1 Un signe grandiose apparut au ciel : une Femme ! le soleil l'enveloppe, la lune est sous ses pieds et douze étoiles couronnent sa tête ;
2 elle est enceinte et crie dans les douleurs et le travail de l'enfantement.
3 Puis un second signe apparut au ciel : un énorme Dragon rouge feu, à sept têtes et dix cornes, chaque tête surmontée d'un diadème.
4 Sa queue balaie le tiers des étoiles du ciel et les précipite sur la terre. En arrêt devant la Femme en travail, le Dragon s'apprête à dévorer son enfant aussitôt né.
5 Or la Femme mit au monde un enfant mâle, celui qui doit mener toutes les nations avec un sceptre de fer ; et son enfant fut enlevé jusqu'auprès de Dieu et de son trône,
6 tandis que la Femme s'enfuyait au désert, où Dieu lui a ménagé un refuge pour qu'elle y soit nourrie mille deux cent soixante jours.
7 Alors, il y eut une bataille dans le ciel : Michel et ses Anges combattirent le Dragon. Et le Dragon riposta, avec ses Anges,
8 mais ils eurent le dessous et furent chassés du ciel.
9 On le jeta donc, l'énorme Dragon, l'antique Serpent, le Diable ou le Satan, comme on l'appelle, le séducteur du monde entier, on le jeta sur la terre et ses Anges furent jetés avec lui.
10 Et j'entendis une voix clamer dans le ciel : " Désormais, la victoire, la puissance et la royauté sont acquises à notre Dieu, et la domination à son Christ, puisqu'on a jeté bas l'accusateur de nos frères, celui qui les accusait jour et nuit devant notre Dieu.
11 Mais eux l'ont vaincu par le sang de l'Agneau et par la parole dont ils ont témoigné, car ils ont méprisé leur vie jusqu'à mourir.
12 Soyez donc dans la joie, vous, les cieux et leurs habitants. Malheur à vous, la terre et la mer, car le Diable est descendu chez vous, frémissant de colère et sachant que ses jours sont comptés. "
DU LIVRE DE L'APOCALYPSE
Commentaire
1. Situation
Le livre de l' Apocalypse est unique dans le Nouveau Testament. Il est différent des récits de type historique et réaliste que sont les Evangiles et les Actes des Apôtres, ainsi que du style d'explication, de réflexion et d'exhortation des Lettres. Il nous présente des récits de visions et d'auditions extraordinaires concernant des réalités normalement inaccessibles pour des humains.
Le "voyant" reçoit sa vision, non pas directement de Dieu, mais d'un intermédiaire tel que le Christ ressuscité ou un ange. La forme de ce qui lui est révélé varie beaucoup : épiphanies, visions, paroles entendues, voyage au-delà de ce monde, livre reçu du ciel, etc... Le contenu de cette révélation concerne les secrets du monde et de l'avenir du salut de Dieu à l'oeuvre en nos vies.
Ce livre se présente également comme une "prophétie", et une révélation que l'auteur doit communiquer aux 7 Eglises d'Asie Mineure, avec une lettre d'envoi adressée à chacune de ces Eglises. On pense que ce livre a été écrit vers 95, peu avant la mort de l'empereur Domitien, grand persécuteur des chrétiens, pour aider les croyants à ne pas désespérer de l'avenir de l'Eglise et du Royaume en ce monde, face à cette grande tribulation. C'est donc un message destiné à renforcer notre espérance qui nous est présenté par son auteur, qui serait un prophète inconnu de l'Eglise primitive, du nom de Jean.
Après un Prologue (1, 1 - 3), se déploie, en genre de Lettre, la révélation elle-même que l'auteur a reçue (1, 4 - 22, 25). Dans cette révélation nous rencontrons : - d'abord, un 1er cycle de visions (I, 10 - 11, 19) : épiphanie du Christ avec 7 messages aux 7 Eglises, le rouleau aux 7 sceaux, qui sont ouverts successivement, les 7 trompettes, avec 2 visions supplémentaires qui s'y trouvent insérées, - ensuite, un 2nd cycle de visions (15, 1 - 22, 5), suivi de paroles isolées qui concluent le livre (22, 6 - 25) : visions symboliques révélant les secrets du passé, du présent et de l'avenir (12, 1 - 15, 4 (ICI SE TROUVE NOTRE PAGE DE CE JOUR), puis la vision des 7 coupes, et les visions de la fin ultime.
2. Message
Cette vision de la Femme et du dragon semble se baser sur 2 sources : un récit décrivant le conflit entre une femme et son enfant, d'une part, avec un dragon, d'autre part (12,1 - 6 et 12, 13- 17), ainsi qu'un autre récit, décrivant un combat dans les cieux (12, 7 - 9).
