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Hébreux 4, 1-11
AELF · Bible liturgique

1 Craignons donc, tandis que la promesse d'entrer dans son repos subsiste encore, qu'aucun de vous ne paraisse être venu trop tard.
2 Car cette bonne nouvelle nous a été annoncée aussi bien qu'à eux; mais la parole qui leur fut annoncée ne leur servit de rien, parce qu'elle ne trouva pas de la foi chez ceux qui l'entendirent.
3 Pour nous qui avons cru, nous entrons dans le repos, selon qu'il dit: Je jurai dans ma colère: Ils n'entreront pas dans mon repos! Il dit cela, quoique ses oeuvres eussent été achevées depuis la création du monde.
4 Car il a parlé quelque part ainsi du septième jour: Et Dieu se reposa de toutes ses oeuvres le septième jour.
5 Et ici encore: Ils n'entreront pas dans mon repos!
6 Or, puisqu'il est encore réservé à quelques-uns d'y entrer, et que ceux à qui d'abord la promesse a été faite n'y sont pas entrés à cause de leur désobéissance,
7 Dieu fixe de nouveau un jour-aujourd'hui-en disant dans David si longtemps après, comme il est dit plus haut: Aujourd'hui, si vous entendez sa voix, N'endurcissez pas vos coeurs.
8 Car, si Josué leur eût donné le repos, il ne parlerait pas après cela d'un autre jour.
9 Il y a donc un repos de sabbat réservé au peuple de Dieu.
10 Car celui qui entre dans le repos de Dieu se repose de ses oeuvres, comme Dieu s'est reposé des siennes.
11 Efforçons-nous donc d'entrer dans ce repos, afin que personne ne tombe en donnant le même exemple de désobéissance.

Hébreux 4, 1-11
Commentaire

DE LA LETTRE AUX HEBREUX

Commentaire

1. Situation

Parmi les oeuvres attribuées à Paul se trouve ce long traité célébrant la personne et l'oeuvre de Jésus Christ, et encourageant la fidélité à son Alliance. Ce document est un chef d'oeuvre dans le genre des premières homélies chrétiennes.

Cependant, les différences très nettes de style et de théologie entre ce document et les oeuvres de Paul reconnues par tous comme étant de lui, font qu'on ne peut attribuer à Paul cette Lettre aux Hébreux. Son auteur demeure donc pour nous anonyme.

Il est tout aussi difficile de dater exactement cette homélie. Elle est certainement antérieure à la 1ère Lettre de Clément de Rome aux Corinthiens, qui la cite, et qui, elle-même, ne semble pas être postérieure à l'an 110. Ce qui nous laisse, pour la composition de la Lettre aux Hébreux, une plage qui va de 50 à 90 de notre ère chrétienne, avec, peut-être, une préférence pour les années juste avant 70, compte tenu des nombreuses allusions au Temple de Jérusalem qui s'y trouvent, et de la date de destruction du Temple par les armées romaines, en 70.

Il semble assez probable que cette homélie aurait été adressée à des communautés chrétiennes d'Italie (voir Hébreux, 13, 24).

Dans cette homélie se suivent assez régulièrement des exposés doctrinaux et des exhortations. Tout le message en est centré sur le portrait du Christ, cause et source du salut, et modèle de notre conduite (2, 10; 5, 9; 9, 14; 12, 1 - 2). Les exhortations invitent à tenir bon dans la fidélité au message reçu (confession de foi, partenariat avec le Christ, et comportements que cela implique), ainsi qu'à progresser dans l'attachement au Christ, et dans l'endurance face aux défis du monde.

Cette homélie se déploie selon un plan très rigoureux : après un exorde sur la Parole définitive de Dieu en l'envoi de son Fils ( 1, 1 - 4), et avant la conclusion finale (13, 18 - 25), se succèdent 5 grandes parties : 1) Situation du Christ face à Dieu et aux hommes, finalement définie comme celle d'un "Grand Prêtre" (1, 5 - 2, 18), 2) Le Christ est prêtre, en tant qu'accrédité à la fois auprès de Dieu et des hommes (3, 1 - 5, 10), 3) Le Christ, Grand Prêtre des temps nouveaux, et prêtre d'un genre nouveau, donne accès au véritable sanctuaire, en pardonnant les péchés (5, 11 - 10, 39), 4) Ce qui est requis des chrétiens : la foi et l'endurance (11, 1 - 12, 13), 5) Tableau de l'existence chrétienne, présentée comme engagement sur le chemin de la sainteté et de la paix (12, 14 - 13, 17). A noter que chacune de ces parties est annoncée lors de la fin de la précédente : 1, 4; 2, 17; 5, 10; 10, 36 - 39; 11, 12 - 13.


