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Lettre · 13 chapitres

2 Corinthiens

2 Corinthiens 12, 1-10
AELF · Bible liturgique

1 Il faut se glorifier ? cela ne vaut rien pourtant et bien ! j'en viendrai aux visions et révélations du Seigneur.
2 Je connais un homme dans le Christ qui, voici quatorze ans - était-ce en son corps ? je ne sais ; était-ce hors de son corps ? je ne sais ; Dieu le sait - ... cet homme-là fut ravi jusqu'au troisième ciel.
3 Et cet homme-là - était-ce en son corps ? était-ce sans son corps ? je ne sais, Dieu le sait -, je sais
4 qu'il fut ravi jusqu'au paradis et qu'il entendit des paroles ineffables, qu'il n'est pas permis à un homme de redire.
5 Pour cet homme-là je me glorifierai ; mais pour moi, je ne me glorifierai que de mes faiblesses.
6 Oh ! si je voulais me glorifier, je ne serais pas insensé ; je dirais la vérité. Mais je m'abstiens, de peur qu'on ne se fasse de moi une idée supérieure à ce qu'on voit en moi ou à ce qu'on m'entend dire.
7 Et pour que l'excellence même de ces révélations ne m'enorgueillisse pas, il m'a été mis une écharde en la chair, un ange de Satan chargé de me souffleter - pour que je ne m'enorgueillisse pas !
8 A ce sujet, par trois fois, j'ai prié le Seigneur pour qu'il s'éloigne de moi.
9 Mais il m'a déclaré : " Ma grâce te suffit : car la puissance se déploie dans la faiblesse. " C'est donc de grand cœur que je me glorifierai surtout de mes faiblesses, afin que repose sur moi la puissance du Christ.
10 C'est pourquoi je me complais dans les faiblesses, dans les outrages, dans les détresses, dans les persécutions et les angoisses endurées pour le Christ ; car, lorsque je suis faible, c'est alors que je suis fort.

2 Corinthiens 12, 1-10
Commentaire

DE LA 2ème LETTRE AUX CORINTHIENS

Commentaire

1. Situation

La 2ème Lettre de Paul aux Corinthiens comprend, à vrai dire, 2 lettres, la 1ère, appelée Lettre A, regroupant les chapitres 1 - 9, la 2nde, appelée Lettre B, les chapitres 10 - 13. Cette division est admise par la plupart des spécialistes, même si certains sont allés jusqu'à y découvrir un ensemble de 5 lettres de Paul.

Personne, en revanche, ne met en doute que cette lettre, en son état actuel, soit un texte authentique de Paul, sauf peut-être pour les versets 6, 14 - 7, 1, qu'un certain nombre considèrent comme postérieurs à Paul.

La Lettre A a dû être écrite au printemps de l'année 55, soit environ un année après la 1ère Lettre de Paul aux Corinthiens, tandis que la Lettre B aurait été écrite quelques mois seulement plus tard que la Lettre A, au cours de l'été 55.

Dans ces 2 Lettres, A et B, Paul se trouve sur la défensive face aux chrétiens de Corinthe.

Relisant cette Lettre dans son unité d'ensemble actuelle, nous y distinguons, entre l'adresse et la prière de bénédiction de l'introduction (1, 1 - 11) et les salutations et la bénédiction finale de la conclusion (13, 11 - 13), deux grandes parties qu'on pourrait intituler : - Paul le conciliateur (1, 12 - 9, 15), - Paul se met en situation d'attaquant pour mieux se défendre (10, 1 - 13, 10).

Dans la Lettre A, après une introduction (1, 1 - 11), Paul commence par expliquer pour quelles raisons il a dû annuler un voyage qu'il avait prévu à Corinthe (1, 12 - 2, 13), puis il définit les critères d'un apostolat authentique au service de la cause de Jésus ( 2, 14 - 6, 10). Il reparle ensuite de ses relations avec l'Eglise de Corinthe dans une 3ème partie (6, 11 - 7, 16) avant de conclure sur un appel à participer généreusement à la collecte qu'il a organisée pour les pauvres de l'Eglise de Jérusalem (8, 1 - 9, 15).

Dans la Lettre B (ou 2ème partie de notre actuelle 2ème Lettre aux Corinthiens), Paul se livre d'abord à une défense préliminaire (10, 1 - 18), avant de se lancer, selon une attitude qu'il qualifiera de "folie", dans un discours plein d'emportement (11, 1 - 12, 13), et de conclure sa défense (12, 14 - 13, 10).


Notre passage se situe dans la "Lettre B", ou dans la deuxième grande partie de cette 2ème Lettre aux Corinthiens. Paul, après avoir situé sa position de défense (10, 1 - 18), s'est lancé dans un discours impétueux, où il a d'abord rappelé l'enjeu de sa mission, puis comparé, face à celle de ses adversaires. son attitude envers l'Eglise de Corinthe, selon les situations les plus diverses et les plus difficiles qu'il a pu y rencontrer (11, 1 - 17).

Il "s'est envolé" maintenant, toujours en relation avec les prétentions de ses adversaires, dans le rappel de tout ce qu'a été son expérience de croyant Juif et d'apôtre saisi par Jésus Christ.

2. Message

Paul, dans ce qu'il appelle son "moment de folie", continue de se situer sur le terrain de ses adversaires, dont il adopte le langage. Il se met donc à se vanter, pour mieux prouver l'inanité de leurs prétentions.

