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Lettre · 5 chapitres

1 Pierre

1 Pierre 1, 10-16
AELF · Bible liturgique

10 Sur ce salut ont porté les investigations et les recherches des prophètes, qui ont prophétisé sur la grâce à vous destinée.
11 Ils ont cherché à découvrir quel temps et quelles circonstances avait en vue l'Esprit du Christ, qui était en eux, quand il attestait à l'avance les souffrances du Christ et les gloires qui les suivraient.
12 Il leur fut révélé que ce n'était pas pour eux-mêmes, mais pour vous, qu'ils administraient ce message, que maintenant vous annoncent ceux qui vous prêchent l'Évangile, dans l'Esprit Saint envoyé du ciel, et sur lequel les anges se penchent avec convoitise.
13 L'intelligence en éveil, soyez sobres et espérez pleinement en la grâce qui doit vous être apportée par la révélation de Jésus Christ.
14 En enfants obéissants, ne vous laissez pas modeler par vos passions de jadis, du temps de votre ignorance.
15 Mais, à l'exemple du Saint qui vous a appelés, devenez saints, vous aussi, dans toute votre conduite,
16 selon qu'il est écrit : Vous serez saints, parce que moi, je suis saint.

1 Pierre 1, 10-16
Commentaire

La Foi Et La Joie Des Baptisés

Il y a un tel souffle de liberté dans ce passage que certains se demandent si Pierre n’a pas repris une hymne qu’on chantait pendant les baptêmes... On n’en a pas la preuve, mais c’est en tout cas une hypothèse intéressante qui peut nous aider à mieux comprendre ce texte.

On y reconnaît facilement trois strophes : je commence par les distinguer tout simplement en vous donnant un résumé de chacune d’elles : Première strophe, le début de notre texte (les versets 3, 4, 5) : « Béni soit Dieu... Il nous a fait renaître pour une vivante espérance grâce à la résurrection de Jésus Christ d’entre les morts. » Comme dit un chant bien connu : « Dieu fait de nous en Jésus-Christ des hommes libres... »

Deuxième strophe, les versets suivants (6 et 7) ; (je la résume) : l’espérance nous fait tressaillir de joie déjà, mais nous sommes encore dans le temps de l’épreuve de notre foi ;

Troisième strophe, les derniers versets (8 et 9) : heureux ceux qui croient sans avoir vu ; notre foi nous procure déjà une joie inexprimable qui nous transfigure.

Vous avez remarqué déjà le mot « foi » qui figure cinq fois dans ces quelques lignes. Ce qui n’est pas étonnant, si on est dans une célébration de baptême ; et aussi une joie formidable, il dit « inexprimable », malgré les épreuves présentes (« même s’il faut que vous soyez affligés, pour un peu de temps encore, par toutes sortes d’épreuves », verset 6) : cela s’adresse visiblement à des communautés chrétiennes qui vivent en monde hostile ; il faut croire que c’était le cas des lecteurs de Pierre.

Je reprends les trois strophes une à une : « Béni soit Dieu, le Père de notre Seigneur  Jésus Christ » : la tournure est juive, la formule est chrétienne ; commencer par une grande bénédiction de Dieu, c’est typique de la prière juive ; et c’est certainement quelqu’un qui a beaucoup chanté les psaumes qui peut écrire un texte pareil ! Mais le contenu est chrétien : dans les psaumes, Dieu est chanté comme le Dieu des Pères, Abraham, Isaac, Jacob... désormais la Révélation a franchi un pas décisif : Dieu est connu maintenant comme Père de Jésus Christ et c’est par Jésus Christ qu’il accomplit son dessein sur l’humanité.

« Dieu nous a fait renaître grâce à la Résurrection de Jésus Christ » : comme Jésus lui-même dans  son dialogue avec Nicodème, Pierre parle du baptême comme d’une nouvelle naissance et cette nouvelle naissance a sa source dans la résurrection du Christ ; aujourd’hui, nous, après deux mille ans de Christianisme, sommes tellement habitués à la formule « Jésus Christ est ressuscité » que nous ne ressentons peut-être plus aucun choc à la dire ; mais les premiers chrétiens vivaient cela comme une véritable révolution : désormais, pour eux, la face du monde était changée ; comme dit Paul, « le monde ancien s’en est allé, un monde nouveau est déjà né » (2 Co 5,17).

« Dieu Nous A Fait Renaître Grâce À La Résurrection De Jésus Christ »

On retrouve aussi très fortement chez Pierre un autre thème habituel de Paul : la tension entre le présent et l’avenir : tout est déjà accompli dans la résurrection du Christ et donc il parle au passé : « Dieu nous a fait renaître »... tout est joué, si l’on peut dire ; mais tout reste encore à venir : nous sommes tendus vers le « salut (qui est) prêt à se révéler dans les derniers temps » comme dit Pierre.

Ce mot « salut », on pourrait le traduire par « vie »… « qui ne connaît ni corruption, ni souillure, ni flétrissure » ; on pourrait le traduire aussi par « libération » de tout ce qui est justement  « corruption, souillure, flétrissure ». Un salut, une libération déjà accomplie en Jésus Christ mais dans laquelle toute l’humanité n’est pas encore entrée, et c’est cela qui reste à venir.

C’est ce « déjà accompli » qui nous fait  dès  maintenant « tressaillir de joie » comme dit Pierre ; les jours où nous sommes moroses sont peut-être bien ceux où nous perdons de vue cette grande nouvelle de Pâques : la grande nouvelle qui est que l’amour et la vie sont plus forts que toutes les haines et que la mort ; mais il est vrai que, dans certaines situations, cette certitude a tendance à s’estomper et notre foi est alors mise à l’épreuve ! Et la deuxième strophe le dit bien : « Vous êtes attristés pour un peu de temps encore par toutes sortes d’épreuves », dit Pierre. La suite de la lettre laisse entrevoir les difficultés dont il s’agit, probablement l’hostilité rencontrée par ces jeunes chrétiens qui font figure de marginaux en monde païen.

La dernière strophe reprend ce thème de la foi dans le temps de l’attente ; Pierre, lui, a eu le privilège de connaître, de côtoyer longuement Jésus Christ, mais il s’adresse à des chrétiens qui n’ont pas connu Jésus et il développe pour eux la béatitude que Jésus avait dite à Thomas « Heureux ceux qui croient sans avoir vu » et il les encourage : « Vous l’aimez sans l’avoir vu ; en lui, sans le voir encore, vous mettez votre foi, vous exultez d’une joie inexprimable et remplie de gloire ».

Quand il emploie l’expression « une joie remplie de gloire » Pierre sait de quoi il parle, lui qui a eu le privilège d’assister à la transfiguration de Jésus : et sur le visage des chrétiens, il retrouve un reflet de la lumière qui irradiait  Jésus lui-même.

Cette insistance de Pierre sur la joie des chrétiens, une joie à la fois inexprimable et plus forte que toutes les épreuves passagères, résonne comme un appel ! Peut-être nos contemporains attendent-ils tout simplement de voir sur nos visages la joie de notre baptême, un reflet de Jésus transfiguré ?