2 Le Seigneur a englouti sans pitié
tous les pâturages de Jacob.
Dans sa fureur,
il a démoli les forteresses de la ville de Juda,
il les a jetées à terre,
il a profané la royauté avec ses princes.
...
10 Ils sont assis par terre, ils restent silencieux,
les anciens de la ville de Sion ;
ils ont répandu de la poussière sur leur tête,
ils ont revêtu des habits de deuil ;
les jeunes filles de Jérusalem inclinent le front jusqu'à terre.
11 Mes yeux sont ravagés par les larmes,
mes entrailles frémissent,
mon coeur défaille,
à cause du désastre de la ville de mon peuple,
car les enfants et les tout-petits
s'effondrent dans les rues de la cité.
12 Ils demandent à leur mère :
« Où sont le blé et le vin ? »
Ils s'affaissent, comme des blessés, dans les rues de la ville,
ils expirent sur le sein de leur mère.
13 Que pourrais-je te dire ?
A quoi te comparer, Jérusalem ?
Comment te consoler, vierge, fille de Sion ?
Ton désastre est infini comme la mer :
qui donc pourrait te guérir ?
14 Tes prophètes avaient des visions trompeuses et vides ;
au lieu de dévoiler tes fautes,
ce qui aurait évité ta chute,
ils ont trouvé pour toi dans leurs visions
des oracles trompeurs et illusoires.
...
18 Que ton coeur crie vers le Seigneur !
Rempart de la ville de Sion,
laisse couler nuit et jour le torrent de tes larmes ;
sans relâche, que tes yeux ne cessent de pleurer.
19 Lève-toi, pousse des cris à toutes les heures de la nuit ;
répands ton coeur comme de l'eau
en présence du Seigneur ;
lève les mains vers lui, pour sauver tes petits enfants,
qui meurent de faim à tous les carrefours.
(texte de la version liturgique catholique romaine de la Bible)
DU LIVRE DES LAMENTATIONS
Commentaire
1. Situation
Ce petit Livre nous propose toute une série de plaintes suite à un désastre qui a frappé la ville de Jérusalem et ses habitants.
Il se compose de 5 Lamentations poétiques qui ressemblent beaucoup à celles qu'on trouve en de multiples endroits du Livre des Psaumes.
Quatre de ces cinq poèmes sont appelés "acrostiques" du fait que chacun des versets qui les composent commence par une lettre différente de l'alphabet hébreu. Ce procédé représente davantage, semble-t-il, une simple mise en ordre du texte et de son contenu, plutôt que le résultat d'une composition qui aurait été élaborée pendant une longue période. Il paraît donc tout-à-fait possible que ce Livre ait été écrit presque immédiatement après le désastre qu'il pleure.
Pour la plupart des spécialistes il n'est plus question d'attribuer aujourd'hui ce Livre au Prophète Jérémie, dont le style d'écriture est bien différent. Tous maintiennent cependant qu'il commente ainsi en pleurant la chute et la ruine de Jérusalem lors de sa capture et de sa destruction complète par l'armée de Nabuchodonosor en 587 avant Jésus-Christ, et qu'il aurait été écrit quelques mois environ après cet événement.
On s'est demandé, et on continue de la faire, si ce Livre a un message théologique d'ensemble. On est plutôt porté à penser qu'il traduit une réaction humaine typique et spontanée face à une immense catastrophe, relue dans la foi au Seigneur.
2. Message
Deuil après la ruine : les croyants qui interprètent la catastrophe de la destruction de Jérusalem comme une manifestation de la colère de Dieu devant l'infidélité permanente de son peuple, n'ont plus qu'à pleurer, méditer sur leur détresse, ravagés de tristesse et accablés de douleur.
L'auteur de cette Lamentation regarde en face cette ruine immense qui semble n'avoir jamais eu son pareil, et dont les survivants sont affrontés à la misère et à la famine.
Tous sont néanmoins invités à se tourner vers Dieu, à crier vers lui sans répit et sans se lasser, dans les pleurs et les larmes. Il faut continuer de se confier au Seigneur dans cet environnement de nuit de souffrance et de mort.