Notre page se situe dans la 2ème partie de cette homélie, dans laquelle l'auteur nous développe une longue exhortation.

2. Message

C'est en référence avec l'épisode de la marche du peuple Hébreu pendant 40 ans dans le désert au temps de l'Exode avec Moïse que l'auteur de cette homélie continue de nous interpeller dans cette page (qui fait suite à la lecture d'hier dans la liturgie catholique Romaine) par une relecture du psaume 95.

Il nous invite à ne pas imiter, dans notre "aujourd'hui" d'après la résurrection du Christ, l'infidélité des Hébreux du désert, qui, de ce fait, n'ont pas mérité d'entrer dans le repos de la terre promise de Canaan et sont ainsi tous morts dans le désert du Sinaï.

S'il est vrai que le don de l'Esprit Saint du Christ ressuscité, qui nous fait devenir fils avec lui, nous a déjà fait entrer, comme en un commencement, dans le repos de Dieu, l'accueil renouvelé chaque jour de ce don, dans la foi confiante et fidèle qui obéit à la volonté de Dieu en toutes circonstances, suppose que nous ayons encore à marcher vers ce repos de Dieu déjà accordé d'une certaine manière, et ce jusqu'à la plénitude définitive qui nous en sera donnée à la fin ultime des temps

Notre fidélité est ainsi tout autant requise maintenant qu'à toutes les époques de l'Ancien Testament, comme le demande ce psaume 95 que commente notre page de la Lettre aux Hébreux.

3. Decouvertes

Cette page appartient à un ensemble 3, 12 - 4, 11, qui, dans le passage de ce jour, argumente à partir d'une relecture de la formule "entrons dans le repos de Dieu" du psaume 95. Cet ensemble est pour sa part divisé en trois parties (3, 12 - 19: 4, 1- 5 et 4, 6 - 11), chacune d'entre elles commentant un verset du psaume 95.

Par cette exhortation l'auteur veut nous montrer que la promesse et la menace, dont il est question dans le psaume, s'appliquent encore à notre situation de chrétiens.

L'expression "prenez garde" se retrouve quasiment partout dans le Nouveau Testament : voir, entre autres, Matthieu, 24, 4; Actes, 13, 40; 1 Corinthiens, 10, 18; Colossiens, 2, 8; Hébreux, 12, 25.. Il s'agit pour nous de vivre notre foi, dans nos engagements d'hommes et de femmes, avec confiance et fidélité. Il est donc dangereux de se détourner de Dieu, comme le firent les Hébreux dans le désert du Sinaï, selon le récit que nous en rapporte Nombres, 14.

Dans cette perspective, "l'aujourd'hui" du psaume, qui actualise déjà l'épisode du désert de l'Exode dans les temps plus proches de nous de l'histoire d'Israël, concerne toujours notre présent à nous, qui lisons comme une Parole de Dieu ce commentaire que nous en propose la Lettre aux Hébreux. En ce sens, le repos annoncé demeure pour nous une réalité promise, liée également à notre propre fidélité.

De même, ce repos promis par Dieu est bien le sien propre qu'il nous propose, et qui se trouve lié à la fin de la création du monde en Genèse, 2.

4. Prolongement

Comme tout le projet de Dieu se trouve accompli dans la mission, l'engagement de Jésus jusqu'à sa mort sur la croix et sa résurrection, et que la "fin des temps" a bien été inaugurée par lui, "l'aujourd'hui de Dieu" représente pour nous le temps de notre histoire humaine, dans laquelle le Christ ressuscité est "Seigneur-avec-nous", "l'Emmanuel", qui nous accompagne sans cesse, en nous donnant son Esprit Saint.

Paul nous précise bien en quel sens il "relit", dans la Bible, les événements du passé de l'histoire d'Israel :

11 Cela leur arrivait pour servir d'exemple, et a été écrit pour notre instruction à nous qui touchons à la fin des temps.

Prière

*Seigneur Jésus, c'est dans notre aujourd'hui, renouvelé chaque jour, de notre histoire, dans laquelle tu nous accompagnes face aux événements que nous rencontrons, que nous avons à te reconnaître, et te suivre, en incluant le "OUI" de notre foi dans ce "OUI" que tu as dit au Père, une fois pour toutes, et qui sauve le monde : fais de moi, dans toutes les circonstances de mon existence, un témoin permanent, vivant et rayonnant, de ton obéissance constante à la volonté de Dieu, qui est ton Père et notre Père. AMEN.

16.01.2003.*