22 En elle est, en effet, un esprit intelligent, saint, unique, multiple, subtil, mobile, pénétrant, sans souillure, clair, impassible, ami du bien, prompt,
23 irrésistible, bienfaisant, ami des hommes, ferme, sûr, sans souci, qui peut tout, surveille tout, pénètre à travers tous les esprits, les intelligents, les purs, les plus subtils.
24 Car plus que tout mouvement la Sagesse est mobile; elle traverse et pénètre tout à cause de sa pureté.
25 Elle est en effet un effluve de la puissance de Dieu, une émanation toute pure de la gloire du Tout-Puissant; aussi rien de souillé ne s'introduit en elle.
26 Car elle est un reflet de la lumière éternelle, un miroir sans tache de l'activité de Dieu, une image de sa bonté.
27 Bien qu'étant seule, elle peut tout, demeurant en elle-même, elle renouvelle l'univers et, d'âge en âge passant en des âmes saintes, elle en fait des amis de Dieu et des prophètes;
28 car Dieu n'aime que celui qui habite avec la Sagesse.
29 Elle est, en effet, plus belle que le soleil, elle surpasse toutes les constellations, comparée à la lumière, elle l'emporte;
30 car celle-ci fait place à la nuit, mais contre la Sagesse le mal ne prévaut pas.
1 Elle s'étend avec force d'un bout du monde à l'autre et elle gouverne l'univers pour son bien.
DU LIVRE DE LA SAGESSE
Commentaire
1. Situation
Le Livre de la Sagesse, écrit en grec, par un auteur qui se prétend être le roi Salomon lui- même, fut en fait composé dans le dernier demi-siècle avant l'ère chrétienne. C'est donc pour nous le livre le plus récent de l'Ancien Testament de notre Bible. Il faut signaler que ce Livre ne fait pas partie de la Bible Juive ni de la Bible de nos frères chrétiens issus de la Réforme du 16ème siècle.
Ce Livre a été très probablement composé à Alexandrie, en Egypte, ville qui était alors le grand centre intellectuel et scientifique du Monde Méditerranéen, et l'un des plus grands centres des Juifs de la "Diaspora" (Dispersion).
De l'auteur , nous pouvons tout au plus remarquer que c'était un Juif cultivé de langue grecque, probablement un intellectuel et un eneignant, donc très au fait de la culture,de la Rhétorique et de la Philosophie grecques.
Il a écrit ce traité pour affermir la foi de ses frères Juifs d'Alexandrie, immergés dans le monde héllenistique. Il essaye de répondre à deux questions fondamentales d'actualité pour les croyants Juifs de son époque : Comment se situer en croyant Juif face à l'atmosphère intellectuelle du moment, marquée par la rencontre de nombreuses idées philosophiques et religieuses si différentes ? Comment se fait-il que des hommes athées, voire même méchants, soient apparemment prospères et heureux alors que tant de justes souffrent ?
Ce Livre de la Sagesse se compose de 2 grandes parties :
- la première fait l'éloge de la Sagesse (1, 1 - 11,1), vue d'abord comme source d'immortalité (1, 1 - 6, 21), avant d'être abordée dans sa nature, qui justifie la recherche qu'a pu en faire Salomon (6, 22 - 11, 1), - la seconde rappelle quelle fut la fidélité de Dieu pour son peuple tout au long de l'Exode vécue au temps de Moïse (11, 2 - 19, 22).
Notre page se trouve pratiquement proche du début de la seconde section (6, 22 - 11, 1) de l'éloge de la Sagesse (1, 1 - 11, 1), section qui traite de la nature de la Sagesse et d'un rappel de la recherche de cette Sagesse, telle que l'avait vécue le roi Salomon, sous le nom duquel se cache notre auteur anonyme.
Elle nous propose aujourd'hui une magnifique description de la Sagesse, de son activité, en lien avec le mystère du Dieu Vivant, qui seul en est la source inépuisable.
2. Message
Belle description de la Sagesse, présentée ici presque en forme d'hymne (à comparer avec Siracide, 24, 1 - 22), comme une réalité d'une richesse et d'un dynamisme pour ainsi dire infinis, qui est capable de tout pénétrer, de tout traverser, de tout embrasser dans son approche, en raison de sa "pureté" (perfection sans mélange).
Si la Sagesse est d'une telle qualité, c'est qu'elle est, en tous ses aspects, une émanation de Dieu : effluve de sa puissance, émanation de sa gloire, reflet de sa lumière, miroir de son activité, image de sa bonté. Ainsi définie, elle apparaît comme inséparable de la source divine qui la suscite, indissociablement liée à Dieu.