3. Decouvertes
Ce passage fait partie d'un ensemble 2, 1 - 22 qui commence par l'interjection "Oh" ! "combien" ! (ou "comme" !) initiant un nouveau chant de deuil sur la cité dévastée, dont la plupart des fléaux qui l'atteignent se trouvent ensuite énumérés.
Il y est question de la colère de Dieu qui s'est abattue (2, 1 - 4), il y est précisé que Dieu a agi sans pitié (2, 17. 21), et a "humilié" la fille de Sion (seule fois où ce terme "humilier" se trouve dans tout l'Ancien Testament), qu'il a détruit son propre tabernacle (2, 6), qu'il ne protège donc plus du tout la ville sainte contre laquelle il a eu un comportement d'ennemi (2, 4).
Il n'y a plus personne, ni prince, ni prophète pour exercer quelque autorité que ce soit sur la ville (2, 7 - 9), la faim y règne et conduit les habitants aux pires extrémités (2, 20). Aucune aide n'est plus possible et les moqueurs eux-mêmes se mettent de la partie (2, 13 - 15).
Puisque le Seigneur est considéré comme la cause de tous ces malheurs, il faut laisser les coeurs crier vers lui (2, 18), dans la prière et la repentance (2, 19).
Peut-on imaginer situation plus désastreuse ?
4. Prolongement
Au moment où Jésus meurt sur la croix, des manifestations et expressions de nuit, de deuil et de pénitence nous sont rapportés dans les Evangiles : Luc 23
23.27 Il était suivi d'une grande multitude des gens du peuple, et de femmes qui se frappaient la poitrine et se lamentaient sur lui.
23.28 Jésus se tourna vers elles, et dit: Filles de Jérusalem, ne pleurez pas sur moi; mais pleurez sur vous et sur vos enfants.
23.29 Car voici, des jours viendront où l'on dira: Heureuses les stériles, heureuses les entrailles qui n'ont point enfanté, et les mamelles qui n'ont point allaité!
23.30 Alors ils se mettront à dire aux montagnes: Tombez sur nous! Et aux collines: Couvrez-nous!
23.31 Car, si l'on fait ces choses au bois vert, qu'arrivera-t-il au bois sec?
23.44 Il était déjà environ la sixième heure, et il y eut des ténèbres sur toute la terre, jusqu'à la neuvième heure.
23.45 Le soleil s'obscurcit, et le voile du temple se déchira par le milieu.
23.46 Jésus s'écria d'une voix forte: Père, je remets mon esprit entre tes mains. Et, en disant ces paroles, il expira.
23.47 Le centenier, voyant ce qui était arrivé, glorifia Dieu, et dit: Certainement, cet homme était juste.
23.48 Et tous ceux qui assistaient en foule à ce spectacle, après avoir vu ce qui était arrivé, s'en retournèrent, se frappant la poitrine.
Nos liturgies de la mort de Jésus ont, dans cette perspective, composé les "Impropères" du Vendredi Saint, ainsi que le "Stabat Mater".
Il n'en reste pas moins que, depuis la résurrection de Jésus, et le don qu'il nous fait de la présence constante de son Esprit Saint au coeur de nos vies, toute catastrophe est en quelque sorte "rachetée" et "intégrée" dans le mystère de la mort-résurrection de Jésus et de la création nouvelle de "fils" ou de "fille" de Dieu qui nous est, de ce fait, accordée gratuitement comme manifestation du salut de Dieu.
Prière
*Seigneur Jésus, combien de fois ne nous as-tu pas dit : "ne craignez pas.. n'ayez pas peur... ne pleurez pas...", et, dans ton testament à tes disciples, la veille de ton départ de ce monde en ta mort sur une croix tu leur confirmais : "je m'en vais et je reviens vers vous", leur indiquant que leur lamentation ne serait que de courte durée, et que leur tristesse se changerait en une joie que rien ne pourrait leur ravir : donne-moi de ne ne jamais douter que tu m'accordes ta présence de Ressuscité dans ton Esprit Saint, dans tous les dédales et les circonstances de mon existence, ce dont je ne devrais jamais douter un instant. AMEN.
26.06.2004.*