1 Paul, apôtre de Jésus Christ par la volonté de Dieu, et le frère Timothée,
2 aux saints et fidèles frères en Christ qui sont à Colosses; que la grâce et la paix vous soient données de la part de Dieu notre Père!
3 Nous rendons grâces à Dieu, le Père de notre Seigneur Jésus Christ, et nous ne cessons de prier pour vous,
4 ayant été informés de votre foi en Jésus Christ et de votre charité pour tous les saints,
5 à cause de l'espérance qui vous est réservée dans les cieux, et que la parole de la vérité, la parole de l'Évangile vous a précédemment fait connaître.
6 Il est au milieu de vous, et dans le monde entier; il porte des fruits, et il va grandissant, comme c'est aussi le cas parmi vous, depuis le jour où vous avez entendu et connu la grâce de Dieu conformément à la vérité,
7 d'après les instructions que vous avez reçues d'Épaphras, notre bien-aimé compagnon de service, qui est pour vous un fidèle ministre de Christ,
8 et qui nous a appris de quelle charité l'Esprit vous anime.
DE LA LETTRE DE PAUL AUX COLOSSIENS
Commentaire
1. Situation
La lettre aux Colossiens est considérée comme "Deutéro-Paulinienne", c'est-à-dire composée après la mort de Paul, entre 70 et 80 par quelqu'un bien au fait de la tradition de Paul, et appartenant probablement à une "école" de la tradition Paulinienne, qu'on situe volontiers dans la région d'Ephèse.
En effet, le stvle de cette lettre est différent de celui des lettres considérées comme ayant été écrites par Paul lui-même : nous constatons ici un style non plus de débat et de discussion, mais de genre "hymnique" et "liturgique", et le maniement de la langue grecque y est également autre.
Nous y trouvons, de même, de nouveaux développements théologiques : - d'abord sur le Christ : le grand hymne de Colossiens, 1, 15 - 20, qui marque toute cette lettre, ainsi que d'autres aspects, qu'on ne trouve pas dans les lettres attribuées à Paul lui-même, tels que le Christ est à situer dans le mystère de Dieu (1, 27; 2, 2 - 3), que le Christ pardonne les péchés (1, 13 - 14; 3, 13), qu'il est victorieux sur toute les puissances existantes (2, 11 -13), - ensuite, sur la conception de la fin des temps, l'eschatologie, décrite ici comme nous apportant déjà les choses "d'en haut" dans la réalité présente (3, 1 - 2), avec l'affirmation conjointe que les croyants sont déjà ressuscités avec le Christ (2, 12 et 3, 1), - enfin, à propos de la conception de l'Eglise, non plus principalement comme chaque Eglise locale, mais comme une "entité universelle", le "Corps dont le Christ est la Tête" (1, 18 - 24; 2, 19; 3, 15), ce qui implique que les chrétiens doivent être toujours reliés au Christ-Tête.
Ces idées nouvelles n'annulent pas les points essentiels de la théologie de Paul, connus par ses lettres authentiques, mais coexistent bien avec elles et les précisent.
Cette lettre a pour but de renforcer la foi de la communauté de Colosses (ville située au Sud de la Phrygie), et de corriger des erreurs qui circulent (sur la "philosophie", les "anges", les "fêtes", les "nouvelles lunes et sabbats" : 2, 4. 8. 16. 18 - 21), et peut-être des idées liées aux cultes païens ou aux religions "à mystères", en vogue à cette époque.
On admet généralement que cette lettre a servi d'armature à la lettre aux Ephésiens, qui l'aurait développée.
Cette lettre aux Colossiens est très soigneusement composée avec des blocs d' "idées chrétiennes traditionnelles" (hymne : 1, 15 - 20; catéchèse baptismale : 2, 6 - 15; listes de vices et de vertus : 3, 5 - 17; code de vie domestique : 3, 18 - 4, 1 ), soigneusement intégrées selon le plan suivant :
- un ensemble de prière et d'action de grâces (1, 3 - 23),
- un ensemble concernant le ministère de Paul (1, 24 - 2, 5),
- un ensemble sur la vie dans le Corps du Christ, comme lieu d'enseignement (2, 6 -15),
- un ensemble sur la vie dans le Corps du Christ, comme lieu de pratique (3, 5 - 4, 6).
