1 Enfin Job ouvrit la bouche et maudit le jour de sa naissance.
2 Il prit la parole et dit :
3 Périsse le jour qui me vit naître et la nuit qui a dit : " Un garçon a été conçu! "
...
11 Pourquoi ne suis-je pas mort au sortir du sein, n'ai-je péri aussitôt enfanté ?
12 Pourquoi s'est-il trouvé deux genoux pour m'accueillir, deux mamelles pour m'allaiter ?
13 Maintenant je serais couché en paix, je dormirais d'un sommeil reposant,
14 avec les rois et les grands ministres de la terre, qui se sont bâti des mausolées,
15 ou avec les princes qui ont de l'or en abondance et de l'argent plein leurs tombes.
16 Ou bien, tel l'avorton caché, je n'aurais pas existé, comme les petits qui ne voient pas le jour.
17 Là prend fin l'agitation des méchants, là se reposent les épuisés.
...
20 Pourquoi donner à un malheureux la lumière, la vie à ceux qui ont l'amertume au cœur,
21 qui aspirent après la mort sans qu'elle vienne, fouillent à sa recherche plus que pour un trésor ?
22 Ils se réjouiraient en face du tertre funèbre, exulteraient de trouver la tombe.
23 Pourquoi ce don à l'homme dont la route est cachée et que Dieu entoure d'une haie ?
Job
DU LIVRE DE JOB
Commentaire
1. Situation
Le Livre de Job nous offre successivement, si l'on s'en tient au contenu : un récit en prose des malheurs qui arrivent à Job (1 - 2), un débat, en forme de poème, entre Job et trois de ses amis, sur Dieu, l'homme, le mal et le malheur (3 - 31), le discours, encore en forme de poème, d'un nouvel intervenant inattendu, Elihu (32 - 37), les discours-réponses de Dieu, toujours en forme de poème (38 - 42, 6), un épilogue en prose nous décrivant la restauration de Job en tous ses biens (42, 7 - 17).
Un aspect significatif de ce Livre est justement cette utilisation d'un cadre en prose, du genre conte populaire, pour encadrer un débat poétique sur la sagesse. Cette pratique, largement employée dans le Proche-Orient ancien, permet aux auteurs de situer la discussion selon les données d'un cas concret, ainsi présenté on ne peut plus clairement.
Parmi les passages en prose, remarquons 3 introductions distinguant les 3 épisodes du conflit : - 1, 1 - 5, ouvrant le 1er (Yahvé envoie les malheurs sur Job : 1, 1 - 2, 10), - 2, 11 - 13, ouvrant le 2ème (dans le dialogue avec ses 3 amis, Job lance un défi à Dieu : 2, 11 - 31, 40), - 32, 1 - 5, ouvrant le 3ème (Job est réprimandé au nom de Dieu, d'abord indirectement par Elihu, puis directement par Yahvé lui-même : 32, 1 - 42, 17). A noter qu'au chapitre 28, un poème particulier, montrant que Dieu seul conduit à la sagesse, interrompt le dernier discours de Job.
Ce conflit entre Job et son Dieu, rapporté par le Livre, permet de mettre en parallèle différentes réponses au problème du mal. La position de Job, qui, d'un bout à l'autre du débat, affirme et maintient son innocence, progresse cependant au niveau de sa réaction, depuis son souhait initial de la mort jusqu'à son appel pressant à une confrontation de type judiciaire entre Dieu et lui, faisant intervenir un arbitre ou un rédempteur, qui ne serait autre que Dieu, rendant la justice entre lui-même et Job.
L'auteur de ce Livre veut nous faire découvrir que Dieu peut avoir d'autres motifs que simplement d'envoyer le bonheur comme récompense ou le malheur comme châtiment, selon ce que pensent les amis de Job. Si, dans ce Livre, Job a raison contre ses amis en défendant son innocence, il n'a pas pour autant raison contre Dieu, dont il ne peut rien exiger, tout en affirmant son intégrité et en s'interrogeant sur son malheur. Son innocence ne lui donne aucun droit sur Dieu et face à Dieu, qui ne saurait être considéré comme un interlocuteur sur le même plan que nous.