Action puissante de Dieu, tout en demeurant elle-même, elle renouvele et gouverne le cosmos et façonne les hommes que Dieu appelle, les accompagnant pour qu'ils habitent avec elle et soient aimés de Dieu.
Elle est douée d'une luminosité incomparable et permanente ainsi que d'une extension universelle.
3. Decouvertes
Les versets 22 - 24 foisonnent de termes de la philosophie grecque (de Platon et des Stoïciens) que l'auteur ne peut qu'avoir consciemment empruntés. Il attribue ainsi à la Sagesse ce que ces philosophies attribuent à ce qu'elles appellent "l'âme du monde", et cela pour souligner la richesse infinie de la Sagesse. Notons toutefois que l'auteur de notre Livre maintient fermement le strict monothéisme Juif : la Sagesse demeure pour lui comme un attribut, une manifestation du Dieu unique.
Les attributs de la Sagesse sont ici énumérés selon les chiffres de la perfection par excellence : ils sont au nombre de 21, soit trois fois 7, on ne peut donc suggérer mieux. Ce genre d'énumération et de "mystique" des chiffres était à cette époque "héllénistique" très en vigueur tant chez les Juifs que chez les Grecs.
Remarquons l'importance de tous ces attributs donnés à la Sagesse, pour souligner, d'une part, que rien ne lui échappe (prompte, subtile, multiple, pure, sans mélange, pénétrante), et, d'autre part, qu'elle est de source divine (effluve, reflet, émanation, miroir, image).
4. Prolongement
Au verset 26, c'est le mot "reflet", et non le mot "rayonnement" qui est employé : dans l'Ancien Testament, Dieu n'est jamais dit "être" la Lumière, il y est seulement affirmé que la Lumière l'accompagne (Exode, 24, 17; Ezéchiel, 1, 27; Habakuk, 3, 7; Psaumes 50, 3 et 104, 1 - 2; Isaïe, 60 , 19 - 20).
En revanche, dans le Nouveau Testament, "Dieu est Lumière" (1 Jean, 1, 5), "Père des lumières" (Jacques, 1, 17), il habite la Lumière inaccessible" (1 Timothée, 6, 16), le "Verbe est la Lumière" (Jean, 1, 5 - 9; 3, 19; 12, 35 - 36. 46), Jésus donne la "Lumière de la vie" (Jean 8, 12), et se proclame "la Lumière du monde" (Jean, 8, 12 et 9, 5).
Les versets 25 - 26 ont été repris, d'une certaine façon, et employés par les auteurs du Nouveau Testament, pour décrire l'origine et la gloire du Verbe de Dieu (Hébreux, 1, 3; Colossiens, 1, 15; Jean, 1, 9. 14).
En Jésus le Christ se sont manifestées à la fois, et en plénitude, la Parole (le Verbe), la Lumière, et la Sagesse de Dieu, trois notions de fait inséparables dans notre présentation du mystère du Christ, Christ qui sera finalement appelé "Dieu" (Romains, 9, 5; Jean, 1,1. 18; Jean, 20, 28; 1 Jean, 5, 20).
Dans cette perspective, le qualificatif de "Sagesse de Dieu" s'applique parfaitement au Christ Jésus, ce qui permet une très riche relecture, appliquée au Christ, de notre texte du Livre de la Sagesse, :
22 Alors que les Juifs demandent des signes et que les Grecs sont en quête de sagesse
23 nous proclamons, nous, un Christ crucifié, scandale pour les Juifs et folie pour les païens,
24 mais pour ceux qui sont appelés, Juifs et Grecs, c'est le Christ, puissance de Dieu et sagesse de Dieu.
25 Car ce qui est folie de Dieu est plus sage que les hommes, et ce qui est faiblesse de Dieu est plus fort que les hommes.
Prière
*Seigneur Jésus, tu es la Sagesse de Dieu venue vivre notre expérience humaine de croyants de façon exemplaire, et nous révéler, en même temps, la plénitude de cette Sagesse de Dieu, inséparable de sa dimension de "Lumière" au delà de toute Lumière, et de Parole unique, efficace et créatrice de Celui dont il est écrit dans la bible : "il parle, et ce qu'il dit est fait" : que ton Esprit Saint m'aide à découvrir et contempler ton mystère, qui est à la fois manifestation suprême et irremplaçable de Dieu en notre humanité, comme langage et engagement humain, et découverte sans fin du mystère inaccessible et toujours plus grand de Dieu, dont tu partages totalement l'existence et la dignité, dans ta participation plénière à la relation insondable et ineffable du Père, du Fils et de l'Esprit Saint. AMEN.
13.11.2003.*