Notre page, après nous avoir présenté l'adresse de cette lettre, se situe au début du 1er de ces ensembles.
2. Message
Après l'adresse et la salutation initiale qu'il envoie aux Colossiens, conjointement avec Timothée, qu'il désigne comme co-auteur de cette épître, Paul dresse un état rapide de la situation de ces chrétiens pour lesquels il rend grâces dans une prirèe de communion permanente avec eux.
Paul constate ainsi successivement :
- que les Colossiens ont foi dans le Christ et vivent la charité envers tous les fidèles, en fonction de leur espérance de salut éternel.
- que cette espérance, qui est le moteur de leur attitude chrétienne, leur a été donnée par la Parole de l'Evangile qu'ils ont reçu,
- que cet Evangile grandit et fructifie chez eux comme partout ailleurs, dans la mesure où il a été pour eux découverte et accueil de la grâce de Dieu.
Ce n'est pas Paul qui a cependant évangélisé directement les Colossiens, mais son compagnon Epaphras, délégué par lui pour cette mission, et qui est la source de son information.
3. Decouvertes
Notre page se décompose ainsi en deux parties : - la salutation (1, 1 - 2), suivie d'une action de grâces (1, 3 - 8).
Dans la salutation, Paul ne se présente pas comme le repésentant d'une Eglise particulière qui l'aurait envoyé, mais comme un apôtre qui a reçu sa mission directement du Christ.
Paul désigne du nom de "saints" tous ceux qui ont été de fait mis à part, choisis ou appelés pour servir Dieu selon le Christ Jésus, dont ils sont devenus des disciples.
Dans toutes les lettres de Paul, à l'exception de celle adressée au Galates, de la 1ère à Timothée, et de la lettre à Tite, la salutation est également suivie d'une action de grâces. Mais, tout en obéissant ainsi à une pratique de la rhétorique grecque, Paul n'en établit pas moins, par ce moyen, un inventaire sérieux de ce qui est vécu positivement par les communautés auxquelles il écrit, ce qui lui permet de rendre grâces en vérité à leur sujet.
Certains incluent la prière de 1, 9 - 14 (qui fait suite à notre page) dans cette action de grâces, mais tout en maintenant une identité spécifique aux versets 3 - 8 que nous lisons ce jour.
C'est par Epaphras, qu'il avait envoyé évangéliser cette région, que Paul connaît la situation des chrétiens de Colosses. Le titre de "serviteur du Christ" qui lui est attribué signifie qu'il est dûment fondé et autorisé à annoncer l'Evangile.
Paul évoque à deux reprises l'amour vécu par les Colossiens, amour qu'il présente au verset 8 comme un fruit réel de l'Esprit Saint. A noter que c'est la seule fois où Paul parle de l'Esprit Saint dans cette Lettre, qui insiste beaucoup sur le rôle du Christ.
4. Prolongement
Faire le point, établir la vérité profonde sur nos comportements personnels et communautaires, reconnaître à la fois l'ampleur du don de Dieu en sa Parole et sa grâce qui nous sauve par le Christ dans l'Esprit, ainsi que les aspects positifs ou imparfaits de notre réponse, tout cela ne peut que nous conduire à l'action de grâces, et à une prière bien située dans notre vie, ou dans la vie de tous ceux et toutes celles avec lesquels nous sommes en communion dans la foi, l'espérance et la charité.
Prière
*Seigneur Jésus, de même que c'est toujours dans l'Esprit Saint, et par toi, que nous adressons au Père toutes les nuances de notre prière, c'est toujours également dans une situation de communion fraternelle que nous nous tournons ainsi vers Dieu, notre "je" personnel étant en permanence joint et relié au "nous" de tous nos frères et soeurs avec lesquels nous formons en toi un seul "Corps" : fais que ma prière ainsi "cadrée" en Eglise soit vraiment une démarche de vérité, d'action de grâces, d'accueil, de pardon, de repentir et de supplication, où je me découvre ouvert simultanément à Dieu, aux autres et à moi-même en qui tu demeures, de façon absolument inséparable. AMEN.
03.09.2003.*