18 Yahvé me l'a fait savoir et je l'ai su; tu m'as alors montré leurs agissements.
19 Et moi, comme un agneau confiant qu'on mène à l'abattoir, j'ignorais qu'ils tramaient contre moi des machinations "Détruisons l'arbre dans sa vigueur, arrachons-le de la terre des vivants, qu'on ne se souvienne plus de son nom!"
20 Yahvé Sabaot, qui juges avec justice, qui scrutes les reins et les cœurs, je verrai ta vengeance contre eux, car c'est à toi que j'ai exposé ma cause.
Jérémie
DU LIVRE DE JEREMIE
Commentaire
1. Situation
Jérémie a vécu à l'une des périodes les plus troublées du Proche Orient. Il fut témoin de la chute d'un grand empire et de l'apparition d'un autre. Au milieu de cette tourmente, le royaume de Juda, aux mains de rois incapables, court à sa ruine pour n'avoir pas tenu compte de ces forces extérieures insurmontables de l'histoire, et y avoir résisté.
Le ministère de Jérémie a duré 40 ans environ, de 627 à 587, et s'adressait à Juda, ainsi qu'aux nations environnantes, pendant cette époque de convulsions politiques. Jérémie est intervenu très souvent. Il fallait, en effet, discerner la volonté de Dieu et chercher sa lumière dans des situations dramatiques.
Parmi tous les prophètes de son temps (Sophonie, Habakkuk, Nahum et Ezéchiel), il fut le seul à percevoir à quel point Dieu aimait son peuple, ainsi que les devoirs du peuple vis-à-vis de Dieu, dans le respect des termes de l'Alliance. Il eut un sens très aigu des différentes déviations qui existaient alors dans la manière du peuple de vivre sa foi en Yahvé.
Son message développait 2 aspects fondamentaux : quelle est la véritable manière de vivre selon Yahvé-Dieu ? Les aberrations des dirigeants de Juda ne pouvaient, selon lui, que le conduire à la catastrophe, pour n'avoir pas suivi le Seigneur dans un discernement des appels des signes des temps.
Son Livre commence par des oracles contre Juda et Jérusalem (1, 4 - 25, 13), et c'est dans cette première partie que nous trouvons le récit de la vocation du prophète, ainsi que ses doutes et états d'âme concernant sa mission, car ces oracles couvrent toute la période de l'histoire dont il fut le contemporain. Une 2ème partie de son Livre traite de la restauration d'Israêl (26,1 - 35, 19). Une 3ème partie nous raconte les persécutions prolongées qu'a subies le prophète vers la fin de sa mission et de sa vie, ainsi que son martyre (36, 1 - 45, 5). Son Livre se termine par une série d'oracles contre les nations (46,1 - 51, 64).
Cette page est extraite des oracles contre Juda et Jérusalem, qui forment la 1ère partie du Livre de Jérémie (1, 4 - 25, 13). Après le récit de sa vocation, et ses premiers oracles prononcés au temps du roi Josias, nous rejoignons Jérémie au cours de son ministère à l'époque du roi Jehoiakim, dans un ensemble où il parle de l'Alliance rompue (11, 1 - 13, 27), et nous rapporte un complot ourdi contre lui (11, 18 - 12, 5).
2. Message
Un complot monté contre la vie de Jérémie, à l'instigation de sa famille proche et de ses connaissances, est révélé au prophète par le Seigneur.
Cette découverte représente un choc terrible pour le prophète, et qui le fait réfléchir sur le sens de sa mission et de l''existence humaine. Le fait est qu'il ne s'était rendu compte de rien, et marchait dans la confiance, alors qu'on voulait le supprimer radicalement. D'où sa demande au Seigneur d'exercer des représailles contre ses adversaires pour lui rendre justice, et donc le venger.
3. Decouvertes
Cette "lamentation" de Jérémie fait partie de la première de ce qu'on appelle ses "confessions", où il vide, en quelque sorte, son coeur devant le Seigneur, allant jusqu'à remettre en cause son appel et sa mission (11, 18 - 12, 4). Les autres "confessions" de Jérémie se lisent en 15, 1 - 21; 17, 14 - 18; 18, 18 - 23; 20, 7 - 13.
Jérémie se présente d'abord sous l'image de l'agneau innocent et docile qu'on emmène à l'abattoir : telle est sa situation face à ce complot contre lui. Apprenant qu' on veut le traiter comme un arbre que l'on déracine, seconde image forte, il crie vers Dieu, demandant justice à Celui qui, seul, peut sonder et connaître ce que les hommes ont dans leur coeur.
Un peu plus loin, dans la suite du texte, il posera au Seigneur la question de fond : "comment se fait-il que les méchants soient prospères ?" Grave problème de la rétribution qui traverse toute la Bible.
4. Prolongement
L'image de l'agneau conduit à l'abattoir sera reprise par le 2ème Prophète Isaïe, dans son grand poème du Serviteur souffrant (Isaïe, 52, 13 - 53, 12). Elle sera apppliquée à Jésus dans la grande vision inaugurale de l'Apocalypse, qui se déploie ensuite tout au long du Livre (Apocalypse, 5, 6), et dans laquelle il est présenté comme un agneau "debout" (ressuscité), comme "immolé" (marqué par les signes de sa mort).
Toujours selon l'Evangilede Jean, Jésus avait déjà été désigné par Jean Baptiste comme "l'agneau de Dieu qui enlève le péché du monde" (Jean, 1, 29 et 35), et Jésus meurt sur sa croix à l'heure de l'immolation au Temple des agneaux pour célébrer la Pâque Juive (Jean, 19, 31).
Il n'en reste pas moins que Jésus, qui meurt ainsi, tel un agneau docile et innocent, qui est fait "péché" pour nous dans sa mort, pour que nous devenions "justice" de Dieu (2 Corinthiens, 5, 21), a pardonné à ses bourreaux (Luc, 23, 34), et nous a demandé d'aimer nos ennemis et de prier pour ceux qui nous persécutent (Matthieu, 5, 44 - 45). Ce que n'a pas fait Jérémie à son époque, son image de Dieu n'ayant pas atteint encore ce que Jésus nous en déclare : la justice de Dieu est désormais achevée en sa miséricorde (voir toute la Lettre de Paul aux Romains).
Prière
*Seigneur Jésus, tu as vécu l'innocence et la docilité mêmes de l'Agneau sans péché, toi qui t'es chargé de nos refus de Dieu, jusqu'à être identifié au péché de l'ensemble de l'humanité, et tu nous as ainsi révélé la gratuité totale de l'amour et du pardon de Dieu : apprends-moi à refuser en moi toute montée de violence ou de rancune, tout désir de vengeance, tout souhait d'avoir raison lors de difficultés relationnelles avec mes frères et soeurs, car toi seul peux me donner le coeur de pauvre qui, dans la foi, me permet de toujours tout accueillir et tout pardonner. AMEN.
16.03.2002.*