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Livre de · 31 chapitres

1 Samuel

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SAMUEL 26, 2.7 - 9.12 - 13.22 - 23
AELF · Bible liturgique

En ces jours-là,

2   Saül se mit en route,

il descendit vers le désert de Zif

avec trois mille hommes, l'élite d'Israël,

pour y traquer David.

7   David et Abishaï arrivèrent de nuit, près de la troupe.

Or, Saül était couché, endormi, au milieu du camp,

sa lance plantée en terre près de sa tête ;

Abner et ses hommes étaient couchés autour de lui.

8   Alors Abishaï dit à David :

« Aujourd'hui Dieu a livré ton ennemi entre tes mains.

Laisse-moi donc le clouer à terre

avec sa propre lance, d'un seul coup,

et je n'aurai pas à m'y reprendre à deux fois. »

9  Mais David dit à Abishaï :

« Ne le tue pas !

Qui pourrait demeurer impuni

après avoir porté la main

sur celui qui a reçu l'onction du SEIGNEUR ? »

12 David prit la lance et la gourde d'eau

qui étaient près de la tête de Saül, et ils s'en allèrent.

Personne ne vit rien,

personne ne le sut,

personne ne s'éveilla :

ils dormaient tous,

car le SEIGNEUR avait fait tomber sur eux un sommeil mystérieux.

13 David passa sur l'autre versant      de la montagne

et s'arrêta sur le sommet, au loin, à bonne distance.

22 Il appela Saül et lui cria :

« Voici la lance du roi.

Qu'un jeune garçon traverse et vienne la prendre !

23 Le SEIGNEUR rendra à chacun selon sa justice et sa fidélité.

Aujourd'hui, le SEIGNEUR t'avait livré entre mes mains,

mais je n'ai pas voulu porter la main sur le messie du SEIGNEUR. »

SAMUEL 26, 2.7 - 9.12 - 13.22 - 23
Commentaire

Saul, Premier Messie D’Israël

Pour commencer, il faut se rappeler le contexte : Saül fut le premier roi du peuple d’Israël, vers 1040 av. J.C. Il était beau, il était dans la fleur de l’âge ; les textes disent que « Aucun fils d’Israël n’était plus beau que lui, et il dépassait tout le monde de plus d’une tête » (1 S 9,2) ; il était fermier, originaire d’une famille simple, dans la petite tribu de Benjamin. C’est Dieu qui l’avait choisi et qui avait chargé le prophète Samuel de le consacrer comme roi ; vous vous souvenez que Samuel avait renâclé parce qu’il se méfiait de la monarchie en général ; mais il avait bien fallu obéir à Dieu et Saül est donc devenu roi d’Israël ; en rigueur de termes, consacré par l’onction d’huile, il portait le titre de « messie ». Enfin, le peuple était comme tous les autres, il avait un roi.

Mais après un bon début, Saül donna malheureusement raison aux pires craintes de Samuel : son bon plaisir et l’amour du pouvoir et de la guerre l’emportèrent sur la fidélité à l’Alliance. Ce fut si grave que, sans attendre la fin du règne de Saül, Samuel, sur l’ordre de Dieu, envisagea la succession ; il choisit déjà le futur roi : ce fut David, le petit berger de Bethléem, le huitième fils de Jessé ; écuyer du roi Saül, il fut formé à la cour ; il devint peu à peu un remarquable chef de guerre dont les succès se racontaient partout. Un jour, par malheur, Saül a entendu la chanson qui courait dans les chaumières : « Saül a tué ses milliers, et David ses dizaines de milliers. » (1 S 18,7). Et donc, ce qui devait arriver arriva : Saül, d’abord enthousiaste  conçut bientôt d’affreux soupçons et une jalousie féroce pour ce petit prétentieux qui ne pensait certainement qu’à le détrôner.

Une jalousie telle qu’il en devint fou. David dut s’enfuir à plusieurs reprises pour lui échapper ; mais contrairement aux soupçons de Saül, les récits notent à loisir que jamais David ne manqua de loyauté à son roi : le choix que Dieu avait fait de Saül, en son temps, était trop précieux à ses yeux.

Dans l’épisode qui nous est raconté aujourd’hui, c’est Saül qui a pris l’initiative : les trois mille hommes dont on nous parle ont été réunis par le roi dans le seul but d’assouvir sa haine contre David : « Saül se mit en route, il descendit vers le désert de Zif avec trois mille hommes, l’élite d’Israël, pour y traquer David. » Les intentions de Saül sont très claires : il mène personnellement les opérations de nettoyage, il liquidera David dès qu’il le pourra.

David, Le Magnanime

Mais le hasard renverse la situation au profit de David : pendant la nuit, il s’introduit dans le camp de Saül et trouve tout le monde endormi ; l’occasion est trop belle, il faut le reconnaître ; sûrement, Dieu est avec lui ; et Abishaï, son garde du corps fait du zèle : il est tout prêt à en finir avec Saül.

Tout le monde comprendrait, d’ailleurs, que David se soit laissé aller à une vengeance que le hasard lui offrait si facilement. En tout cas, il est clair que cela se passe à une époque où les mœurs ne sont pas tendres ! Puisqu’on croit facilement que c’est Dieu lui-même qui vous donne de superbes occasions de se venger ; le compagnon de David est tout ce qu’il y a de plus sincère quand il lui dit : « Aujourd’hui Dieu a livré ton ennemi entre tes mains. Laisse-moi donc le clouer à terre avec sa propre lance, d’un seul coup, et je n’aurai pas à m’y reprendre à deux fois. » Pour Abishaï, clairement, ce n’est pas le hasard, c’est la Providence qui les a amenés là ! C’est là que David surprend tout le monde, y compris Saül qui n’en croira pas ses yeux quand il aura la preuve que David l’a épargné.

On peut se poser deux questions : premièrement, pour quelle raison David a-t-il épargné celui qui lui voulait du mal... ? Deuxièmement, pourquoi la Bible raconte-t-elle cet épisode ?

Premièrement, pour quelle raison David a-t-il épargné Saül ? La seule raison qu’il invoque, ce n’est pas que nous sommes tous frères, ou qu’il faut aimer nos ennemis, comme Jésus le dira plus tard, et que ce n’est pas beau de se venger ; sa raison c’est le respect du choix de Dieu : « Je n’ai pas voulu porter la main sur le messie du SEIGNEUR. »

Deuxièmement, pourquoi la Bible raconte-t-elle cet épisode ? Il y a certainement plusieurs messages dans ce texte : d’abord, visiblement, l’auteur veut dessiner un certain portrait de David : respectueux des choix de Dieu, magnanime, refusant de se venger, et qui a déjà compris que ce n’est jamais la Providence qui livre les ennemis à notre merci. Ensuite, deuxième message, il n’est pas mauvais de faire savoir que le roi régnant est intouchable ! N’oublions pas que ce récit a été écrit à la cour de Salomon, qui a tout avantage à ce que l’on retienne la leçon !

Enfin, ce texte reflète une étape de l’histoire biblique, un jalon dans la pédagogie de Dieu : avant d’apprendre à aimer tous les hommes, il faut commencer de se trouver quelques bonnes raisons d’en aimer quelques-uns ; David épargne un ennemi pourtant très dangereux pour lui parce que celui-ci a été en son temps l’élu de Dieu ; l’ultime étape, ce sera quand nous aurons compris que chaque homme, partout sur toute la terre, a reçu l’onction du Seigneur.