Et comme probablement ces derniers devaient s'enorgueillir d'expériences spirituelles, Paul n'hésite pas à faire état de ses propres temps ou moments forts d'ordre visionnaire ou extatique, qu'il prend pourtant grand soin de ne pas s'attribuer à lui-même, qu'il considère donc comme une gratuité venue de Dieu, allant jusqu'à parler de lui-même en ce domaine, comme s'il s'agissait d'un autre.

Il pourrait, certes, se déclarer avantagé, gratifié, de ces grâces extraordinaires reçues ainsi, réellement, mais gratuitement. Il s'en trouve néanmoins dissuadé, empêché, par une épreuve qui le fait souffrir de façon continue, et dont il souhaiterait fortement être libéré.

Abandonnant alors ce qu'il a appelé son "langage de folie", Paul passe en revue, dans une attitude de foi, ces différents aspects de son existence de croyant et d'apôtre, dont il fait l'objet de sa prière devant le Seigneur, qui lui a répondu qu'il devait s'appuyer seulement sur la grâce qui lui venait de Dieu, dont les situations vécues de faiblesse ou d'impuissance révélaient, par contraste, la portée autant que la puissance.

Ce qui conduit Paul à adopter l'attitude paradoxale de "se réjouir de ses faiblesses", et à réinterpréter autrement tout le catalogue d'épreuves qu'il avait énumérées auparavant dans son argumentation.

3. Decouvertes

Paul laisse entendre qu'il a connu de grandes expériences spirituelles et mystiques, dans lesquelles il s'est trouvé saisi et dépassé au-delà de lui même dans le mystère de sa "rencontre " de Dieu.

Notons toutes les expressions qui traduisent le caractère indicible, demeurant caché et mystérieux, de ce que Paul a vécu, et qu'il n'a pas été capable de maîtriser : "était-ce dans son corps ou non "?... "je ne sais, Dieu le sait"--- il a entendu des "paroles secrètes qu'il n'est permis à aucun homme de prononcer".

Quant à la formule initiale "cela ne sert à rien", elle relativise cette expérience personnelle de l'apôtre, qu'il ne tient pas à prendre en compte pour valoriser ou authentifier son apostolat : Paul ne proclame pas sa vie spirituelle, mais la Bonne Nouvelle de la grâce du salut offerte à toute l'humanité en Jésus Christ.

L'attitude de l'apôtre n'est autre finalement que celle de tout croyant : devenir pauvre de soi pour se remettre entièrement à la grâce de Dieu, qui triomphe d'autant plus qu'on se laisse davantage dépouiller de soi-même. C'est ainsi que la "puissance de Dieu donne toute sa mesure dans la faiblesse", et que Paul peut déclarer avec force : lorsque je suis faible, c'est alors que je suis fort".

4. Prolongement

Ce n'est pas la première fois que Paul situe la force de son ministère dans le cadre de sa faiblesse humaine :

17 Car le Christ ne m'a pas envoyé baptiser, mais annoncer l'Évangile, et cela sans la sagesse du langage, pour que ne soit pas réduite à néant la croix du Christ.

18 Le langage de la croix, en effet, est folie pour ceux qui se perdent, mais pour ceux qui se sauvent, pour nous, il est puissance de Dieu.

19 Car il est écrit : Je détruirai la sagesse des sages, et l'intelligence des intelligents je la rejetterai.

28 ce qui dans le monde est sans naissance et ce que l'on méprise, voilà ce que Dieu a choisi ; ce qui n'est pas, pour réduire à rien ce qui est,

29 afin qu'aucune chair n'aille se glorifier devant Dieu.

1 Pour moi, quand je suis venu chez vous, frères, je ne suis pas venu vous annoncer le mystère de Dieu avec le prestige de la parole ou de la sagesse.

2 Non, je n'ai rien voulu savoir parmi vous, sinon Jésus Christ, et Jésus Christ crucifié.

3 Moi-même, je me suis présenté à vous faible, craintif et tout tremblant,

4 et ma parole et mon message n'avaient rien des discours persuasifs de la sagesse ; c'était une démonstration d'Esprit et de puissance,

5 pour que votre foi reposât, non sur la sagesse des hommes, mais sur la puissance de Dieu.

5 Qu'est-ce donc qu'Apollos ? Et qu'est-ce que Paul ? Des serviteurs par qui vous avez embrassé la foi, et chacun d'eux selon ce que le Seigneur lui a donné.

6 Moi, j'ai planté, Apollos a arrosé ; mais c'est Dieu qui donnait la croissance.

7 Ainsi donc, ni celui qui plante n'est quelque chose, ni celui qui arrose, mais celui qui donne la croissance : Dieu.

Prière

*Seigneur Jésus, tu nous as révélé que c'est par pure grâce que nous sommes sauvés, que nous n'y sommes pour rien, car c'est un don gratuit de Dieu, et que, si tu nous appelles à témoigner de ton Evangile, et à le proclamer, c'est toujours pour qu'à travers notre pauvreté, notre obéissance et notre humilité profondes, apparaisse la puissance de la grâce de Dieu, dans l'Esprit Saint, que tu nous transmets sans cesse depuis "l'Heure", une fois pour toutes accomplie, de ta mort et de ta résurrection : fais en sorte que tout ministère, toute fonction, tout service, que tu me fais exercer dans les communautés d'Eglise, dans lesquelles je vis, ou que je rencontre, ne soit rien d'autre, dans une authentique humilité et pauvreté de tout mon être, que le "lieu" de la manifestation de ta présence, de ta Parole et de ton salut, bien au-delà de ce que je puis en faire découvrir. AMEN.

21.06.2003.*