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Livre de · 52 chapitres

Jérémie

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Jérémie 17, 5-10
AELF · Bible liturgique

5 Ainsi parle Yahvé Maudit l'homme qui se confie en l'homme, qui fait de la chair son appui et dont le cœur s'écarte de Yahvé!
6 Il est comme un chardon dans la steppe il ne ressent rien quand arrive le bonheur, il se fixe aux lieux brûlés du désert, terre salée où nul n'habite.
7 Béni l'homme qui se confie en Yahvé et dont Yahvé est la foi.
8 Il ressemble à un arbre planté au bord des eaux, qui tend ses racines vers le courant il ne redoute rien quand arrive la chaleur, son feuillage reste vert; dans une année de sécheresse il est sans inquiétude et ne cesse pas de porter du fruit.
9 Le cœur est rusé plus que tout, et pervers, qui peut le pénétrer?
10 Moi, Yahvé, je scrute le cœur, je sonde les reins, pour rendre à chacun d'après sa conduite, selon le fruit de ses œuvres.

Jérémie 17, 5-10
Commentaire

DU LIVRE DE JEREMIE

Commentaire

1. Situation

Jérémie a vécu à l'une des périodes les plus troublées du Proche Orient. Il fut témoin de la chute d'un grand empire et de l'apparition d'un autre. Au milieu de cette tourmente, le royaume de Juda, aux mains de rois incapables, court à sa ruine pour n'avoir pas tenu compte de ces forces extérieures insurmontables de l'histoire, et y avoir résisté.

Le ministère de Jérémie a duré 40 ans environ, de 627 à 587, et s'adressait à Juda, ainsi qu'aux nations environnantes, pendant cette époque de convulsions politiques. Jérémie est intervenu très souvent. Il fallait, en effet, discerner la volonté de Dieu et chercher sa lumière dans des situations dramatiques.

Parmi tous les prophètes de son temps (Sophonie, Habakkuk, Nahum et Ezéchiel), il fut le seul à percevoir à quel point Dieu aimait son peuple, ainsi que les devoirs du peuple vis-à-vis de Dieu, dans le respect des termes de l'Alliance. Il eut un sens très aigu des différentes déviations qui existaient alors dans la manière du peuple de vivre sa foi en Yahvé.

Son message développait 2 aspects fondamentaux : quelle est la véritable manière de vivre selon Yahvé-Dieu ? Les aberrations des dirigeants de Juda ne pouvaient, selon lui, que le conduire à la catastrophe, pour n'avoir pas suivi le Seigneur dans un discernement des appels des signes des temps.

Son Livre commence par des oracles contre Juda et Jérusalem (1, 4 - 25, 13), et c'est dans cette première partie que nous trouvons le récit de la vocation du prophète, ainsi que ses doutes et états d'âme concernant sa mission, car ces oracles couvrent toute la période de l'histoire dont il fut le contemporain. Une 2ème partie de son Livre traite de la restauration d'Israêl (26,1 - 35, 19). Une 3ème partie nous raconte les persécutions prolongées qu'a subies le prophète vers la fin de sa mission et de sa vie, ainsi que son martyre (36, 1 - 45, 5). Son Livre se termine par une série d'oracles contre les nations (46,1 - 51, 64).


Notre page se trouve dans la 1ère série d'oracles contenus dans le Livre du Prophète, parmi lesquels elle nous donne quelques paroles de sagesse de Jérémie, rassemblées en un ensemble qui va de 16, 14 à 17, 18.

2. Message

Ce message se développe en 2 parties. Au nom du Seigneur, Jérémie nous contraste d'abord deux types d'existence, celle de celui qui s'écarte de Dieu, celle de celui qui place sa confiance dans le Seigneur.

Contraste entre deux démarches radicalement opposées : l'une, de l'homme tourné vers soi-même, l'autre, de l'homme, entièrement tourné vers Dieu.

Dans le premier cas, on ne rencontre que sa faiblesse, l'incapacité de produire le moindre fruit dans la ligne du dessein de Dieu. Dans le second, c'est la réussite selon le plan de Dieu, et comparable à une récolte de fruits abondante par delà toutes les adversités, parce que l'on s'est branché sur la source de vie, dont l'eau est ici l'image. D'un côté, n'être qu'un buisson desséché, de l'autre, un arbre verdoyant, qui porte du fruit chaque année, quoi qu'il arrive.

Nous retrouvons ici le choix fondamental posé à tout homme, dès le chapitre 3 du Livre de la Genèse, dans l'épisode du péché d'Adam et d'Eve : ou bien, nous vivons uniquement à partir de nous-mêmes, nous plaçant dans une situation d'autonomie totale face à Dieu, et tel est bien le péché, comme attitude profonde; ou bien, nous nous abandonnons, acceptant de dépendre et de recevoir, de Dieu, nous remettant avec confiance à la Parole de Dieu, qui nous propose son salut et nous en trace le chemin.

Ensuite, la seconde partie de cette page nous rappelle la complexité de notre coeur humain. Dans la mesure où nous sommes incapables de nous juger nous-mêmes, nous devons compter sur Dieu, qui, seul, peut lire et apprécier, à sa juste valeur, le secret de notre coeur, et faire la vérité en nous, car Lui seul est la Lumière capable de discerner en nous l'authenticité de nos paroles et de nos actes.