On pense généralement que ce Livre a été écrit après le retour de l'exil à Babylone. Cependant, certains le jugent plus ancien, et d'autres y distinguent des additions plus tardives. Si l'on n'y trouve aucune allusion d'ordre historique, signalons qu'Ezéchiel mentionne 3 figures légendaires du passé, Noé, Danel et Job (Ezéchiel, 14, 13 - 14).
2. Message
Tout différent du conte populaire des 2 chapitres précédents (1 - 2), commence ici un très long dialogue en vers, où s'affrontent deux sagesses différentes, celle de Job, et celle de ses amis.
Job ouvre la bouche pour s'exprimer dans le genre des lamentations des hommes qui vivent une très grande souffrance : cela ne vaut pas la peine de vivre, dans ces conditions de malheur et cet univers bouché de toutes parts, et que Dieu, en qui Job croit toujours, lui paraît fermer de tous côtés.
3. Decouvertes
Ce premier monologue de Job est une complainte dans le genre des psaumes de lamentation, et non pas une demande de soulagement. Job y déclare et affirme son malheur.
Cependant, aux versets 11 - 12, cette lamentation devient une questin générale de principe : pourquoi ce destin de malheur ? Et, au verset 20, cette interrogation devient une question précise sur la façon dont Dieu traite l'humanité.
4. Prolongement
Jésus a refusé cette conjonction entre péché commis et malheur subi. Pour lui, les situations de malheur sont des lieux où nous sommes appelés à nous tourner vers Dieu, en implorant sa miséricorde, dans la conviction, pour nous fondée sur la mort et la résurrection de Jésus, que Dieu, à sa façon, et dans son mystère d'au-delà et de miséricorde infinie, veut notre bien et le comprend seul en totalité. La manière dont la prière de Jésus lui-même, en son agonie (Matthieu, 26, 38 - 42), a été exaucée "autrement" (puisqu'il est bien passé par la mort en buvant le "calice" qu'il souhaitait voir s'éloigner de lui), selon le texte de Hébreux 5, 7 (à lire), nous le démontre :
1 En ce même temps survinrent des gens qui lui rapportèrent ce qui était arrivé aux Galiléens, dont Pilate avait mêlé le sang à celui de leurs victimes.
2 Prenant la parole, il leur dit : " Pensez-vous que, pour avoir subi pareil sort, ces Galiléens fussent de plus grands pécheurs que tous les autres Galiléens ?
3 Non, je vous le dis, mais si vous ne vous repentez pas, vous périrez tous pareillement.
4 Ou ces dix-huit personnes que la tour de Siloé a tuées dans sa chute, pensez-vous que leur dette fût plus grande que celle de tous les hommes qui habitent Jérusalem ?
5 Non, je vous le dis ; mais si vous ne voulez pas vous repentir, vous périrez tous de même. "
2 Ses disciples lui demandèrent : " Rabbi, qui a péché, lui ou ses parents, pour qu'il soit né aveugle ? "
3 Jésus répondit : " Ni lui ni ses parents n'ont péché, mais c'est afin que soient manifestées en lui les œuvres de Dieu.
Prière
*Seigneur Jésus, tu as connu les souffrances horribles de ta passion lors de ta mort sur une croix, situation qui nous a été interprétée, dans le nouveau testament qui témoigne de ta vie et de ta parole, comme une malédiction sur toi pour que nous en recevions la bénédiction de Dieu, et comme ton identification au "péché", qui nous rend esclaves, pour que nous devenions "justice" de Dieu : fais-moi découvrir plus profondément le mystère de ton "OUI" au Père, dans ton obéissance qui crie sa douleur en clamant sa confiance, et aide-moi à ne jamais douter de Dieu, quand je suis confronte au malheur ou au mal, dans mon existence ou celle de mes frères et sœurs en humanité. AMEN.
01.10.2002.*