1 C'est pour que nous restions libres que le Christ nous a libérés. Donc tenez bon et ne vous remettez pas sous le joug de l'esclavage.
2 C'est moi, Paul, qui vous le dis : si vous vous faites circoncire, le Christ ne vous servira de rien.
3 De nouveau je l'atteste à tout homme qui se fait circoncire : il est tenu à l'observance intégrale de la Loi.
4 Vous avez rompu avec le Christ, vous qui cherchez la justice dans la Loi ; vous êtes déchus de la grâce.
5 Car pour nous, c'est l'Esprit qui nous fait attendre de la foi les biens qu'espère la justice.
6 En effet, dans le Christ Jésus ni circoncision ni incirconcision ne comptent, mais seulement la foi opérant par la charité
Le Christ Fait De Nous Des Hommes Libres
Pour comprendre la première et la dernière phrase du texte d’aujourd’hui : « C’est pour que nous soyons libres que le Christ nous a libérés » … « Si vous vous laissez conduire par l’Esprit, vous n’êtes pas soumis à la Loi », il faut connaître le contexte.
Lorsque Paul écrit cette lettre aux Galates, la communauté chrétienne est en pleine querelle. Je m'explique : certains membres sont d'origine juive, d'autres sont d'anciens païens convertis. Toute la question est de savoir si des païens, des non-juifs peuvent devenir chrétiens : ne devrait-on pas leur imposer d'abord la circoncision et toutes les pratiques juives ?
Ceci par souci de fidélité au plan de Dieu : il a choisi le peuple juif pour être son ambassadeur dans le monde et Jésus lui-même et tous ses apôtres étaient juifs. Donc, il faut peut-être ne baptiser que des Juifs ? On sait que cette querelle a traversé toutes les premières communautés chrétiennes. Elle a été tranchée à ce qui ressembla à un premier Concile vers l'an 50.
Mais, visiblement, lorsque Paul écrit aux Galates, la querelle n'est pas calmée. Paul entreprend donc de répondre : pour lui, lorsque des païens veulent recevoir le Baptême, leur imposer au préalable d'adhérer au judaïsme, ce serait faire d'eux les esclaves d'une loi désormais dépassée. La loi juive fut une pédagogie de Dieu pour préparer son peuple à accueillir le Messie. Depuis la venue du Christ, on est entrés dans une deuxième étape de l'histoire humaine : tout homme, juif ou non juif, peut être baptisé et devenir membre du Corps du Christ.
Ce premier développement de la réponse de Paul, nous ne l'avons pas lu aujourd'hui : ce que nous avons lu, c'est la deuxième partie du développement de Paul. Il y aborde un deuxième aspect de la question. Il y rappelle que la liberté apportée par le Christ, ce n'est pas seulement une affaire de pratiques rituelles, c'est plus encore une affaire de comportement. Un homme libre peut parfaitement se conduire comme un esclave : esclave de soi-même et de son égoïsme par exemple.
Si nous avions un papier et un crayon, nous pourrions, comme souvent chez Paul, écrire son texte en deux colonnes : d’un côté, la colonne de la liberté, de l’autre côté, la colonne de l’esclavage ; du côté « esclavage », on écrirait « satisfaire votre égoïsme » ... Du côté « liberté », il y a « mettez-vous par amour au service les uns des autres » ...
La Véritable Liberté N’Est Peut-Être Pas Ce Que L’On Croit
On est un peu surpris quand même que l’égoïsme soit du côté de l’esclavage et que le service des autres soit du côté de la liberté ...! Parfois, nous sommes tentés de penser l’inverse ; quand quelqu’un nous demande un service, il nous arrive de nous dire qu’il nous prend pour son esclave... et, à l’inverse, nous avons bien l’impression d’être enfin libres quand nous pouvons ne penser qu’à nous ! Mais si j’en crois Paul, la vraie liberté n’est pas ce qu’on croit ! Car le service, pour Paul, héritier de l’Ancien Testament, est un choix d’homme libre, un choix résolu comme le choix du Serviteur d’Isaïe, comme celui du Christ. Les quatre évangélistes ont noté l’insistance de Jésus sur ce point : « Le Père m’aime parce que je donne ma vie... Personne ne me l’enlève, mais je la donne de moi-même » (Jn 10,17-18) … « Le Fils de l’homme est venu non pour être servi mais pour servir... (Mc 10,45).
Saint Paul sait bien que ce n’est pas si simple puisqu’il parle de notre liberté tantôt comme d’une réalité, « le Christ nous a libérés... (donc c’est fait, c’est acquis) ... tantôt comme d’un idéal, une vocation, un appel : POUR que nous soyons vraiment libres... » (ce n’est donc pas complètement réalisé) ... ou bien encore « vous avez été appelés à la liberté... » Et il ajoute « ne reprenez pas les chaînes de votre ancien esclavage ».
Paul n’hésite pas à utiliser des images fortes pour fustiger l’égoïsme : « Si vous vous mordez et vous dévorez les uns les autres, vous allez vous détruire les uns les autres ». Pourquoi ? Parce que nous sommes faits pour aimer et que nous ne nous construisons nous-mêmes que dans l’amour. Paul nous représente nos vies concrètes comme un lieu d’affrontement permanent entre deux manières de vivre ; il nous dit : « Ne vous mettez pas de nouveau sous le joug de l’esclavage ». Ce « Tenez bon ! » est valable pour toute notre vie : il n’y a pas parmi nous ceux qui, une fois pour toutes, sont passés du côté de la liberté et ceux qui se conduisent encore comme des esclaves ; chacun de nous doit sans cesse refaire ce passage ; un passage qui n’est jamais acquis une fois pour toutes ; avant que l’esprit de service soit devenu pour nous comme une seconde nature, il faut bien de longues années d’apprentissage ! Comprenons bien les expressions de Paul : la vie égoïste, c’est ce que Paul appelle « vivre selon la chair » (selon notre pente naturelle, si vous préférez) et la vie de service, c’est ce qu’il appelle « vivre selon l’esprit » (sous-entendu l’Esprit de Dieu, l’Esprit d’amour). Et cela, depuis la résurrection du Christ et la Pentecôte, nous en sommes devenus capables.