1 Oh ! si vous pouviez supporter que je fasse un peu l'insensé ! Mais, bien sûr, vous me supportez.
2 J'éprouve à votre égard en effet une jalousie divine ; car je vous ai fiancés à un époux unique, comme une vierge pure à présenter au Christ.
3 Mais j'ai bien peur qu'à l'exemple d'Ève, que le serpent a dupée par son astuce, vos pensées ne se corrompent en s'écartant de la simplicité envers le Christ.
4 Si le premier venu en effet prêche un autre Jésus que celui que nous avons prêché, s'il s'agit de recevoir un Esprit différent de celui que vous avez reçu, ou un Évangile différent de celui que vous avez accueilli, vous le supportez fort bien
5 J'estime pourtant ne le céder en rien à ces " archiapôtres ".
6 Si je ne suis qu'un profane pour la parole, pour la science, c'est autre chose ; en tout et devant tous, nous vous l'avons montré.
7 Ou bien, aurais-je commis une faute en vous annonçant gratuitement l'Évangile de Dieu, m'abaissant moi-même pour vous élever, vous ?
8 J'ai dépouillé d'autres Églises, recevant d'elles un salaire pour vous servir.
9 Et quand, une fois chez vous, je me suis vu dans le besoin, je n'ai été à charge à personne : ce sont les frères venus de Macédoine qui ont pourvu à ce qui me manquait. De toutes manières je me suis gardé de vous être à charge, et je m'en garderai.
10 Aussi sûrement que la vérité du Christ est en moi, ce titre de gloire ne me sera pas enlevé dans les régions de l'Achaïe.
11 Pourquoi ? Parce que je ne vous aime pas ? Dieu le sait.
DE LA 2ème LETTRE AUX CORINTHIENS
Commentaire
1. Situation
La 2ème Lettre de Paul aux Corinthiens comprend, à vrai dire, 2 lettres, la 1ère, appelée Lettre A, regroupant les chapitres 1 - 9, la 2nde, appelée Lettre B, les chapitres 10 - 13. Cette division est admise par la plupart des spécialistes, même si certains sont allés jusqu'à y découvrir un ensemble de 5 lettres de Paul.
Personne, en revanche, ne met en doute que cette lettre, en son état actuel, soit un texte authentique de Paul, sauf peut-être pour les versets 6, 14 - 7, 1, qu'un certain nombre considèrent comme postérieurs à Paul.
La Lettre A a dû être écrite au printemps de l'année 55, soit environ un année après la 1ère Lettre de Paul aux Corinthiens, tandis que la Lettre B aurait été écrite quelques mois seulement plus tard que la Lettre A, au cours de l'été 55.
Dans ces 2 Lettres, A et B, Paul se trouve sur la défensive face aux chrétiens de Corinthe.
Relisant cette Lettre dans son unité d'ensemble actuelle, nous y distinguons, entre l'adresse et la prière de bénédiction de l'introduction (1, 1 - 11) et les salutations et la bénédiction finale de la conclusion (13, 11 - 13), deux grandes parties qu'on pourrait intituler : - Paul le conciliateur (1, 12 - 9, 15), - Paul se met en situation d'attaquant pour mieux se défendre (10, 1 - 13, 10).
Dans la Lettre A, après une introduction (1, 1 - 11), Paul commence par expliquer pour quelles raisons il a dû annuler un voyage qu'il avait prévu à Corinthe (1, 12 - 2, 13), puis il définit les critères d'un apostolat authentique au service de la cause de Jésus ( 2, 14 - 6, 10). Il reparle ensuite de ses relations avec l'Eglise de Corinthe dans une 3ème partie (6, 11 - 7, 16) avant de conclure sur un appel à participer généreusement à la collecte qu'il a organisée pour les pauvres de l'Eglise de Jérusalem (8, 1 - 9, 15).
Dans la Lettre B (ou 2ème partie de notre actuelle 2ème Lettre aux Corinthiens), Paul se livre d'abord à une défense préliminaire (10, 1 - 18), avant de se lancer, selon une attitude qu'il qualifiera de "folie", dans un discours plein d'emportement (11, 1 - 12, 13), et de conclure sa défense (12, 14 - 13, 10).
Notre passage se situe dans la "Lettre B", ou dans la deuxième grande partie de cette 2ème Lettre aux Corinthiens. Paul, après avoir situé sa position de défense (10, 1 - 18), se lance maintenant dans un discours impétueux de contre attaque de ses adversaires et de leurs positions, par lesquelles les Corinthiens se sont laissés prendre, à son grand regret, et comme il le leur reproche.
2. Message
Paul n'hésite pas à dire d'entrée qu'il va jouer le grand jeu de sa défense, en utilisant tous les arguments dont il peut disposer : ce qu'il appelle un brin de "folie", mais attitude qu'il justifie en rappelant qu'il a fait le maximum pour que cette communauté de Corinthe soit proche et fidèle en toute vérité à son Seiigneur, auquel il l'a "fiancée". Paul n'en constate pas moins que cette Eglise a été séduite et pervertie par fes forces adverses qui l'ont détournée de l'Evangile.