Qui est cette femme ? La tradition catholique en fait Marie, la mère de Jésus et la Nouvelle Eve. On y a vu également la figure de la Jérusalem du ciel, de la Sagesse de Dieu personnifiée, et de l'Eglise.
Tout intéressantes qu'elles soient, et riches pour notre méditation spirituelle, ces interprétations paraissent secondaires face à une interprétation première et initiale : cette femme est l'Israël de Dieu personnifié, considéré comme l'épouse de Dieu (voir Osée, 1, 2; 2, 4 - 5; 2, 16 - 17; Isaïe, 50, 1 et 54, 5 - 8), dont les douleurs de l'enfantement (12, 2) symbolisent les douleurs eschatologiques qui, selon les traditions liées à l'Ancien Testament, précèdent l'apparition du Messie.
L'Israël ainsi symbolisé est ici à la fois l'Israël ancien et l'Israël nouveau, dont le fils, qui est le Messie, le Pasteur universel, échappe au dragon pour être enlevé au ciel auprès de Dieu, où il siège avec lui, alors qu'lsraël-Eglise se réfugie au désert de l'histoire où il lui faut témoigner du salut de Dieu en Jésus Christ ressuscité et monté au ciel.
l.e dragon, symbole du chaos, est identifié avec le serpent de la Genèse, au chapitre 3, à son tour identifié avec le diable ou Satan, au verset 9 de notre texte. Les 10 cornes rappellent Daniel, 7, 7. Cette Bête est présentée comme l'opposant radical de Dieu et de son projet, dans l'Ancien Testament : Isaïe, 27, 1; 51, 9; Job, 9, 13; Psaume 74, 13 et 89, 11.
L'hymne des versets 10 -12 sert de commentaire aux récits des versets 1 - 9 et 13 - 17.
3. Decouvertes
Dans notre passage, aux versets 4 et 5, s'accomplit le Psaume 2, 9 : voir TOB, Apocalypse, 12, 2, note "i" .
De même Genèse, 3, 15 est également accompli : la résurrection de Jésus, qui est élevé auprès de Dieu, met en route la défaite définitive de Satan.
Comme bien des textes bibliques, ce passage est marqué, jusqu'à un certain point, par la culture ambiante. Dans les traditions païennes grecques, le monstre du chaos attaque les étoiles, e( dans la version gréco-romaine de la naissance d'Apollon, sa mère est, dès avant sa naissance, poursuivie par un dragon qui veut tuer son enfant.
Cependant, ce qui compte dans notre texte, c'est la victoire du Christ ressuscité et de son peuple, ainsi que la destruction du dragon.
4. Prolongement
Le symbole de la Femme-Israël se situe bien au carrefour de l'Israël ancien et de l'Israël nouveau du Messie ressuscité, qui attend le retour de son Christ.
Le Christ-Messie est le vainqueur du mal et de toute opposition au plan de Dieu, cette opposition étant appelée "le Monde" dans l'Evangile de Jean. Le Christ a vaincu le monde définitivement (Jean, 16, 33). Et c'est dans la foi que nous recevons et partageons sa victoire sur le monde (1 Jean, 5, 4 - 5).
Marie, Mère de Jésus, dans la mesure où elle nous est présentée comme une croyante exemplaire dans le"Oui" de l'acceptation de sa mission et de son écoute de la Parole de Dieu (Luc, 1, 38 et 11, 27 - 28), représente l'Israël nouveau, c'est-à-dire toute l'Eglise, dans la foi qui accueille le Christ ressuscité et son Esprit Saint, et qui reçoit comme un don gratuit le salut de Dieu qui s'accomplit, une fois pour toutes, en Jésus crucifié-ressuscité-monté au ciel-donnant l'Esprit.
Prière
*Seigneur Jésus, ta victoire unique et définitive de Christ ressuscité devient la nôtre, lorsque tu nous la transmets dans l'Esprit Saint, que tu nous donnes dès que nous nous ouvrons, dans la foi, à ce cadeau merveilleux de ta présence et de ta vie divine dans le Père : apprends-nous à te découvrir dans ton mystère d'obéissance, comme dans le témoignage de la foi-écoute-abandon-pauvreté de coeur de tous ceux et celles qui ont cru en toi et nous sont proposés comme figures de ton peuple croyant aussi bien que de chacune et chacun d'entre nous, à commencer, en tout premier lieu, par le témoignage rayonnant de Marie, ta Mère, dont nous célébrons le partage total de ta victoire et de ta gloire en Dieu. AMEN.
15.08.2003.*