1 Paroles de Qohélet, fils de David, roi à Jérusalem.
2 Vanité des vanités, dit Qohélet; vanité des vanités, tout est vanité.
3 Quel profit trouve l'homme à toute la peine qu'il prend sous le soleil ?
4 Un âge va, un âge vient, mais la terre tient toujours.
5 Le soleil se lève, le soleil se couche, il se hâte vers son lieu et c'est là qu'il se lève.
6 Le vent part au midi, tourne au nord, il tourne, tourne et va, et sur son parcours retourne le vent.
7 Tous les fleuves coulent vers la mer et la mer n'est pas remplie. Vers l'endroit où coulent les fleuves, c'est par là qu'ils continueront de couler.
8 Toute parole est lassante! Personne ne peut dire que l'œil n'est pas rassasié de voir, et l'oreille saturée par ce qu'elle a entendu.
9 Ce qui fut, cela sera, ce qui s'est fait se refera, et il n'y a rien de nouveau sous le soleil!
10 Qu'il y ait quelque chose dont on dise : " Tiens, voilà du nouveau! ", cela fut dans les siècles qui nous ont précédés.
11 Il n'y a pas de souvenir d'autrefois, et même pour ceux des temps futurs : il n'y aura d'eux aucun souvenir auprès de ceux qui les suivront.
DU LIVRE DE QOHELET
Commentaire
1. Situation
Ce Livre, en forme de monologue, où s'exprime un personnage appelé le Qohélet (c'est-à-dire l'Enseignant ou le Rassembleur), et qui se présente comme ayant été roi d'Israël, semble avoir été écrit entre le 5ème et le 2ème siècle avant Jésus Christ. Il s'agit donc d'une composition tardive de l'Ancien Testament.
Son message, appremment plein de contradictions, contient cependant un fil conducteur. Qohélet présente le monde comme une réalité inchangeable, et peuplé d'hommes et de femmes qui sont totalement incapables de le comprendre et de le changer.
D'où la question de base : comment vivre pour tirer parti d'un tel monde ? La réponse de Qohélet est simple : se contenter de bien profiter du positif qui nous est donné, sans chercher davantage.
De façon difficile à comprendre, l'auteur, à travers ce message "négatif", rend cependant hommage à Dieu, tout en intégrant un regard critique sur les limites et les contradictions de toute réflexion de sagesse, y compris la sienne.
2. Message
A quoi bon vivre ? Quel profit l'homme peut-il tirer de ce qu'il entreprend ? Absolument aucun.
Il n'y a, et il n'y aura jamais rien de neuf sous le soleil. Les hommes et les femmes ne se trouvent en ce monde que pour y "passer" sans laisser de traces, et sans avoir jamais pu vraiment comprendre, ou dire, ou voir, ou entendre, la réalité qui les entoure.
3. Decouvertes
Le mot "vanité" revient souvent dans ce Livre, et pas seulement dans cette page initiale. Il suggère le caractère transitoire, inutile et trompeur de bien des réalités.
"Vanité des vanités", cette expression se retrouve à la fin du Livre, en 12, 8. A noter que le chiffre correspondant au total des lettres de cette expression (suivant leur place dans l'alphabet hébraïque) est de 216, et qu'il y a exactement 216 versets entre ces 2 expressions, au début et à la fin du Livre (1, 2 et 12, 8).
Cette page nous décrit un monde totalement imperméable à l'effort humain. Les hommes et femmes ne font qu'y passer, tandis que le monde continue sans nouveauté, sans fécondité, sans accomplissement.
Sauf pour le soleil, il n'est pas dit que les mouvements de cet univers suivent des "cycles". Tout progrès humain, que ce soit pour le comprendre ou pour agir sur lui, demeure impossible.
4. Prolongement
On peut être tenté de lire ce poème comme la description d'un univers bouché et sans espérance, ou encore comme l'aveu que rien en ce monde ne peut satisfaire la quête de bonheur et de vérité qui habite l'esprit humain.
Cependant, tout l'Ancien Testament, avec la mission que Dieu donne à l'homme d'être son "lieutenant" pour gouverner le monde, l'appel et la promesse à Abraham et sa descendance à vivre leur histoire "avec Dieu", ainsi que le Nouveau Testament, qui nous révèle l'accomplissement en Jésus Christ de la création et du salut, comme création nouvelle qui nous transforme en fils et filles de Dieu et images du Christ, apportent une réponse à cette question, à première vue insoluble, du "sens".
Prière
*Seigneur Jésus, tu es venu accomplir le destin de tous les hommes, que Dieu a créés à son image en leur demandant de construire et de faire fructifier le monde qu'il leur avait confié, en nous proposant d'aller plus loin encore, en suite logique avec l'appel de Dieu a Abraham, et de considérer ce monde comme le "lieu"où nous situer, en toutes nos démarches, comme fils et filles d'un même Père, en même temps que frères et sœurs les uns des autres, en reproduisant ton image : renouvelle en moi cette conviction que la bonne nouvelle de ta parole, et de ta manière de vivre en notre humanité, est la seule "clé" du sens de notre vie, de notre histoire, de notre mort, ainsi que de notre relation profonde, en vérité, à Dieu, aux autres et à nous-mêmes. AMEN.
26.09.2002.*