3. Decouvertes

L'appartenance à Jérémie de ces quelques phrases de sagesse est contestée par un certain nombre de spécialistes.

Les versets 5 - 8 nous brossent deux tableaux construits de façon symétrique, en dépit de leur message entièrement contrasté.

La comparaison entre l'homme juste et l'arbre vert est assez fréquente dans la Bible (Psaume 52, 10; Proverbes, 3, 18 et 11, 3; Siracide, 24, 13). Il en va de même pour l'opposition entre les réponses que les uns et les autres apportent à la question : "A qui faisons-nous confiance pour le sens profond de notre existence "? "A nous-mêmes, ou à quelqu'un d'autre, dont nous acceptons de dépendre pour la direction de notre vie dans ce qu'elle a de plus personnel" ?

Néanmoins, on l'aura remarqué, c'est le Psaume 1 qui exprime quasi exactement le même message que les versets 5 - 8 de notre texte, et avec les mêmes images. Et cela, pour nous conduire à la conclusion qui est le fondement ultime de toute approche religieuse : "Dieu seul est notre refuge".

Les versets 9 - 10, seconde partie du message de notre page, dévoilent la source de tout ce qui meut l'homme, et de tout ce qu'il exprime en s'engageant : le coeur de l'homme. L'affirmation que Dieu pénètre les coeurs et sonde les reins est bien typique de Jérémie, qui a toujours défendu la priorité de l'intériorité, à l'origine et à la source de la véritable expression religieuse.

4. Prolongement

Jésus a utilisé de tels contrastes entre deux attitudes opposées, soit dans les béatitudes du chapitre 6 de Luc, soit dans sa condamnation des Pharisiens au chapitre 23 de Matthieu. Dans ces textes, il utilise cependant un vocabulaire de déclaration de bonheur ou de malheur, plutôt que des formules de malédiction ou de bénédiction, en conlusion d'un jugement prononcé : "Bienheureux, vous qui ...Malheureux êtes vous , qui...".

Utilisant l'image de l'arbre, Jésus précise qu'on reconnaît l'arbre à ses fruits : le bon arbre produit de bons fruits, le mauvais arbre, de mauvais fruits, signifiant que les vrais prophètes, ou ceux qui le suivent en qualité de disciples, avec sincérité et vérité, sont comparables au bon arbre (Matthieu,7, 15 - 19).

Tout comme Jérémie, dans sa controverse avec les Scribes et les Pharisiens sur la pureté rituelle, et dans les ecplications qu'il donne ensuite à la foule et à ses disciples, Jésus insiste sur l'importance première de la dimension intérieure de la vie spirituelle, comme de toute expression religieuse, sincère et authentique :

14 Et ayant appelé de nouveau la foule près de lui, il leur disait : " Écoutez-moi tous et comprenez !

15 Il n'est rien d'extérieur à l'homme qui, pénétrant en lui, puisse le souiller, mais ce qui sort de l'homme, voilà ce qui souille l'homme.

16 Si quelqu'un a des oreilles pour entendre, qu'il entende! "

17 Quand il fut entré dans la maison, à l'écart de la foule, ses disciples l'interrogeaient sur la parabole.

18 Et il leur dit : " Vous aussi, vous êtes à ce point sans intelligence ? Ne comprenez-vous pas que rien de ce qui pénètre du dehors dans l'homme ne peut le souiller,

19 parce que cela ne pénètre pas dans le cœur, mais dans le ventre, puis s'en va aux lieux d'aisance " ainsi il déclarait purs tous les aliments .

20 Il disait : " Ce qui sort de l'homme, voilà ce qui souille l'homme.

21 Car c'est du dedans, du cœur des hommes, que sortent les desseins pervers : débauches, vols, meurtres,

22 adultères, cupidités, méchancetés, ruse, impudicité, envie, diffamation, orgueil, déraison.

23 Toutes ces mauvaises choses sortent du dedans et souillent l'homme. " .

Une "perle" à méditer sur la relation de nous-mêmes et de Dieu, avec notre propre coeur :

19 A cela nous saurons que nous sommes de la vérité, et devant lui nous apaiserons notre cœur

20 si notre cœur venait à nous condamner, car Dieu est plus grand que notre cœur et il connaît tout.

21 Bien-aimés, si notre cœur ne nous condamne pas, nous avons pleine assurance devant Dieu :

22 quoi que nous lui demandions nous le recevons de lui, parce que nous gardons ses commandements et que nous faisons ce qui lui est agréable.

Prière

*Seigneur Jésus, tu nous montres par ta Parole, les enjeux de notre foi : tu attends de nous que nous te suivions dans la confiance totale, et que nous mettions en pratique ton enseignement, de façon à ce que notre existence porte des fruits dans le cadre du grand dessein de salut de Dieu, fruits de vie éternelle, fruits de l'Esprit Saint qui nous permet de vivre "avec toi", dans la reprise de ton attitude d'obéissance au Père, avec un amour croissant de nos soeurs et de nos frères : fais que je ne m'éloigne jamais de la source d'eau vive de ta présence, de ta Parole, et donne-moi un coeur plein de fraicheur et de jeunesse qui, ne se jugeant jamais, s'en remet complètement à toi, sûr d'être accueilli avec la miséricorde de Celui qui me connaît mieux que moi-même, et me transforme en son image. AMEN.

20.03.2003.*