1 Alors le prophète Elie se leva comme un feu, sa parole brûlait comme une torche.
2 C'est lui qui fit venir sur eux la famine et qui, dans son zèle, les décima.
3 Par la parole du Seigneur il ferma le ciel, il fit aussi trois fois descendre le feu.
4 Comme tu étais glorieux, Elie, dans tes prodiges! qui peut dans son orgueil se faire ton égal?
...
9 (Toi) qui fus emporté dans un tourbillon de feu, par un char aux chevaux de feu,
10 toi qui fus désigné dans des menaces futures pour apaiser la colère avant qu'elle n'éclate, pour ramener le cœur des pères vers les fils et rétablir les tribus de Jacob.
11 Bienheureux ceux qui te verront et ceux qui se sont endormis dans l'amour, car nous aussi nous posséderons la vie.
Siracide (Ben Sira)
DU LIVRE DE BEN SIRACH
Commentaire
1. Situation
Le Livre de Ben Sirac le Sage est unique dans la mesure où il nous indique le nom de son auteur. En effet, ce livre, écrit en hébreu, a été traduit en grec par le petit fils de son auteur, vers 115 avant JC, depuis l'Egypte, où il nous dit être arrivé vers 132. On peut dès lors dater le livre original, écrit pas son grand père, dans le 1er quart du 2ème siècle, soit entre 200 et 170 avant notre ère.
L'auteur de ce Livre de Sagesse se présente et se comporte comme un scribe et un enseignant (voir 39, 1 - 11 et 51, 13 - 30). Ce Livre peut donc être considéré comme un bel exemple du genre d'instruction qui était offert aux jeunes de Jérusalem, dans la période qui a précédé la révolte des frères Maccabées (vers 170).
Ce traité de Sagesse se situe pour une grande part dans la tradition du Livre des Proverbes, en nous présentant des conclusions pour agir, en fonction de ce que le Sage a pu observer dans l'existence des hommes (voir, par exemple, 3, 1 - 16). On y trouve des comparaisons, des béatitudes, mais également des hymnes de louange à Dieu et des prières.
Le thème directeur de tout le Livre de Sirac est la recherche de la Sagesse, identifée comme "crainte du Seigneur" (19, 20). Dieu y est révéré comme le Tout-Puissant. Ben Sirac traite souvent, et d'autant plus, de la "justice" de Dieu, qu'il rejette toute perspective de récompense ou de châtiment après la mort. Il s'intéresse beaucoup aux différents aspects de la vie sociale et familale, ainsi qu'à l'histoire d'Israël.
Il raconte et relit cependant cette histoire, en faisant l'éloge des grands hommes qui en ont jalonné le déroulement, dans la dernière partie de son Livre, soit des chapitres 44 à 50.
Notre page de ce jour est un bel exemple de portrait, qui nous est ainsi dressé, de l'un de ces grands hommes, le Prophète Elie.
2. Message
Cet éloge du Prophète Elie rappelle les grands moments de ses interventions prophétiques à l'égard d'un roi et d'une reine de l'Israël du Nord (Achab et Jézabel), qui cherchaient à promouvoir le culte des divinités païennes de Canaan, à la place, ou en plus, de celui de Yahvé, le Dieu Vivant d'Israël.
Pour montrer que Yahvé est le seul Dieu qui soit maître en terre d'Israël, terre qu'il avait promise à Abraham et à sa descendance, Elie, par sa parole, avait arrêté et fait revenir la pluie après une longue période de sécheresse, et avait également, entre autres signes, dont l'un de résurrection, fait descendre le feu du ciel, à trois reprises, sur ses adversaires, manifestant ainsi la puissance inégalable du Dieu vivant.
Sa mort mystérieuse, perçue en vision par Elisée, son disciple et successeur, comme un enlèvement sur un char de feu, fut ensuite interprétée comme l'annonce par Dieu d'une mise à part d'Elie, pour revenir à la fin des temps préparer l'apparition du Messie, selon Malachie, 3, 23 - 24.
Ce retour d'Elie, confirmé ici par Ben Sirach, sera donc source de bonheur, puisqu'il sera le signe avant-coureur de la venue prochaine du Messie de Dieu.
3. Decouvertes
Cet éloge d'Elie, dans la dernière partie du Livre de Ben Sirach, fait suite aux éloges plus ou moins développés d'Abraham, de Moïse, d'Aaron, de Phinéas, de Josué, des Juges en général, de Samuel, de David et de Salomon (dont les fautes ne sont pour autant point cachées).
C'est une relecture des récits concernant Elie, qui se trouvent entre le chapitre 17 du 1er Livre des Rois, et le chapitre 2 du 2ème Livre des Rois, et nous le présentent comme un prophète puissant en paroles et en actes.
A noter le fait que Ben Sirach le Sage cite une prophétie, qui est une prévision de la fin des temps (Malachie, 3, 23 - 24; voir aussi Isaïe, 49, 10). Ce qui veut dire qu'à l'époque de Sirach le retour attendu d'Elie faisait partie de la Tradition d'Israël.
4. Prolongement
Ce texte nous est donné à relire dans le temps de l'Avent du fait que Jésus identifie le retour d'Elie au ministère de Jean-Baptiste, qui est donc à considérer comme l'annonce des temps nouveaux.
Matthieu (4, 12 - 17), Marc (1, 14 - 15), et Luc (4, 14 - 15, après 3, 19 - 20), font commencer le ministère de Jésus après l'arrestation de Jean-Baptiste. Voir également les discours de Pierre au centurion Corneille en Actes, 10, 37 - 38, ainsi que de Paul à la synagogue d'Antioche de Pisidie en Actes, 13, 23 - 25 :
11 " En vérité je vous le dis, parmi les enfants des femmes, il n'en a pas surgi de plus grand que Jean le Baptiste ; et cependant le plus petit dans le Royaume des Cieux est plus grand que lui
12 Depuis les jours de Jean le Baptiste jusqu'à présent le Royaume des Cieux souffre violence, et des violents s'en emparent.
13 Tous les prophètes en effet, ainsi que la Loi, ont mené leurs prophéties jusqu'à Jean.
14 Et lui, si vous voulez m'en croire, il est cet Élie qui doit revenir.
15 Que celui qui a des oreilles entende !
10 Et les disciples lui posèrent cette question : " Que disent donc les scribes, qu'Élie doit venir d'abord ? "
11 Il répondit : " Oui, Élie doit venir et tout remettre en ordre ;
12 or, je vous le dis, Élie est déjà venu, et ils ne l'ont pas reconnu, mais l'ont traité à leur guise. De même le Fils de l'homme aura lui aussi à souffrir d'eux. "
13 Alors les disciples comprirent que ses paroles visaient Jean le Baptiste.
Prière
*Seigneur Jésus, en ta personne et ton ministère, s'achève tout ce dont ont témoigné de bon et de beau les grands hommes d'Israël qui t'ont précédé, et, depuis ton retour au Père en ta résurrection des morts, de nombreux croyants, qui furent ensuite tes disciples, ont été reconnus comme autant de reflets significatifs de tel ou tel aspect de ta personne, de ton visage et de ton témoignage, et ont été proclames "saints" par nos eglises : donne-moi de vivre vraiment selon cet appel que Dieu, par toi, me renouvelle sans cesse, et selon cette force que ton Esprit Saint m'accorde, de reproduire en vérité ton image, pour que mon existence devienne de plus en plus un relais visible de ta présence, qui invite mes frères et sœurs à te suivre dans l'accueil de ta parole, et l'imitation de tes gestes de bonté, de service, et de miséricorde. AMEN.
14.12.2002.*