à l'ensemble 5, 11 - 21, qui se situe juste auparavant dans cette 2nde Lettre aux Corinthiens.
Quelle est la nature et quel est le processus de cette réconciliation ? C'est l'oeuvre de Dieu qui, en la mort-résurrection de Jésus Christ et le don de l'Esprit Saint, change notre coeur et notre regard, afin que nous ne vivions plus pour nous-mêmes, mais pour le Christ qui est mort et ressuscité pour nous. Ainsi, nous ne connaissons plus les autres de manière simplement humaine, mais dans le dépassement de la foi (5, 14 - 16).
En effet, cette transformation réalisée en nous par l'engagement de Jésus est bien une véritable création nouvelle, et dont la nouveauté est absolument radicale, car elle est pénétration dans la vie de Dieu, qui nous a pleinement réconciliés avec lui (5, 17).
C'est par le ministère apostolique que nous a été transmise cette action de Dieu qui nous réconcilie, selon cette nouveauté, dans le Christ. Jésus a envoyé ses disciples-apôtres en ambassadeurs de cette réconciliation, et Paul s'engage à fond dans l'annonce de ce mystère du don de Dieu, qu'il nous décrit comme un échange tout-à-fait unique : en identifiant pour nous au péché Jésus qui n'avait pas connu le péché, Dieu nous communique, par Jésus, sa propre justice et sa propre sainteté (5, 18 - 21).
Paul peut maintenant, après avoir supplié les Corinthiens au nom du Christ, de se laisser ainsi réconcilier avec Dieu (5, 20), développer sa prédication apostolique, en nous précisant son message : saisissons l'occasion, ne laissons pas sans effet la grâce reçue de Dieu, car c'est maintenant le jour favorable et le jour du salut.
Paul n'a d'autre but que celui-là dans son engagement d'apôtre. Et cet engagement est total, au-delà de toutes les difficultés. Il est celui de toute une vie consacrée au service de l'Evangile du salut, dans une remise complète de soi à Dieu pour l'accomplissement de son oeuvre.
Tous les efforts, toutes les épreuves, toutes les souffrances consentis ou subis par les apôtres dans toutes les situations qu'ils rencontrent, sont ici rappelés pour souligner l'importance de cette grâce de Dieu qu'ils ont été chargés de transmettre, et qu'il est donc de première urgence pour les Corinthiens de laisser fructifier en eux.
3. Decouvertes
En citant le 2ème Prophète Isaïe (ou la 2ème partie du Livre d'Isaïe) Paul en réactualise le texte. Le temps du salut, c'est désormais le temps vécu par l'humanité après la mort-résurrection du Christ, et dans la force de l'Esprit, jusqu'à la fin définitive de l'histoire de toute l'humanité, qui coïncide avec le "retour du Seigneur".
La grâce de Dieu est toute puissante, certes, mais le croyant doit coopérer à l'accueil en lui de l'action de Jésus qui le sauve (6, 1. Voir aussi Romains, 1, 6 et 1 Corinthiens, 15, 10). De même, le ministre de Dieu qui porte la Bonne Nouvelle du salut peut, lui aussi, devenir un obstacle à l'Evangile (1 Corinthiens, 1, 17).
Quand Paul se recommande ainsi aux Corinthiens comme ministre de Dieu (6, 4), il le fait en vivant des valeurs profondes qui sont le contraire de ce que recherchent ses adversaires (2 Corinthiens, 3, 1; 4, 2; 5, 12) : engagement de souffrance ainsi que de force, de vérité et de rectitude intérieures, plutôt que manifestations extérieures d'un pouvoir ou d'une supériorité d'ordre spirituel.
Un nouveau catalogue d'épreuves apostoliques nous est ici de nouveau fourni et développé en 4 strophes : versets 4b - 5; versets 6 - 7a; versets7b - 8a; versets 8b - 10. Cette liste annonce déjà celle que nous trouverons en 11, 23 - 27, mais est ici développée selon un rythme plus poétique que les autres (voir aussi : 2 Corinthiens, 4, 7 - 12 et 1 Corinthiens, 4, 9 - 13).
A remarquer également les antithèses des versets 8 - 10 entre les aspects de la réalité profonde du ministère et la manière dont il est extérieurement perçu : imposteurs, inconnus et moribonds, attristés, pauvres, alors qu'en réalité, véridiques, bien vivants, joyeux et possédant tout !
4. Prolongement
A lire cette page de Paul, nous avons d'abord à nous en appliquer directement et totalement le message : c'est aujourd'hui, pour nous, comme pour tous les chrétiens de partout et toujours, le Jour du salut, renouvellement d'hier, et qui sera à renouveler demain. Nous avons sans cesse à y recevoir et à ressaisir ce que Dieu nous donne en Jésus, et qui nous est transmis par la médiation de l'Eglise, communauté de communautés de croyants.
Et l'Eglise se ressource dans la même Parole des textes du Nouveau Testament, accomplissant l'Ancien (notre Bible chrétienne), selon la tradition qui nous vient des apôtres, et qu'il faut relire chaque jour, face aux situations rencontrées, qui doivent ainsi s'en trouver éclairées.
Mais nous avons également, comme Paul et les apôtres, à montrer par la qualité de notre engagement constant et permanent à la suite de Jésus, à quel point l'Evangile de la Vie, dont nous témoignons en paroles et en actes, est d'une importance absolue et irremplaçable pour tous les hommes et toutes les femmes de "toutes races, langues, peuples et nations" de tous les temps.
Prière
*Seigneur Jésus, lorsque tu nous offres gratuitement la grâce de ton salut, tu nous envoies immédiatement en mission, là où nous sommes, avec la consigne de te rendre présent, chaque jour de façon renouvelée, au milieu de nos frères et soeurs en humanité, par la qualité de notre style de vie, et notre témoignage de disciples en paroles et en actes : donne-moi le sens de cet équilibre fondamental de toute vie chrétienne vécue dans la foi qui agit par la charité : accueillir tout ce qui vient de toi selon ta générosité divine, et tout faire, en toutes choses, de toutes mes forces et en vérité, pour imiter tes comportements, comme si tout ne dépendait que de moi, mais tout en croyant profondément qu'en réalité "tout est grâce". AMEN.
16.06.2003.*