Oublier l'Evangile de Paul pour se rallier à d'autres présentations du mystère du Christ proposées par des adversaires itinérants qui poursuivent Paul de leur malveillance, représente pour Paul trahison et divorce (voir Galates, 1, 7 - 9)
Et Paul de faire valoir avec insistance les qualités de son ministère, qui, sans exhibition ou prétension oratoires, leur a offert un message très riche sur Jésus et la Bonne Nouvelle du salut de Dieu, aussi bien que le témoignage puissant de son engagement gratuit à leur service, puisqu'il a, sans cesse, au milieu d'eux, travaillé de ses mains pour sa subsistance, et qu'en cas de nécessité rencontrée à Corinthe en ce domaine, d'autres Eglises lui ont fait parvenir de l'aide financière. Et de cette attitude constante de liberté face aux Corinthiens, Paul se redit très fier.
Ses adversaires, qui, sans doute, le contestent dans sa manière de précher l'Evangile comme dans sa façon de vivre, ne l'ont pas empêché de continuer à tout faire pous que ceux à qui il a annoncé l'Evangile demeurent fidèles à leur démarche initiale d'adhésion au Christ dans la vérité et l'amour.
3. Decouvertes
Tout l'ensemble des versets 11, 1 - 12, 13 est dominé par l'idée que Paul s'exprime ici avec une certaine "folie".
Paul vit et s'exprime dans une société qui exige beaucoup des prédicateurs itinérants qui passent chez elle (2 Corinthiens, 10, 7 - 12). C'est pour cela qu'il regrette que la force de son ministère n'a pas été perçue dans son authenticité, marquée par une dimension de faiblesse, semblable à celle qu'avait connue Jésus de sons vivant.
Aux versets 1 - 4, Paul utilise l'image du mariage pour souligner la menace grave qui a atteint la communauté de Corinthe de l'extérieur, au point de la ternir dans son honneur, et de la couvrir de la honte de la corruption. En cédant ainsi à ces gens ou à ces forces qui la détournent des vraies valeurs de l'Evangile, telles que Paul en avait témoigné, la communauté trahit son Seigneur de la même façon qu'Israël avait trahi Yahvé son Dieu par un comportement exprimant l'adultère (voir Osée, 2, 19 - 21 et Gensèe, 3, 1 - 4, ainsi que Siracide, 2, 24).
C'est avec sarcasme que Paul parle de ceux qu'il nomme "superapôtres", et qui ne sont que des intrus, qui, en se donnant à eux-mêmes une grande importance, ont su gagner du prestige dans la communauté.
Peut-être également de faux bruits, mettant en cause la crédibilté et la probité de Paul en matière fianncière, ont-ils circulé à Corionthe, à propos de son rappel insistant conercant la collecte qu'il organisait pour les pauvres de Jérusalem.
Peut-être, également, les Corinthiens ont-ils estimé que Paul manquait aux usages et conventions concernant les prédicateurs itinérants, en s'abaissant, de façon dégradante, à travailler de ses mains. Mais cela ne l'empêche pas d'en être toujours aussi fier, et d'en parle rcomme d'un titre de gloire.
4. Prolongement
Autres textes de Paul sur sa prédication et la pratique de son métier :
1 Pour moi, quand je suis venu chez vous, frères, je ne suis pas venu vous annoncer le mystère de Dieu avec le prestige de la parole ou de la sagesse.
2 Non, je n'ai rien voulu savoir parmi vous, sinon Jésus Christ, et Jésus Christ crucifié.
3 Moi-même, je me suis présenté à vous faible, craintif et tout tremblant,
4 et ma parole et mon message n'avaient rien des discours persuasifs de la sagesse ; c'était une démonstration d'Esprit et de puissance,
5 pour que votre foi reposât, non sur la sagesse des hommes, mais sur la puissance de Dieu.
13 Ne savez-vous pas que les ministres du temple vivent du temple, que ceux qui servent à l'autel partagent avec l'autel ?
14 De même, le Seigneur a prescrit à ceux qui annoncent l'Évangile de vivre de l'Évangile.
15 Mais je n'ai usé, moi, d'aucun de ces droits, et je n'écris pas cela pour qu'il en soit ainsi à mon égard ; plutôt mourir que de... Mon titre de gloire, personne ne le réduira à néant.
16 Annoncer l'Évangile en effet n'est pas pour moi un titre de gloire ; c'est une nécessité qui m'incombe. Oui, malheur à moi si je n'annonçais pas l'Évangile !
17 Si j'avais l'initiative de cette tâche, j'aurais droit à une récompense ; si je ne l'ai pas, c'est une charge qui m'est confiée.
18 Quelle est donc ma récompense ? C'est qu'en annonçant l'Évangile, j'offre gratuitement l'Évangile, sans user du droit que me confère l'Évangile.
19 Oui, libre à l'égard de tous, je me suis fait l'esclave de tous, afin de gagner le plus grand nombre.
Prière
*Seigneur Jésus, toi qui t'es fait pauvre pour nous enrichir de ta pauvreté, toi qui t'es proclamé doux et humble de coeur, invitant tous ceux qui peinaient à venir te rejoindre, tu nous appelles toujours à te suivre dans la vérité, la fidélité et l'humilité : donne-moi, comme à ton apôtre Paul, la capacité de ne rien chercher d'autre, en ma mission prophétique de témoignage et de partage de ta Parole, que de me faire "petit" pour qu'apparaisse d'autant plus le rayonnement de ta présence et de ton action, à travers la gratuité de tous mes comportements à ton service. AMEN.
19.06.2003*